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Iran : quand l’échange de prisonniers vire à l’accord de marchands de tapis
06·07·22

Iran : quand l’échange de prisonniers vire à l’accord de marchands de tapis

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Photo by sina drakhshani on Unsplash

Bart Brinckman
Auteur⸱e
Guilhem Lejeune
Traducteur Guilhem Lejeune

La commission des Relations extérieures de la Chambre des représentants a examiné, hier matin, un projet de loi visant à ratifier une série de conventions qui prévoient la possibilité que des détenus ne possédant pas la nationalité belge purgent leur peine dans leur pays. Habituellement, le ministre compétent se félicite de ce type d’accords, qui permettent de faire baisser la population carcérale.

Mais le sujet est extrêmement sensible dans le contexte actuel. Le 11 mars dernier, la Belgique a signé, en toute discrétion, un traité avec l’Iran. L’impression qui prévaut est que les autorités iraniennes, après l’avoir condamné à mort, cherchent à transférer en Belgique Ahmadreza Djalali, un professeur invité de la VUB, qui est pourtant irano-suédois. Autre figure qui apparaît dans le dossier : un ressortissant belge arrêté à Téhéran, que la Belgique serait disposée à échanger contre Assadollah Assadi, un diplomate iranien condamné pour terrorisme.

Mais la transaction ne se limite pas à ces trois personnages ou à ces deux pays. La Suède juge actuellement Hamid Nouri, un homme qui serait responsable du décès de centaines de détenus. Selon Amnesty International, lui aussi servirait de monnaie d’échange pour éviter l’exécution de Djalali. L’organisation de défense des droits de l’homme estime que l’Iran utilise la peine de mort comme un moyen cynique mais parfaitement efficace d’acculer l’Occident.

Exécution du professeur Djalali : le chantage iranien

Une façon de procéder qui foule aux pieds la notion de justice. Ce Belge semble en effet avoir été arrêté dans le seul but d’intensifier les pressions exercées sur le gouvernement belge, et Djalali a déjà été la victime d’un simulacre de procès. Qui plus est, le traité autorise l’Iran à amnistier sans délai les terroristes renvoyés vers son territoire. Assadi, qui a fomenté une tentative d’attentat contre des opposants iraniens en exil, pourra ainsi se poser en héros à la télévision d’État iranienne — un véritable bras d’honneur.

« La morale est certes une noble valeur, mais elle ne doit pas empêcher le gouvernement de rechercher, avec pragmatisme, la solution la plus réaliste qui s’offre à lui. »

S’ils avaient été au gouvernement, les nationalistes flamands, prompts aux vociférations, auraient, eux aussi, applaudi face à cette realpolitik. Les échanges de prisonniers rendent le chantage iranien payant, fait-on valoir du côté des critiques. Mais ni le Royaume-Uni, et encore moins les États-Unis, n’éprouvent de scrupules à conclure des accords similaires avec cet État voyou islamique. La diplomatie produit souvent des résultats médiocre, mauvais, voire désastreux.

La morale est certes une noble valeur, mais elle ne doit pas empêcher le gouvernement de rechercher, avec pragmatisme, la solution la plus réaliste qui s’offre à lui. Reste la question, essentielle, de savoir si le prix payé par la Belgique n’est pas trop élevé. Le fait d’honorer l’intérêt individuel des personnes détenues en Iran ne semble pas porter atteinte à l’intérêt général des Belges ordinaires. Pour ce qui est de l’exemplarité, en revanche, on repassera.

Darya Safai, l’ancienne réfugiée iranienne devenue candidate N-VA

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