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30 octobre 2018

Bagagiste chez Aviapartner : le job le plus merdique qui soit

Parmi les boulots les plus ingrats que compte notre État-providence actif, nul doute que celui de bagagiste figure en haut du classement.

Le travail s’effectue, au propre comme au figuré, dans les bas-fonds éclairés au néon de notre économie. Cette besogne malsaine est éreintante mentalement et éprouvante physiquement. Les marges de manœuvre y sont minimes, et la pression sur le personnel est tout aussi insoutenable. Un droit aussi élémentaire qu’une pause, que ce soit pour manger un bout ou aller aux toilettes, fait l’objet de coupes à blanc. Et par-dessus le marché, les travailleurs doivent survivre vaille que vaille entre emplois précaires, provisoires et fictifs. En bref, seuls ceux qui n’ont pas vraiment le choix atterrissent là.

Bien entendu, il est particulièrement fâcheux qu’une grève survienne à l’aéroport en pleine période de vacances. Une grève n’est jamais un triomphe. Pour bon nombre de personnes, les vacances tant attendues ont commencé par une douche froide, sur les banquettes inconfortables du hall des départs. Or si un employeur ne respecte pas les droits et les accords les plus fondamentaux, il se peut que la situation tourne au vinaigre. Dans le conflit qui nous occupe, nos regards noirs devraient se tourner vers les oppresseurs plutôt que vers les opprimés.

L’administrateur délégué du Voka, le patronat flamand, ne le voit pas de cet œil. À travers un tweet, il a déploré une « image écornée » et plaidé pour une « loi sur les grèves ». Comprenez par là des moyens légaux permettant de les briser. En période de tensions sociales, Twitter est de plus en plus utilisé à tort et à travers pour invectiver des gens qui n’ont, eux, pas le temps de tweeter en retour. Notamment parce qu’ils doivent trimballer des valises neuf heures par jour sans pause chez Aviapartner.

Il n’empêche que la posture a de quoi étonner. Le Voka est connu pour être une organisation d’employeurs intègres et respectables qui entreprennent dans le bon sens et la réflexion. À mille lieues, a priori du moins, du modèle du dixième-siècle qui prévaut dans l’aviation et des nouveaux barons de l’industrie façon Michael O’Leary.

En réalité, il convient de tirer des leçons de cet (énième) mouvement de grève dans les rangs des bagagistes aéroportuaires, et il ne s’agit pas ici d’incriminer les grévistes. Le modèle du trafic aérien actuel, entre consommation de masse et dumping, a désormais du plomb dans l’aile.

La démocratisation des vols de ligne est un symbole fort des avancées de notre bien-être collectif. Mais dans les derniers maillons de la chaîne économique, ces billets bon marché sont synonymes d’emplois précaires et incertains. Plus question, en guise d’alternative, de réserver le transport aérien aux riches. Pourtant, force est de constater que le système actuel, grassement subsidié, s’avère intenable.

Le transport aérien de masse entraîne de graves conséquences sur le climat et l’environnement. L’espace vital des nombreux aéroports au sein d’une même région pèse lourdement sur le territoire. Le dumping fait des victimes dans la salle des machines de l’État-providence. Ce modèle ne résistera pas bien longtemps. Et nous devons maintenant cesser de vouloir le maintenir à tout prix.

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