Avec son émission « Foto van Vlaanderen », sa communication maladroite et son manque de transparence, la VRT a atterri dans l’œil du cyclone. Voilà qui a donné à Maarten Boudry, philosophe éthicien, l’occasion d’ouvrir un débat intellectuellement malhonnête.
Boudry a réussi son petit effet dans l’émission De Afspraak. Brandissant un document interne à la VRT, il a déduit que cette dernière aurait « dissimulé » des résultats partiels de son enquête, la « Foto van Vlaanderen ». Cette enquête de la chaîne publique visait entre autres à sonder les opinions ultraconservatrices des Flamands. Et les conclusions se sont révélées inquiétantes, surtout chez les jeunes. Constat le plus marquant : un jeune adulte sur six peut s’imaginer une situation justifiant qu’un homme batte une femme. Boudry avait une explication toute simple à ce phénomène : l’islam. Et le philosophe de prétendre que la VRT a caché des résultats qui démontreraient que les personnes issues de l’immigration sont plus homophobes et plus misogynes que le Flamand blanc de peau.
Il faut en partie donner raison à Boudry. Y a-t-il un problème avec des jeunes qui invoquent la religion pour affirmer que la place de la femme est à la maison et qu’il faut garder ses distances par rapport aux minorités sexuelles ? Certainement, oui. Ce problème est-il plus présent chez les musulmans ? Vu la lecture souvent plus rigoriste des vieux prescrits religieux par cette catégorie de la population, oui également. Et faut-il que la société réagisse à ce phénomène ? Bien sûr, et il faut bien reconnaître qu’en règle générale, on a trop longtemps évité de regarder ce problème en face. Il n’en demeure pas moins que l’avidité avec laquelle Boudry vise les musulmans a de quoi soulever d’importantes réserves. D’autant plus que le philosophe se garde bien d’évoquer les autres fondamentalistes religieux.
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Tout d’abord, il y a la statistique. Aussi critiquable que soit l’enquête, si la VRT n’a pas divisé son étude en fonction de l’origine des personnes interrogées, c’est qu’elle avait une raison. Penchons-nous sur les chiffres. L’enquête se base sur un échantillon de 2 261 Flamands, répartis en différentes catégories d’âge. Parmi ceux-ci, 310 sont d’origine étrangère. Si vous vous dites que c’est chez ces 310 personnes que nous trouvons les plus conservateurs, vous vous trompez. Ce groupe est pratiquement aussi conservateur que les jeunes de 18 à 24 ans. De surcroît, parmi les « étrangers », les plus représentés sont… les Néerlandais. Le groupe de sondés aux origines marocaines ou turques — celui sur lequel le constat de Boudry devrait se fonder — est limité à 21 personnes. Accepterait-on que la chaîne publique tire de grandes conclusions sur la base d’un groupe aussi réduit ?
« Il peut s’empresser d’accuser la VRT de dissimulation de résultats, de censure et de refus d’aborder certains débats. Cela sert son propre agenda idéologique, et intellectuellement, ce n’est pas honnête. »
Bien sûr, la VRT aurait dû communiquer beaucoup mieux en publiant ces résultats avec tous les avertissements de rigueur. Si elle l’avait fait, tout le monde aurait su d’emblée qu’il n’y avait pas de conclusions à tirer de cette enquête spécifique en matière d’origine ou de religion des participants. Et Boudry n’aurait pas pu déverser son flot d’insinuations. Aujourd’hui, il peut s’empresser d’accuser la VRT de dissimulation de résultats, de censure et de refus d’aborder certains débats. Cela sert son propre agenda idéologique, et intellectuellement, ce n’est pas honnête.
Malheureusement, cette affaire laisse en marge du débat des discussions autrement plus intéressantes. En effet, il est statistiquement pertinent de relever qu’une partie des garçons flamands adoptent une attitude différente de leurs parents concernant la communauté LGBTQIA+ et les relations hommes-femmes. C’est d’ailleurs assez simple à constater quand on parle un peu avec les jeunes. D’où proviennent ce sentiment d’incertitude, cette aspiration à une masculinité forte et dominante, et ce rejet du changement, qui pour certains va tellement vite qu’ils ne peuvent et ne veulent pas le suivre ? Si vous croyez sincèrement que cette problématique n’agite pas les jeunes hommes à l’heure actuelle, c’est qu’il vous reste bien des discussions à mener en dehors de votre bulle.
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