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16 mai 2019

Elections 2019: Les partis centristes se vident de leur sang

Temps de lecture: 4 minutes

Les partis centristes flamands (de gauche à droite : le sp.a, l’Open Vld et le CD&V) éprouvent toutes les peines du monde à exister dans cette campagne électorale. Le centre se vide de son sang, mais il n’en demeure pas moins que ces trois partis auront un rôle à jouer après les élections, autour de la table des négociations. Analyse. Comment expliquer le déclin de plus en plus important des partis traditionnels ?

Au téléphone, Joris Vandenbroucke, député flamand sp.a, soupire. Le sp.a occupe-t-il une bonne place dans la campagne électorale ? « Dans la presse comme à la télévision, ce n’est pas évident pour nous. Surtout face à une Meyrem Almaci (Groen) et à un Bart De Wever (N-VA) qui s’invectivent sans cesse. Je comprends que les médias se réjouissent des foires d’empoigne entre responsables politiques. Je le dis sans jugement de valeur : les combats que ces deux-là se livrent sont intéressants. Mais je constate que pour des candidats comme moi, il est plus difficile d’attirer l’attention des journalistes.

Pour Vandenbroucke, tête de liste au fédéral en Flandre orientale, il s’agit surtout de ne pas avoir l’air trop nerveux au milieu de l’arène. « Je reste persuadé à 100 pour cent que nous avons bien fait d’axer notre campagne sur le contenu, notamment sur les soins de santé, les pensions et les fins de mois difficiles, expose-t-il. Lorsque je rends visite aux citoyens, je remarque que ce sont surtout ces thématiques-là qui leur tiennent à cœur. Je suis certain que nos propositions sociales seront bien accueillies par la population. »

Le sp.a, le CD&V et Open Vld, les trois partis traditionnels du centre, se sont réparti le pouvoir politique pendant des décennies. Aujourd’hui, ils restent au bord du terrain et se contentent d’encaisser les coups, même à une semaine et demie des élections. Dans les sondages, ils perdent tous les trois des plumes et ne représentent, ensemble, plus que quatre Flamands sur dix, un score historiquement bas.

Les bleus perdent le contrôle de leur campagne

Chez les libéraux flamands, la campagne fait grincer des dents. Au début, le parti avait convenu de décocher ses flèches au niveau fédéral contre le PS d’Elio Di Rupo. Pour les régionales en Flandre, il devait se profiler comme un parti modéré, qui, à coups de pubs d’une page dans les journaux, devait appeler à plus de courtoisie dans la campagne. Mais le stress électoral peut avoir des répercussions inattendues sur le comportement d’un parti : ces derniers jours, l’Open Vld s’est de plus en plus écarté de sa ligne de conduite. Afin de s’incruster dans le duel entre nationalistes et écologistes, l’Open Vld a décidé de viser les verts régulièrement, depuis le bord du terrain, notamment pour attaquer leur idée de taxer les plus riches.

Autre décision interne non respectée : l’Open Vld voulait se concentrer sur le contenu, et non sur les postes. Résultat : il pleut des candidatures dans tout le parti. En une semaine, la présidente du parti, Gwendolyn Rutten, se déclare soudainement candidate première ministre, Bart Tommelein trépigne d’impatience de la remplacer à la tête du parti et Bart Somers se déclare candidat au poste aujourd’hui inexistant de ministre du Vivre-ensemble. Au sein du parti, on ouvre grand les yeux face à ce déballage de candidatures. Et un libéral d’affirmer : « Je ne me rappelle pas avoir entendu qu’on allait attaquer Groen. Et encore moins que Gwendolyn prétendrait au poste de première ministre. On dirait que le parti a perdu le contrôle de sa campagne. »

Certes, le déclin des partis traditionnels n’est pas l’apanage de la Flandre, ni même de la Belgique. Dans d’autres pays européens aussi, le pouvoir du centre s’étiole et le paysage politique vole en éclats. Aux Pays-Bas, le Forum pour la Démocratie de Thierry Baudet (extrême droite) a récemment gagné les élections provinciales avec seulement 14,5 pour cent, et le parlement ne compte pas moins de 13 groupes parlementaires. Les partis traditionnels français sont tout simplement rayés de la carte politique : par exemple, le PS français n’occupe, au parlement, que 30 sièges sur 577.

Le centre se vide de son sang, mais la situation semble se retourner dans certains pays, explique Dave Sinardet, politologue à la VUB. « En Espagne, les sociaux-démocrates ont obtenu de très beaux résultats aux dernières élections. Il semble que certaines personnalités charismatiques arrivent à redonner un nouvel élan aux partis traditionnels. »

Pour M. Sinardet, les partis centristes flamands pourraient s’inspirer de cette stratégie : « Le CD&V et l’Open Vld savent que leur parti périclite. Hilde Crevits est une personnalité forte et un bel atout que le CD&V aimerait faire rayonner sur tout le parti. Les libéraux tentent la même chose, mais de manière plus maladroite. Pour être franc, c’est Bart Somers que l’Open Vld aurait dû pousser comme candidat ministre-président, tant la popularité du « meilleur bourgmestre du monde » dépasse les frontières du parti. Pour compenser, il s’est déclaré candidat ministre, alors qu’au fédéral, les bleus auraient mieux fait de se ranger derrière Charles Michel, qui demeure très populaire en Flandre. »

Autre concept tendance pendant cette campagne : les ponts lancés de l’autre côté de la frontière linguistique. Nous assistons au grand retour des familles politiques : sp.a et PS mènent leur campagne de concert, bien que parfois à contrecœur. L’Open Vld et le MR font cause commune, même si les libéraux flamands se situent bien plus à droite que les francophones. « Le plus frappant, c’est le rapprochement entre le CD&V et le cdH. Ils ne s’étaient plus regardés depuis 20 ans, c’est-à-dire depuis les négociations en vue de la cinquième réforme de l’État. À l’époque, le CD&V s’était tourné sur le flanc droit, et le cdH plutôt sur le flanc gauche », analyse Sinardet. Si le président du CD&V, Wouter Beke, et celui du cdH, Maxime Prévot, ont resserré les liens, c’est surtout à la faveur d’un changement de cap : le CD&V a viré légèrement à gauche tandis que le nouveau président du cdH est beaucoup plus au centre-droit que ses prédécesseurs.

Ce qui motive les partis politiques à s’unir au-delà de la frontière linguistique, c’est le poids qu’ils pourront peser ensemble au fédéral. Autour de la table des négociations, une famille libérale unie pèsera plus lourd que le MR ou l’Open Vld isolément. Un avantage bien pratique pour les partis traditionnels car leur union poussera la N-VA, qui n’a pas de pendant francophone, à faire cavalier seul

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