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Le gouvernement invite les citoyens à donner leur avis, mais les écoutera-t-il ?
27·04·22

Le gouvernement invite les citoyens à donner leur avis, mais les écoutera-t-il ?

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Capture d’écran du site « Un pays pour demain »

Les citoyens peuvent donner leur avis sur l’avenir du pays, annonce le gouvernement De Croo. Mais sera-t-il suivi pour autant ? On peut en douter.

Les Belges peuvent désormais donner leur avis sur la réforme de l’État. C’est la promesse du gouvernement De Croo. Et ainsi se prononcer sur le cap à donner à notre pays. « Le monde n’attend pas de discussions fondamentales sur l’organisation de notre pays », a déclaré Alexander De Croo (Open Vld), samedi, lors du congrès de son parti. Pour ensuite, lundi, nous mettre en garde : « si on ne s’occupe pas de politique, c’est la politique qui s’occupera de nous ».

Bref, les citoyens ont désormais voix au chapitre. Mais ils ne sont pas obligés de donner leur avis pour autant. Peut-être n’en ont-ils d’ailleurs même pas envie. Parce qu’ils estiment que les politiques sont justement élus pour cela. Et que s’ils cherchent à s’impliquer, ils doivent alors surmonter la difficulté de l’inscription, la multitude de formalités à accomplir, la profusion des thématiques abordées, les questions ouvertes…

La participation citoyenne, une solution pour la Belgique ?

Qui se donne une telle peine ? Les citoyens engagés. Et l’on ne parle pas, ici, de l’ancien parti frère du CD&V dans le sud du pays. Mais de celles et ceux qui sont motivés, qui ont le temps. Ou qui sont chargés par leur parti, leur syndicat ou leur association d’exprimer l’opinion du groupe auquel ils appartiennent.

La N-VA, de son côté, rejette cette consultation. Mais ce faisant, elle se tire une balle dans le pied. Ne devrait-elle pas justement appeler ses électeurs à s’exprimer ? Ce refus souligne cruellement la difficulté de cette initiative : la représentation biaisée de la population.

« Donner voix au chapitre aux citoyens vient masquer le désaccord entre les partis au pouvoir »

Les responsables politiques et des citoyens tirés au sort — que les autres citoyens ne peuvent pas désavouer — travailleront en effet sur la base des réponses données par l’élite impliquée dans ce processus participatif.

Par ailleurs, le fait de donner voix au chapitre aux citoyens vient masquer le désaccord entre les partis au pouvoir qui, lors de leur prise de fonction, avaient promis de préparer une réforme de l’État.

Ainsi, le CD&V veut régionaliser la Belgique davantage quand le MR rêve plutôt d’un retour à une Belgique à papa unitaire. Cette opposition s’exporte désormais vers les citoyens — du moins ceux mus par l’engagement. Ce qui permet au gouvernement de gagner du temps.

Or, plus le temps s’écoule, plus il deviendra difficile d’élaborer une réforme du pays complexe qui est le nôtre. Rappelons que le CD&V a obtenu, dans le cadre de l’accord de gouvernement, la régionalisation du système de santé. C’est son trophée au sein de la coalition Vivaldi. Retournera-t-il sa veste si les citoyens se prononcent plutôt pour une fédéralisation plus poussée ?

La Communauté germanophone, pionnière de la démocratie participative

Reste une autre question : les Belges sont certes invités à donner leur avis, mais sera-t-il suivi ? On peut en douter. En France, les multiples panels citoyens mis sur pied par Emmanuel Macron, illustre exemple en la matière, sont restés lettre morte. Résultat : le taux d’abstention n’a jamais été aussi élevé depuis cinquante ans.

On voit bien qu’à travers cette initiative onéreuse — elle coûtera 2,1 millions d’euros —, le monde politique cherche à associer les citoyens à son action, à combler un fossé dont plus personne n’ignore l’existence. Une idée louable en soi. Car qui peut prétendre que des années de tractations politiques ont permis de remettre le pays en ordre de marche ? Pour notre part, nous sommes toutefois d’avis que la méthode choisie n’est pas la meilleure.

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