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24 octobre 2018

Cartels politiques : chronique d’un adultère annoncé

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Dans un cartel, les partis n’ont pas spécialement tous les deux le vent en poupe. Mais en règle générale, les partenaires se sentent trop faibles tout seuls. Ils prennent la mer ensemble dans l’espoir que le résultat commun soit supérieur à la somme du résultat de chacun d’eux pris isolément. Et surtout, ils espèrent profiter de leur alliance pour se tailler la part du lion.

Le cartel sp.a-Spirit a fonctionné à une reprise, aux élections fédérales de 2003. Cette combinaison de nationalistes progressistes et de socialistes bien sympathiques menés par Steve Stevaert a su tirer parti de l’esprit qui régnait à l’époque. Un an plus tard, lors des élections flamandes, le charme du joyeux cartel a cessé d’agir.

La N-VA, qui n’avait pas encore décollé en 2003, a dû se résoudre à rejoindre le CD&V. Les nationalistes ont ainsi fait d’Yves Leterme notre Premier ministre. Ce dernier a dû en payer le prix, à savoir un programme communautaire ferme, qui, quelques années plus tard, se transforma en une pomme de discorde bien prévisible. Ce n’est qu’a posteriori que les chrétiens-démocrates réalisèrent qu’ils avaient laissé s’échapper leurs électeurs, désormais conquis aux idées nationalistes.

En 2012, le cartel anversois de Patrick Janssens s’est disloqué dès que fut sonnée la défaite aux communales. Samen (Ensemble, ndt), le cartel formé par le sp.a et Groen en vue des élections communales de cette année, n’a même pas tenu jusqu’au jour des élections. La logique arithmétique sur laquelle se basent les cartels ne fait pas le poids par rapport à la logique centrifuge de la politique. À Gand, si le cartel sp.a-Groen traverse les négociations de formation sain et sauf, il y a de quoi se demander si l’alliance, qui avait si bien fonctionné en 2012, remettra le couvert en 2024. Il faut dire que l’inversion des rapports de force au sein des cartels exerce une pression mortelle sur la coopération entre les partis.

Même le cartel gagnant du très apprécié bourgmestre malinois, Bart Somers, montre déjà quelques signes de déclin. En effet, Groen a obtenu plus de sièges que l’Open VLD de Somers. Cette inversion nourrit la méfiance entre partenaires, ce qui présage le non-renouvellement de l’expérience.

Les cartels semblent ouvrir la voie à un monde post-politique rêvé, où l’on assiste au triomphe de l’union sur les oppositions. D’ordinaire, dans un cartel, les partis négocient toujours à l’avance un accord de répartition des mandats. C’est un document qui, en fait, ne garantit rien du tout, comme l’a démontré lundi le bourgmestre de Vilvorde, Hans Bonte, en déchirant – un peu trop vite, visiblement – son contrat avec Groen.

En définitive, les cartels ne sont que des leviers qui permettent à des politiciens de boxer dans une catégorie supérieure à la leur. Une fois leur nécessité disparue, ils se disloquent plus vite qu’ils ont été formés. Si les partis membres d’un cartel n’ont pas l’intention ni la capacité de surmonter leurs divergences culturelles, ils ne sont rien de plus qu’un couple en proie à un adultère annoncé. La trahison n’est alors qu’une question de temps.

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