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Finances wallonnes : quand deux et deux ne font pas quatre
17·03·22

Finances wallonnes : quand deux et deux ne font pas quatre

Luckas Vander Taelen est chroniqueur et historien. Il a également été actif en politique sous la bannière de Groen.

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Photo by Michal Matlon on Unsplash

Le président du PS, Paul Magnette, mise tout l’argent qu’il n’a pas sur le chiffre 4. Soit le nombre de régions à part entière qu’il imagine dans la Belgique de demain.

Le destin politique de la Belgique est écrit : une nouvelle réforme de l’État se profile après les élections de 2024. Et vu la dette croissante de pratiquement toutes les entités du pays, il sera question de gros chiffres.

Les finances sont particulièrement dans le rouge côté francophone. La Communauté française est pour ainsi dire en faillite, tandis que la Wallonie ne se porte guère mieux après le départ de Jean-Luc Crucke (MR), ministre du Budget évincé par son propre président car trop qualifié.

À Bruxelles, la Cour des comptes refuse d’approuver les comptes de la Région, en raison d’erreurs de calcul et d’une comptabilité pour le moins chaotique.

Heureusement, le professeur Paul De Grauwe est là. L’économiste assure qu’une montagne de dettes haute comme l’Everest n’a rien de dramatique, car elle est amenée à fondre comme un glacier en cette période de réchauffement climatique. Il s’inscrit ainsi dans la lignée de Guy Mathot, qui affirmait déjà que les dettes, par définition, apparaissent puis disparaissent naturellement.

Si l’éminent professeur est sans aucun doute capable de démontrer l’exactitude de son modèle théorique, un tel discours ne tient pas debout dans l’arène politique belge. Il offre même une excuse parfaite aux politiciens frivoles qui mettent un point d’honneur à gérer les deniers publics de manière particulièrement douteuse depuis deux décennies.

« Les Flamands et les Wallons divergent sur bien des aspects. Et voilà qu’à présent, ils se mettent à calculer différemment. »

La réforme à venir ne se focalisera pas uniquement sur les chiffres colossaux de la dette. Un calcul beaucoup plus modeste, digne de la première primaire, fera l’objet de longues discussions nocturnes. Les participants se creuseront les méninges autour du paradoxe suivant : en Belgique, 2 x 2 ne font pas 4. Du moins quand il s’agit de redessiner l’architecture du pays.

Les Flamands et les Wallons divergent sur bien des aspects. Et voilà qu’à présent, ils se mettent à calculer différemment. Le président du PS, Paul Magnette, mise tout l’argent qu’il n’a pas sur le chiffre 4 : il voit la future Belgique divisée en quatre régions égales, quelle que soit leur taille, du petit poucet germanophone à la modeste capitale, en passant par la Wallonie et à la Flandre. Pour le grand justicier de Charleroi, tout le monde se vaut. Il s’agit de créer « des régions à part entière », pour utiliser l’expression si chère aux francophones.

Cette logique arithmétique wallonne n’a pas suscité de vives réactions côté flamand. Et c’est bien dommage, car si Bruxelles devient une région à part entière, la Communauté flamande peut y faire ses valises. L’enseignement néerlandophone, largement reconnu, se retrouverait en péril dans la capitale.

La N-VA abandonne-t-elle Bruxelles aux Bruxellois ?

Seule la ministre Annelies Verlinden (CD&V) s’est fait entendre. Elle opte aussi pour le chiffre 4, mais le divise par 2, ce qui donne la formule suivante : 2 x 2, avec deux grandes régions, et deux petites.

« Ce que la Belgique a en commun avec ce pays en proie à la guerre, c’est le risque d’effritement après la prochaine réforme de l’État. »

On pourrait penser que les propos de Magnette et Verlinden, exprimés dans leur langue maternelle respective, se rejoignent, puisqu’ils arrivent tous deux au même chiffre. Il n’en demeure pas moins que les désirs de l’un et les préférences de l’autre sont aussi différents que les visions de Volodymyr Zelensky et de Vladimir Poutine à propos de l’avenir de l’Ukraine. Ce que la Belgique a en commun avec ce pays en proie à la guerre, c’est le risque d’effritement après la prochaine réforme de l’État.

En Belgique, les rôles semblent s’être étonnamment inversés. Les francophones reprochent aux Flamands leurs réflexes nationalistes, mais force est de constater que la proposition de M. Magnette de diviser la Belgique en quatre régions égales fait le lit d’une Fédération Wallonie-Bruxelles autonome. Peut-être le bourgmestre de Charleroi est-il convaincu, fort de ses longs entretiens avec son collègue préformateur Bart De Wever (N-VA), qu’un confédéralisme poussé a finalement du bon. L’idée de Verlinden, en revanche, est résolument belgicaine : avec son 2 x 2, Bruxelles reste un terrain neutre, entre la Flandre et la Wallonie.

Mais avant d’entreprendre quoi que ce soit, notre classe politique devra s’attaquer à la dette de la Belgique unifiée. Si elle survit à cette épreuve – et s’il reste un peu d’argent – elle pourra laisser les opérations mathématiques rudimentaires de côté. Et passer au niveau suivant.

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