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Bart De Wever fume le calumet de la paix 

Paul Geudens revient sur la nouvelle campagne de publicité de la N-VA qui abandonne son « V voor Verandering » pour une main à cinq doigts : le #helfie.

 

 

5 mai 2015

Bart De Wever fume le calumet de la paix 

Temps de lecture: 4 minutes

La N-VA veut renverser la vapeur grâce à une campagne publicitaire de grande envergure

« Si personne ne fait remarquer que nous faisons du bon boulot, c’est à nous de le faire. Même si cela nécessite quelques dépenses ». C’est à peu près le raisonnement qu’a suivi le leader de la N-VA en lançant cette semaine la campagne « helfie » à l’échelle flamande. Le négativisme qui règne autour du parti, mais surtout du gouvernement Michel, doit être brisé au plus vite. Reste à savoir si cette offensive feelgood pourra y changer quelque chose.  

Le message électoral émis par Bart De Wever il y a un an, selon lequel la force du changement ne peut venir que de la N-VA, est totalement éclipsé. Non pas que rien n’ait changé depuis, mais la perception est différente. Les élections de 2014 ont lancé ce pays sur une autre voie, ne fût-ce qu’en ce qui concerne la composition du gouvernement. Une majorité de centre-droit gouverne à présent le pays, une première depuis plus de 25 ans. C’est pourquoi les gouvernements de Geert Bourgeois et de Charles Michel ont suscité de grandes espérances. La Flandre et la Belgique allaient enfin s’engager dans une autre voie, la voie de la reprise économique. Depuis, des décisions radicales ont été prises. Le déficit budgétaire reste dans les normes européennes. La problématique de la fin de carrière a été prise en mains par une réduction des charges salariales pour les entreprises et une diminution de l’impôt des personnes physiques. Entre-temps, les employeurs et les travailleurs ont conclu plusieurs accords sociaux, ce qui n’était plus arrivé depuis longtemps non plus. Et « cerise sur le gâteau », un saut d’index a été approuvé au parlement fédéral cette semaine. Cette décision a pour but de renforcer la compétitivité des entreprises belges. Tous ces points ont relativement peu divisé. Les vétilles sont venues d’autres dossiers. Les paras dans la rue, les Berbères, les appels mystères, le projet Uplace, le rôle des syndicats, la limitation du chômage dans le temps, la non-indexation des loyers et surtout, le « tax shift ». Il n’y a pas eu une semaine sans nouvel incident, généralement entre la N-VA et le CD&V.

 

CD&V et N-VA 

Ce sont les multiples accrochages qui ternissent l’image du gouvernement Michel. Ses (principaux) ministres ont beau faire du bon travail et prendre des mesures drastiques dans l’univers clos du cabinet restreint,  les citoyens ne retiennent que la moindre lutte de positionnement entraînant des reproches de part et d’autre en dehors du cabinet, qu’on qualifie alors de gouvernement de chamailleries… À qui la faute ? On peut en débattre pendant des jours. Celle d’un Premier ministre qui refuse d’intervenir dans les querelles flamandes, du CD&V qui veut absolument jouer le rôle de chien de garde social de gauche, des frustrations électorales encore vives du vice-Premier ministre Kris Peeters, de la N-VA qui veut montrer à tort et à travers qu’elle est le plus grand parti, … Le fait est que les querelles publiques et les conflits sont tellement fréquents qu’ils éclipsent le travail du gouvernement. La N-VA veut changer les choses grâce à sa campagne de printemps. Le parti ne veut pas qu’on lui reproche que ce gouvernement ressemble à tous les autres, juste à cause de ses invectives. D’où cette campagne feelgood. « Nous nous sommes mis en route, nous sommes sur la bonne voie, mais nous devons tous mettre les bouchées doubles pour faire redémarrer la voiture ».

 

2019 

Tous les partis veulent présenter de bons résultats gouvernementaux d’ici 2019, année des prochaines élections fédérales. Mais encore plus la N-VA. Après tout, c’est la première fois que le parti entre au gouvernement fédéral. D’ici quatre ans, Bart De Wever devra pouvoir expliquer aux électeurs que la N-VA a bel et bien fait la différence. Ce qu’il ne veut surtout pas, c’est qu’on accuse la N-VA de rester un parti d’opposition avec lequel il est impossible de diriger sérieusement un pays. Ou encore, d’être des « caractériels », comme Karel De Gucht a qualifié un jour les membres du parti.

Non, la N-VA est un parti à vocation social qui veut collaborer avec tout le monde, d’après le message transmis. Le masque de fermeté affiché pendant la campagne électorale de 2014 tombe pour faire place à un visage ouvert et charmant. Dès lors, va-t-on désormais privilégier la collaboration au positionnement du parti ?

Les premiers signes n’augurent rien de tel. Tandis que Bart De Wever présentait le « helfie », le chef de groupe Hendrik Vuye plaidait en faveur de la suppression de l’indexation automatique des salaires. Difficile d’imaginer meilleur moyen de faire enrager son partenaire de coalition, le CD&V. Serait-ce une ultime gaffe ? Ou l’ambiance au sein du gouvernement Michel serait-elle réellement en train de changer ? La N-VA et le CD&V sont-ils prêts à enterrer (temporairement) la hache de guerre ? Nous le saurons dans les prochaines semaines, au moment des négociations sur le « tax shift » annoncé depuis longtemps, un glissement de la fiscalité qui devrait profiter aux entreprises et aux travailleurs. Celui-ci est annoncé dans l’accord de gouvernement, qui ne donne toutefois aucune indication sur l’ampleur de l’opération, ni sur la manière dont elle sera financée. D’après les dernières informations, tous les partis au gouvernement seraient d’accord pour un tax shift d’environ 5 milliards d’euros, ce qui représente déjà une fameuse entaille dans les caisses du pays.

Comment combler ce trou ? Cette question divise fortement la majorité, ce qui est normal dans une démocratie. La véritable question est de savoir si, cette fois-ci, il pourra y avoir débat sans déclencher une guerre publique. Nous sommes impatients de voir si l’appel à la paix de la N-VA doit être pris au sérieux et si les autres partis y donneront suite. 

 

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