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Flamands contre francophones au « Royaume de la liberté »
27·04·21

Flamands contre francophones au « Royaume de la liberté »

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Photo by Nicholas Green on Unsplash

Cathy Galle
Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Comment donner plus de libertés aux Flamands qu’aux Wallons ? Quand on y réfléchit bien, le plan de Jan Jambon manque de réalisme.

Cela faisait un petit moment que les nationalistes flamands n’avaient pas eu d’occasion ouverte de dénigrer les Wallons. Cette occasion, le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA), ne l’a pas manquée : lors du débat dominical de l’émission De zevende dag, il a annoncé sans détour que si la Belgique francophone reste à la traîne dans sa campagne de vaccination, la Flandre envisagera d’autoriser des assouplissements avant les francophones. Car, a-t-il déclaré, à un moment, il sera impossible d’expliquer aux Flamands qu’ils devront renoncer plus longtemps au « Royaume de la liberté », pour reprendre une expression que Frank Vandenbroucke a empruntée à Marx, parce que ces maudits francophones sont trop lents. Certes, c’est notre manière d’interpréter les paroles de Jan Jambon, mais c’est bien ce qu’il a voulu dire.

C’est surtout à Bruxelles que la situation est inquiétante.

Le problème que souligne Jan Jambon est bel et bien réel : la Belgique francophone est, en ce moment, légèrement à la traîne en termes de vaccination. C’est surtout à Bruxelles que la situation est inquiétante. Nous le voyons depuis le début de la campagne : de nombreux membres du personnel soignant des maisons de repos ont refusé le vaccin, à telle enseigne qu’il a fallu débattre de l’éventuelle obligation, pour le personnel soignant, de se faire vacciner.

Notre pays fait le grand écart en matière de vaccination. Nous, Flamands, malgré les mauvaises nouvelles à propos des vaccins, sommes impatients de recevoir la piqûre salvatrice. On parle même de jalousie vaccinale, tant il nous arrive de trouver la campagne trop lente et d’envier les personnes prioritaires. Mais de l’autre côté de la frontière linguistique, à Bruxelles surtout, certains pensent différemment.

Le mouvement antivaccin est bien plus présent en France qu’ici.

Pourquoi ? Nous pouvons tout au plus le deviner. Est-ce, comme le prétend Jan Jambon, parce que « nos » francophones s’intéressent davantage à ce qu’il se passe en France ? Peut-être. Il est vrai que le mouvement antivaccin est bien plus présent en France qu’ici. Ou bien d’autres éléments entrent-ils en ligne de compte ? Nous l’ignorons. Comme l’a dit un vaccinologue il y a peu, lorsque la crise sera finie, on pourra rédiger de nombreuses thèses de doctorat sur le sujet.

Le diagnostic posé par Jan Jambon ne manque pas de bon sens. Contrairement à sa solution, quand bien même elle a des chances de plaire aux Flamands lésés et pleins d’espoir. En effet, comment donner, concrètement, plus de libertés aux Flamands qu’aux Wallons ? Si l’horeca ouvre en Flandre mais pas ailleurs, les restaurants seront pris d’assaut et ne pourront pas résister à l’afflux. Puis, que faire des Flamands qui vivent à Bruxelles ou en Wallonie, ou bien des francophones qui vivent en Flandre ? Et quid des communes à facilités ? Quand on y réfléchit bien, le plan de Jan Jambon manque assurément de réalisme.

Certes, nous ignorons les causes exactes du scepticisme des francophones vis-à-vis de la vaccination. Par contre, nous savons que nous n’avons rien à gagner à monter une communauté contre les autres. Et c’est exactement ce qu’est en train de faire le ministre-président.

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