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(c) Pixabay

31 octobre 2017

Theo Francken fait de notre pays un paria international

Bart Eeckhout
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

L’escalade du conflit entre les gouvernements espagnol et catalan n’est pas sans risque. À telle enseigne que chaque jour sans nouvelles violences est considéré comme un jour de gagné. La responsabilité de cette escalade peut franchement être imputée à la fois au Premier ministre espagnol Mariano Rajoy et au ministre-président catalan, Carles Puigdemont.

Le gouvernement belge a tôt – et bien – fait d’oser dénoncer l’usage disproportionné de la violence par le gouvernement Rajoy. Mais maintenant, il est temps d’investir toute son énergie dans la désescalade.

En effet, il suffit aujourd’hui d’une étincelle pour que la violence l’emporte sur la paix. Autrement dit, la Belgique, l’Espagne et l’Union européenne se passeraient volontiers des provocations irréfléchies du secrétaire d’État Theo Francken (N-VA).

La déclaration de M. Francken, qui propose l’asile au ministre-président catalan, pose problème à plusieurs égards. Premièrement, parce que ce n’est pas au secrétaire d’État à l’Asile de décider de ce genre de choses. Heureusement, d’ailleurs.

Lorsque les guerres en Syrie et en Irak ont poussé des centaines de milliers de migrants à frapper aux portes de l’Europe, la chancelière allemande Angela Merkel a lancé un appel au calme. La formule qu’elle avait utilisée à l’époque, Wir schaffen das (Nous y arriverons), fut malicieusement détournée par la droite pour faire croire qu’il s’agissait d’une invitation à tous les réfugiés économiques.

Notre secrétaire d’État N-VA, lui, lance aujourd’hui un « Wir schaffen das » à l’adresse des Catalans. Si la situation en Catalogne devient le seuil d’acceptation pour octroyer l’asile, il va encore falloir accepter de très nombreux réfugiés. Nous imaginons dès lors l’appel d’air que provoquerait M. Francken.

Les nationalistes flamands se passionnent pour la situation en Catalogne. Il n’y a rien de mal en soi ; comment reprocher à un militant de militer ? Ceci dit, depuis le début du conflit, la situation s’envenime et nous sommes au bord d’un conflit violent. Et dans ces cas-là, un gouvernement est censé faire preuve de retenue.

L’enthousiasme de guerre est un concept développé par l’historien néerlandais Ewoud Kieft. C’est le nom qu’il donne à l’aveuglement joyeux dont ont fait preuve les citoyens en 1914 au moment de se lancer dans la Grande guerre. Ce terme s’applique également à un membre du gouvernement lorsqu’il sème une tempête diplomatique dans un conflit étranger qui s’envenime.

Ce sont peut-être les provocations irresponsables de ce genre qui ont fait de Theo Francken l’homme politique le plus populaire du pays. Peut-être que les critiques telles que celle-ci y contribuent aussi. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le gouvernement, à quelques marmonnements près, se tait une fois de plus. Mais il y a des moments dont l’importance impose de regarder au-delà du prochain sondage. Grâce à ce nouveau scandale, aux répercussions internationales cette fois-ci, Theo Francken a fait de notre pays un paria.

Il est temps que Charles Michel (MR) décide de ce que veut dire, pour lui, être Premier ministre. Est-il le chef d’un gouvernement, ou bien est-il le baby-sitter d’un secrétaire d’État qui – contrairement à Geert Bourgeois ou Jan Jambon, des militants nationalistes pourtant tout aussi convaincus que lui – refuse obstinément d’apprendre la différence entre militantisme et responsabilité gouvernementale ?

Selon vous, quel est votre rôle, Monsieur le Premier ministre ?

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