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L’élan de solidarité pour l’Ukraine n’est pas un sprint, mais un marathon
21·03·22

L’élan de solidarité pour l’Ukraine n’est pas un sprint, mais un marathon

Jeroen Bossaert est journaliste pour le quotidien Het Laatste Nieuws.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Elena Mozhvilo on Unsplash

Maxime Kinique
Traducteur Maxime Kinique

Nous avons assisté la semaine dernière à l’un de ces moments rares où les médias flamands parlent tous d’une même voix. Quelle que soit la chaîne de radio que vous écoutiez, le message et sa tonalité étaient les mêmes, tout empreints de solidarité avec tous ces civils victimes de la guerre en Ukraine. Et le soir à la télévision, pas moyen non plus d’échapper à l’actualité brûlante du moment : sur Eén, VTM ou encore Play4, tous les téléspectateurs ont eu droit à un spectacle censé les convaincre de faire un don sur le compte du Consortium 12-12. Ce message-là, vous y avez répondu en masse, et c’est tout sauf une surprise.

Qui, en effet, pourrait rester de marbre à la vue des images des derniers jours en provenance d’Ukraine ? Comment rester insensible face à la douleur de cette femme en fin de grossesse qui a été blessée lors du bombardement d’une maternité, ou face au drame de cette mère pleurant contre un mur des urgences d’un hôpital et tentant de consoler sa fille qui vient elle-même de perdre son fils ? Comment ne pas verser une larme en découvrant ce mortuaire où les cadavres sont entassés les uns sur les autres et où des familles désespérées se pressent dans l’espoir (ou plutôt la crainte) de retrouver un être cher qui ne donne plus signe de vie ?

Nous avons tous le cœur meurtri face à une telle déferlante de souffrance. Nous pleurons nous aussi avec ce peuple martyrisé, nous ouvrons notre porte aux réfugiés ukrainiens et nous faisons un don en fonction de nos moyens. En espérant que cela serve à quelque chose…

Revenus pour les réfugiés ukrainiens : un imbroglio administratif

Cette vague de solidarité fait chaud au cœur, mais une fois qu’elle aura atteint son sommet, elle va inexorablement retomber. Et s’il y a bien une chose que la crise du coronavirus nous a apprise, c’est que la descente risque d’être rapide. Au plus fort de la tempête, nous nous serrons tous les coudes mais dès que l’intensité des rafales diminue, les rangs se font moins unis. Vous vous souvenez de mars 2020 ?

À l’époque, nous étions nombreux à mettre des ours en peluche devant nos fenêtres pour aider nos enfants à penser à autre chose ou à accrocher des draps blancs et applaudir avec nos voisins afin de remercier le personnel soignant pour son dévouement. Quelques mois plus tard, le tableau avait bien changé : les applaudissements avaient cessé, les draps étaient de nouveau dans le tiroir et les ours en peluche dans une caisse au grenier.

Ne soyons donc pas naïfs : durant cette crise-ci également, le bel élan de solidarité actuel ne sera pas éternel, et on serait bien inspiré, rue de la Loi, d’en être conscient. Aujourd’hui, il y a une forte adhésion au sein de la population pour les sanctions sévères qui ont été adoptées à l’encontre du régime de Poutine, mais qu’en sera-t-il demain, lorsqu’il apparaîtra clairement que ces sanctions ont un impact pour nous également ? Aujourd’hui, nous clamons tous « Wir schaffen das! » avec ardeur et détermination en entendant que pas moins de 200.000 Ukrainiens pourraient venir vivre (temporairement) dans notre pays, mais en ira-t-il toujours de même en mai, lorsqu’apparaîtront les premières difficultés liées à l’intégration de toutes ces personnes ?

Ukrainien, Syrien ou Afghan… toute personne qui fuit la guerre aspire à un accueil chaleureux

Même si Poutine et Zelensky font la paix demain, il est probable que nous subirons encore longtemps les conséquences de cette guerre. C’est un message difficile à porter pour nos politiciens avec, au Parlement, des partis populistes tels que le Vlaams Belang et le PTB qui n’attendent qu’une chose : exploiter électoralement le chaos socioéconomique que l’on peut redouter pour les prochains mois.

La Belgique aura bien besoin de dirigeants forts et, surtout, pondérés pour préserver le plus longtemps possible cette adhésion de la population à la cause ukrainienne. Car comme lors de la crise du coronavirus, ce n’est pas au-devant d’un sprint, mais d’un marathon, que nous allons. Et pour atteindre la ligne d’arrivée, la population devra faire preuve de ténacité, les médias de tempérance et les dirigeants politiques de sens du leadership. Schaffen wir das ?

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