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« La force du changement », un slogan extrêmement vague qui ne rime à rien
22·07·22

« La force du changement », un slogan extrêmement vague qui ne rime à rien

L’humoriste Bert Kruismans rédige chaque semaine une chronique pour le quotidien De Tijd.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Brett Jordan on Unsplash

Auteur⸱e
Laurence Hamels
Traductrice Laurence Hamels

« La force du changement », quel magnifique slogan politique. « La force du changement », allez, sérieusement, qui peut bien s’opposer à un tel concept ? Et « Aller chercher l’argent là où il se trouve » n’est pas mal non plus dans le genre. Mais quiconque est allé un tant soit peu à l’école sait que cela ne rime à rien. Lever des fonds, c’est une chose, mais encore faut-il savoir où les deniers se trouvent. Arracher des carnets d’épargne des mains de miséreux qui croupissent dans des logements sociaux, ça, nos dirigeants savent le faire sans trop de difficultés, mais s’en prendre aux gros poissons, pas question. Traquer l’argent sans s’attirer trop d’ennuis, telle est la règle dans ce pays.

« La force du changement » est un slogan extrêmement vague qui ne rime à rien. Et c’est justement pour cela qu’il est si génial. On peut en faire la lecture que l’on veut. C’est le digne successeur de « Le changement, avec cet homme », le slogan qui propulsa Leo Tindemans vers le succès électoral en 1974. Les choses furent-elles effectivement différentes après sa victoire ? Aucunement.

En fait, le brave homme avait déjà frappé fort en 1972, alors qu’il était ministre de l’Agriculture, en interdisant la tenderie aux oiseaux chanteurs migrateurs, une décision qui avait failli entraîner la chute du gouvernement. En effet, André Cools, le leader des socialistes wallons, savait que, pour une frange de ses électeurs, la tenderie était un droit humain fondamental, une composante essentielle de leur identité. Mais Leo n’en démordait pas. Si vous vous demandez pourquoi les bons restaurants ont depuis longtemps remplacé le pâté d’alouette par le vol-au-vent, vous avez la réponse. C’est la faute de Leo Tindemans. Pour rappel : aux Pays-Bas, l’abolition de la tenderie remonte à 1912.

Routes aériennes: le nouveau BHV du gouvernement belge

Fort du sauvetage de l’alouette, Leo l’ambitieux continua sur sa lancée avec son projet de division de l’arrondissement électoral Bruxelles-Hal-Vilvorde par le biais du Pacte Egmont. Mais cela sembla chose moins aisée que la tenderie. Alors, Leo se retira au cimetière des éléphants appelé Parlement européen, mais il put quand même revenir en tant que ministre des Affaires étrangères, à condition de passer beaucoup de temps en dehors du pays. Trente-cinq ans plus tard, BHV fut divisée selon les limites qu’il avait esquissées en 1977.

« Priorité à notre propre bric-à-brac fiscal et surtout à notre propre électorat »

Chez nous, la taxation du travail est trop élevée, et ce, depuis une trentaine d’année. Alors, le ministre des Finances a commandité un énième rapport à un cercle d’éminents experts qui ont remis une analyse approfondie, cerné des points névralgiques et ébauché la solution : la réduction de la taxation du travail passe par la démolition des bric-à-brac fiscaux. Plusieurs personnages politiques importants se sont emparés de ce rapport pour ensuite le jeter à la poubelle sous le slogan « priorité à notre propre bric-à-brac fiscal et surtout à notre propre électorat ».

Taxe kilométrique : pourquoi la N-VA retourne sa veste

Le site web vlaanderen.be abrite un millier de pages d’études et de rapports sur une taxe kilométrique flamande. On peut y lire : « Cette étude n’est pas un plan prêt à l’emploi sur une redevance routière. En revanche, ses résultats peuvent être une source d’idées et de faits servant de base à un débat politique et sociétal nuancé ». Chouette. Sauf qu’il n’y a pas de débat. Le gouvernement flamand a enfoui tous ces péages à une vingtaine de mètres dans le sol.

D’autres exemples d’études débordant d’expertise sur les pensions ou le pouvoir d’achat sont disponibles sur simple demande. Si nous devons nous serrer de nouveau autour du poêle de Louvain l’hiver prochain pour cause de pénurie de gaz, les autorités disposeront de suffisamment de rapports poussiéreux en guise d’allume-feu pour chauffer tous les foyers belges.

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