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27 octobre 2016

Equipe Lotto : quand l’Etat belge perd les pédales

Temps de lecture: 3 minutes

Un État doit-il subventionner une équipe cycliste ? Le patron de cette dernière doit-il gagner autant que le Premier ministre ?

230 000 €, tel est le montant des émoluments annuels de Charles Michel. 230 000 €, c’est aussi ce que devrait gagner chaque année le futur patron de l’équipe cycliste Lotto Soudal, du moins de l’avis de Jannie Haeck. Celui qui a travaillé pour quelques-unes des grandes figures du parti socialiste, et qui est aujourd’hui l’homme fort de la Loterie Nationale, est un patron parmi les patrons. Il gagne lui-même quelque 290 000 €. Mais heureusement, la décision ne lui appartient pas, car dans la vie, il y a toujours un patron parmi les patrons parmi les patrons : dans ce cas, sa ministre de tutelle, Sophie Wilmès, responsable du Budget, et également de la Loterie Nationale. Et par chance, la libérale n’est pas du genre à dépenser sans compter les deniers publics.

Elle a raison. Jannie Haek, ancien chef de cabinet de Johan Vande Lanotte, avait laissé sa place d’administrateur-délégué de la SNCB Holding il y a trois ans. Le manège des nominations était ensuite reparti pour un tour et s’était arrêté, dans son chef, à la Loterie Nationale. Depuis lors, Haek s’emploie à gérer les intérêts de Lotto Soudal, une équipe cycliste professionnelle sponsorisée par l’État belge, à la façon de l’équipe Astana au Kazakhstan. Les critiques lui reprochent de diriger cette équipe comme un enfant manipule son joujou favori. Un passe-temps bien onéreux, mais qu’il ne finance pas avec son propre argent, comme Marc Coucke le faisait en son temps, et pas non plus avec l’argent des sponsors, comme Patrick Lefevere le faisait son temps. Ce hobby de luxe, il se l’offre avec l’argent du contribuable.

Il est vrai, me direz-vous, que ces 230 000 € ne pèsent pas bien lourd dans les finances de l’État et que cette somme n’aurait pas permis à notre budget en perdition de retrouver un semblant d’équilibre. Elle ne représente même pas un millième de notre déficit national. Mais là n’est pas le problème. C’est une question de principe : l’homme à la tête de l’équipe promotionnelle d’une entreprise publique doit-il gagner autant que le Premier ministre ? L’État a-t-il absolument besoin d’une équipe cycliste professionnelle et par extension, doit-il vraiment s’adonner à l’organisation de jeux de hasard, comme il joue déjà les banques et les bureaux de poste en tirant les ficelles de Belfius et de bpost ? Serions-nous plus mal lotis s’il cessait ces activités périphériques ? Je ne le pense pas.

Je vous l’accorde, Lotto Soudal, c’est une belle équipe. Sous le commandement de leur valeureux capitaine Haek, les coureurs pédalent sans ménagement, attaquent à qui mieux mieux, ou plus exactement, à tort et à travers. Et Tim Wellens, Tiesj Benoot, Jurgen Roelandts, Jens Debusschere et Thomas De Gendt sont vraiment de beaux champions. Mais je vous le redemande : incombe-t-il à l’État de leur verser leur plantureux salaire ? Est-ce son rôle ? Cela fait-il partie de ses tâches prioritaires ? André Greipel est une crème. Je ne crois pas avoir connu d’Allemand plus généreux et aimable que lui. Mais en quoi Jannie Haeck œuvre-t-il pour la bonne cause en versant tous ces millions à ce sprinter ? Et que dire de cet Australien de 35 ans, de ce Danois de 36 ans et de ce Néo-Zélandais de 40 ans que nous subventionnons depuis des années ? Une fois encore, le montant de leur salaire n’a pas d’importance. Mais il y a tout de même de quoi s’interroger sur la liste des priorités de ce gouvernement désargenté, non ?

La Loterie Nationale n’est jamais avare de chiffres clinquants. Plus de 100 millions d’euros reversés dans les caisses de l’État, plus de 200 millions d’euros donnés à des œuvres de bienfaisance. Le plus grand mécène (autoproclamé) du pays. Le plus généreux de tous nos bienfaiteurs. Mais le problème, c’est que ces bonnes actions se font toujours au détriment des plus naïfs, des plus crédules, qu’elles portent toujours préjudice aux joueurs invétérés, aux flambeurs maladifs, parfois déjà noyés dans leur addiction. Le Lotto, une forme de prévention de l’État contre la dépendance aux jeux de hasard ?! C’est comme si Charles Michel décidait d’ouvrir demain des tavernes pour combattre l’alcoolisme. Une aberration.

 

 

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