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3 octobre 2018

Jeunesse et démocratie : un sondage électoral qui inquiète la Flandre

Jan Segers
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Les rapports sur le sujet s’accumulent et leur ton se fait de plus en plus alarmant. La démocratie ne progresse plus à l’échelle mondiale. Pire : elle recule. Le concept est apparemment dépassé, à en croire le sondage mené par la VRT auprès de jeunes Flamands de 18 à 21 ans, c’est-à-dire ceux qui pourront voter pour la première fois ce 14 octobre. Pardon : qui devront voter. Bon nombre d’entre eux ignorent totalement pour qui ils voteront. Un quart de la jeunesse flamande se demande même en quoi la démocratie est un si bon système et préférerait confier son avenir à un leader autoritaire plutôt qu’à un mollusque démocratiquement élu.

À la lecture de ce sondage, il nous vient l’envie d’imaginer ce que Charles Aznavour (1924-2018) en aurait pensé, lui qui était né de parents arméniens fuyant un génocide, lui qui, pendant la guerre, chantait dans des clubs, la nuit, dans un Paris occupé par les Allemands. Si ça se trouve, la jeunesse d’aujourd’hui n’a que faire de paroles d’un vieil homme. Il faut dire qu’en 2018, le monde n’est plus le même qu’en 1947, année où Winston Churchill a affirmé, à l’occasion d’un discours, que la démocratie était le pire des régimes, à l’exception de tous les autres. Toujours sur le ton de la boutade, Churchill a également dit que pour se persuader d’abandonner la démocratie, il suffisait de discuter cinq minutes avec l’électeur moyen.

Selon le sondage de la VRT, c’est avec des connaissances et un intérêt limités que les jeunes du nord du pays se rendent pour la première fois aux urnes, en général parce que la loi les y contraint. Certains anciens justifieront par ce manque d’intérêt leur opposition à l’abaissement de l’âge du droit de vote et leur volonté de mettre fin au vote obligatoire. Comme si le quarantenaire, le sexagénaire ou l’octogénaire moyens étaient plus intéressés et mieux informés que les jeunes de 20 ans. Et comme si la voix d’un électeur éclairé et intéressé avait plus de pertinence et de valeur que celle d’un électeur exprimant un vote à la légère, en fonction de son humeur du moment. Tout au plus, il conviendrait de se demander pourquoi la conscience politique n’a pas évolué en Flandre au même rythme que le niveau de l’instruction. Voilà d’ailleurs un excellent argument en faveur de l’introduction de cette fameuse heure de citoyenneté à l’école, tous réseaux et toutes options confondus.

Ceci étant dit, nous ignorons toujours pourquoi la démocratie classique ne passionne plus vraiment les jeunes. En fait, les jeunes ne sont pas aveugles. Ils voient bien à quel point le niveau de vie s’améliore dans de nombreux endroits du monde non pas malgré, mais grâce à un déficit de démocratie, de participation citoyenne et de liberté. Ils voient aussi que l’Europe, à bout de souffle, perd progressivement de son influence dans le nouvel ordre mondial. Ils voient que nos parlements deviennent des machines à voter, et nos parlementaires des moutons bien dociles. Ils voient que les gouvernements, qu’ils soient de gauche ou de droite, peinent à faire la différence une fois élus. Ou bien que le pouvoir des urnes et de notre bonne vieille démocratie n’a plus rien de comparable, en termes de force de frappe, à celui des partis, des syndicats et des lobbys d’affaires, pour ne pas parler de l’Europe et des marchés financiers internationaux. Dès lors, que penser de notre démocratie à la flamande ou à la belge ? C’est très simple : notre système est incompétent. Il n’est pas à même de garantir aux jeunes un environnement sain ni une vie en sécurité, et encore moins une pension convenable.

Peut-on, dans ces conditions, en vouloir aux jeunes d’être tentés par des formes de pouvoir plus autoritaires ? Profitons de ce sondage pour réveiller les consciences. Notre démocratie a besoin de leaders forts, dotés d’une vision à long terme et qui inspirent les citoyens. Y compris au niveau local, après le 14 octobre.

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