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Pénurie d’enseignants: pauvre petite Flandre riche
10·06·22

Pénurie d’enseignants: pauvre petite Flandre riche

Isolde Van den Eynde est journaliste politique au quotidien Het Laatste Nieuws.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Ivan Aleksic on Unsplash

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

La Flandre a les moyens de subventionner des clôtures contre les loups et d’embaucher une coordinatrice de cohabitation avec les sangliers. Mais pendant ce temps, les élèves flamands manquent de profs pour leur donner cours.

La Flandre a touché le fond. Depuis des mois, des jeunes n’ont plus de cours de mathématiques, de néerlandais ou de français. Certains jeunes n’auront pas d’examens. Comment ne pas exploser de colère ? La situation est tout bonnement inacceptable. Il est de notre devoir de continuer d’en parler. Le pire, dans tout ça ? C’est que l’iceberg, nous l’avions vu depuis longtemps.

La pénurie d’enseignants est prédite depuis longtemps. « Nous ne pouvons pas résoudre ce problème en quelques mois », nous ont répété les ministres successifs pendant 22 ans. Le problème était toujours éloigné, il ne fallait jamais rien résoudre à court terme. On a tenté de recoller quelques morceaux çà et là, en espérant que le rafistolage suffirait.

Mais la rénovation profonde du système s’est heurtée à de nombreux intérêts particuliers. Plus agiles que les meilleurs des ballerines, nos politiques ont pratiqué la politique des petits pas, afin de conserver un équilibre entre syndicats, réseaux d’enseignement et pouvoir politique. En voulant satisfaire tout le monde, ils n’ont satisfait personne. La stratégie n’a pas suffi.

Et elle ne suffit toujours pas. Le débat s’est déchaîné après la révélation des résultats médiocres des élèves flamands en mathématiques. La discussion a débouché, en fin de compte, sur le maintien ou non des cours de religion. Mon dieu ! Les réseaux d’enseignement se sont empressés d’ouvrir leurs parapluies et de jeter la patate chaude au politique, car des directeurs d’école en colère sont venus frapper à leur porte. En effet, ce sont eux qui sont en première ligne quand il s’agit de jongler avec leur personnel tant qu’ils le peuvent, et qui se retrouvent parfois eux-mêmes devant les classes.

Le ministre de l’Enseignement, Ben Weyts (N-VA), de son côté, pleurniche. Les réseaux l’ont laissé dans l’incertitude en n’annonçant pas leurs manœuvres. D’après lui, on a fait des pas de géant dans l’enseignement. Oui, c’est certain. Mais après tant d’années d’atermoiements, ces pas sont insuffisants. Se réjouir de ce qui est déjà fait, c’est le pire que l’on puisse faire. Les parents sont priés de faire davantage confiance aux enseignants. C’est très bien, mais encore faut-il que leurs enfants aient un professeur. Dans sept ans, votre enfant de cinq ans aura-t-il un professeur de mathématiques ? Il est désormais impossible de répondre à cette question. Pauvre Flandre.

« On pourrait s’imaginer que le gouvernement est riche, qu’il nage dans l’argent ! Non, il ne nage pas dans l’argent. »

Ou riche Flandre, plutôt. Surtout quand on se penche sur les dépenses de nos pouvoirs publics. Des clôtures contre les loups. Une coordinatrice pour faciliter la cohabitation avec les sangliers. Des millions d’euros de subventions pour attirer les touristes chez les brasseurs. Une augmentation des subsides pour la télévision du parlement flamand, comme si la VRT n’existait pas. Des distributeurs de crème solaire. Un abonnement au cinéma. Une application pour cuisiner. Des sponsors pour les festivals. Le budget du bien-être animal multiplié par huit. On pourrait s’imaginer que le gouvernement est riche, qu’il nage dans l’argent ! Non, il ne nage pas dans l’argent.

Les résultats scolaires en math en chute : combien de fois faudra-t-il tirer le signal d’alarme ?

Nous pourrions toutefois penser que chaque enfant bénéficie au moins d’un enseignement de qualité. Qu’aucun enfant en Flandre ne se trouve encore sur une liste d’attente. Eh bien non, ce n’est pas le cas. Le gouvernement flamand semble bien trop occupé à prendre des mesurettes couronnées de petits succès sans envergure. Une stratégie qui comble le besoin de politiciens de saupoudrer un peu partout des petits budgets d’un million d’euros, mais qui ne comble pas les besoins de la région. Ni de l’intérêt général.

Le gouvernement veut montrer aux citoyens qu’il peut sortir de son chapeau, comme par miracle, une solution à chaque problème. Il leur fait même croire que c’est son devoir. Pourtant, il n’en est rien. Car entre-temps, nos ministres négligent leurs missions principales. Il est temps d’arrêter de tourner autour du pot. La force du changement, De kracht van verandering, comme le proclame le slogan de la N-VA, se fait désirer. Où est-elle ? Il est temps que le gouvernement définisse ses priorités. Et que l’exécutif, dans son ensemble, ose y croire.

La coupe est pleine. Elle déborde, même. Des élèves n’ont plus de cours. À quand une semaine de quatre jours d’école, tant qu’on y est ? Heureusement que bientôt, nous n’aurons plus de coups de soleil, que des masses de touristes pourront s’abreuver de notre bière, que nous pourrons cuisiner comme des chefs, et que nous pourrons nous protéger des loups et des sangliers. Merci, cher gouvernement flamand ! Tu as atteint le comble de l’absurdité.

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