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Enseignement secondaire: la tristesse d’une réforme ratée

(Pixabay)

16 janvier 2017

Enseignement secondaire: la tristesse d’une réforme ratée

Temps de lecture: 3 minutes

Ouf. Le soupir poussé ce vendredi par le gouvernement flamand pouvait s’entendre de Torhout à Bourg-Léopold. Un grand soulagement : tel est le sentiment qui domine après la conclusion de l’accord tant attendu sur la réforme de l’enseignement secondaire. Les négociations auront duré 13 ans, soit plus longtemps qu’une scolarité classique. On devrait donc s’attendre, en toute logique, à ce que le champagne coule à flots dans tous les sièges de parti et dans toutes les salles des profs. À ce que les ministres et les directeurs d’école se donnent l’accolade, se serrent dans les bras, tout émus par l’avenir radieux qui s’annonce pour tous les élèves de Flandre. Mais cela ne s’est pas passé exactement comme cela. À se demander si cette réforme intéresse vraiment quelqu’un.

Personne n’a esquissé le moindre geste de réjouissance. Raymonda Verdyck, administratrice déléguée de GO!, un organisme public en charge de l’organisation et de la qualité de l’enseignement officiel en Flandre, reconnaît à peine dans le résultat final le projet qu’elle avait proposé à l’origine. Un peu comme ce jeu auquel se livrent les élèves en classe de forêt : un élève glisse une phrase dans le creux de l’oreille de son voisin, qui la répète à son tour à celle du suivant et ainsi de suite. Une fois arrivée au bout de la chaîne, la phrase est méconnaissable. Lieven Boeve, le monsieur contrariant du réseau catholique, a quant à lui fait une fixation sur les opportunités manquées. Face à une telle ingratitude, Hilde Crevits a dû avoir des regrets, elle qui est l’incarnation même de l’esprit de concertation. Elle avait pourtant consulté toutes les parties prenantes, de Pierre à Paul en passant par Jacques, respecté leur sensibilité et au bout du compte, personne pour afficher la moindre once d’enthousiasme. Quelle tristesse.

Ce qui est trop pour les uns ne l’est pas assez pour les autres. Une chose est sûre, la prolifération d’orientations a été taillée au hachoir. Mais pour le reste, les écoles peuvent, à leur guise, s’organiser horizontalement, verticalement ou s’il le faut en diagonale : la liberté de l’enseignement est une bien noble couverture pour taire que chaque école n’en fait en réalité qu’à sa tête.

Cette réforme garantit-elle aux plus faibles d’obtenir leur diplôme sans encombre dans 10 ans, ce qui n’est actuellement pas le cas, et aux meilleurs de revenir vraiment sur le devant de la scène, ce qui est de moins en moins le cas ? Personne n’ose l’affirmer. Ils ne sont d’ailleurs pas plus loquaces sur l’immense majorité d’élèves qui se situent entre ces deux extrêmes et dont aucun pédagogue ou aucun rapport PISA ne semble se préoccuper. Tene quod bene, retiens ce qui est bon. Tandis que le monde avance à pas de géant, l’enseignement flamand le suit péniblement en traînant la patte. Se contenter de ce qui fonctionne aujourd’hui, c’est stagner demain et être dépassé après-demain.

Que ceux que cette réforme laisse de marbre se consolent en se disant que ce ne sont pas les structures qui font les écoles, mais leurs directions, leurs enseignants, leurs élèves et leurs parents. Mais il faut aussi y travailler. Leur implication, leur engagement, leur talent est ce qui a toujours fait la différence, partout, de tout temps. L’avenir d’un élève dépend plus souvent de l’inspiration d’un seul professeur que de n’importe quelle réforme structurelle. C’est un peu fleur bleue, mais l’enseignement est un travail sur l’humain.

Cela présuppose également qu’en Flandre, les cerveaux les plus brillants, les esprits plus empathiques, les professeurs les plus doués et les éducateurs les plus réfléchis doivent avoir une trajectoire à suivre, être appréciés à leur juste valeur et pouvoir travailler dans nos écoles dans de bonnes conditions. Et sur ce plan, il y a encore du pain sur la planche, comme en témoigne l’absentéisme en hausse aux plus hauts niveaux hiérarchiques. Le jeu en vaut la chandelle, car pour nos enfants, nil satis nisi optimum : il ne vaut rien de mieux que le meilleur.

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