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6 avril 2018

Les musulmans et les juifs ne sont jamais autant respectés qu’en période électorale

Jan Segers
Auteur

Partout en Flandre, ils se creusent les méninges. De Poperinge à Maasmechelen. De Gand à Anvers. Les partis composent leurs listes pour les communales du 14 octobre. Exercice périlleux, elles doivent être complémentaires. Pour toucher l’électorat le plus large possible. Chacun citoyen doit y trouver son compte.

La jeune entrepreneuse est en sixième position ? Alors donnons la septième à l’ancien directeur du collège. Non, plutôt à ce baba-cool en fauteuil roulant qui organise le festival de rock du quartier. En huit : l’infirmière à domicile. En neuf : le populaire patron de café du village. En dix : la petite cheffe scoute. En onze : le militant syndicaliste. Attendez ! N’aurait-on pas aussi un musulman sous la main ? Le boulanger turc peut-être ? Ou plutôt une musulmane, de préférence une étudiante belgo-marocaine avec un voile et une langue bien pendue. Et si on essayait de convaincre le tenancier de l’épicerie juive ?

Tous les partis politiques, de gauche à droite, pourchassent avec exaltation la diversité, y compris religieuse. Cela en devient presque émouvant. Est-ce par respect pour les croyances de chacun ? Certainement. Mais en même temps, leur quête confine à l’obséquieux, au servile, et se fait surtout dans un seul et unique dessein, opportuniste : récolter le plus grand nombre de voix le 14 octobre. Ils sont particulièrement actifs sur ce terrain dans les villes. Soumission ? Asservissement ? Le concept est utilisé pour décrire une position bien trop accommodante à l’égard de l’islam. Mais à voir la N-VA et l’Open Vld rivaliser de surenchère pour s’attirer les faveurs de la communauté juive à Anvers, on ne peut que se demander s’ils ne vont pas bientôt se mettre littéralement à plat ventre. Leur opération séduction est aussi pathétique que la croisade menée par le CD&V, le sp.a, Groen, le PVDA et Be.one pour récolter les voix des musulmans.

Jamais les « croyants » ne sont traités avec autant d’égards qu’en période électorale. La foi – musulmane, juive, catholique – est ensuite invariablement remise à sa place : en marge de la société laïque, comme facteur déterminant du bonheur des individus, mais qui ne peut définir l’identité et les priorités de cette même société. La  façon dont la gauche, du CD&V à Groen, courtise ainsi les musulmans, est parfois dérangeante. Mais la manière dont l’Open Vld et la N-VA font des courbettes à la communauté juive a aussi de quoi consterner. Donnez la parole à un libéral anversois ou à un nationaliste flamand dans une revue juive, « Joods Actueel » par exemple, et ils feront des déclarations en contradiction totale avec la politique du gouvernement que leur propre parti dirige. Ils affirmeront haut et fort que Jérusalem est la capitale d’Israël, comme Trump l’avait décrété il y a peu. Le gouvernement Michel avait condamné la déclaration, mais voilà que l’échevin Ludo Van Campenhout (N-VA) et ensuite le secrétaire d’État Philippe De Backer (Open Vld), tous deux Anversois, abondent sans réserve dans le sens du président américain.

Il n’est plus à démontrer que le bourgmestre de la métropole anversoise, Bart De Wever, préfère les juifs aux musulmans. La N-VA voit les juifs comme des diamants. Et si cela peut lui valoir quelques voix supplémentaires, l’Open Vld est lui aussi disposé, au besoin, à se faire égorger sans étourdissement.

Cette attitude nous incite à nous interroger sur la façon dont, en 2018, le monde politique place encore les électeurs dans des cases religieuses, qui définissent alors la stratégie de composition des listes électorales. La religion reste visiblement le grand déterminant identitaire de nos sociétés. Comme si chaque Turc ou chaque Marocain ne votait par définition que pour un autre Turc ou un autre Marocain et que chaque juif ne jetait son dévolu que sur un candidat qui promet de le protéger, de préférence avec des militaires de faction devant les grilles des écoles.

L’immense majorité des électeurs, le 14 octobre, sera non croyante, vaguement croyante ou chrétienne par défaut. Qui défendra la cause de ces citoyens ? Qui se prosternera devant eux ?

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