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Les yeux rivés sur le nouveau patron de la VRT
09·02·16

Les yeux rivés sur le nouveau patron de la VRT

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

commons.wikimedia.org

Guillaume Deneufbourg
Traducteur⸱trice Guillaume Deneufbourg

À la réflexion, il importe peu que le nouveau PDG de la VRT soit dépourvu d’expérience de gestion dans le secteur des médias. Ce dont il aura surtout besoin, c’est de connaître et de comprendre les gens. 

Bonne nouvelle : le marché de l’emploi en Flandre compte un vieux chômeur de moins. Paul Lembrechts (58 ans), remercié en septembre dernier par la banque BKCP, est le nouveau PDG de la VRT. Il entrera prochainement en fonction pour un salaire pour lequel bon nombre de hauts dirigeants de la SNCB ne prendraient même pas la peine de décroiser les bras. L’argent n’est donc pas sa principale motivation. Et le plaisir encore moins, puisque la radiotélévision publique flamande devra économiser quelque 30 millions d’euros dans les années qui viennent. Des économies à réaliser sur les coûts structurels, mais aussi sur la masse salariale. Et tout cela sans que le téléspectateur et l’auditeur ne remarquent quoi que ce soit.

Selon Siegfried Bracke, ancien coryphée de la chaîne, certaines fonctions seraient devenues inadéquates et les collaborateurs qui les occupent seraient payés inutilement. Paul Lembrechts pourra consulter la liste de ces profils sur simple demande. Déjà automatiquement suspecté de liens avec N-VA, il peut d’ores et déjà s’attendre à des moments difficiles avec les syndicats adeptes des méthodes SNCB.

Mais le nouveau PDG saura faire face, rassure son entourage : un gentil nounours en apparence, mais capable de montrer les crocs quand il le faut. Un peu à l’image d’un Bert De Graeve (1996-2002), dont une bonne partie de la VRT a encore la nostalgie, même si nous parlons d’une époque aujourd’hui définitivement révolue.

La VRT aura donc élimé cinq patrons en six ans. Des figures de transition, le plus souvent, à l’exception de Sandra De Preter, qui avait quitté la présidence pour raisons médicales. Paul Lembrechts doit à présent s’inscrire dans la durée, devenir l’homme qui rendra dynamisme et vision à une entreprise quelque peu vacillante. Dans un lointain passé, Lembrechts y avait fait de la radio et de la télévision, presque en dilettante. C’était à une époque où il y a avait encore suffisamment de fermiers et de jardiniers pour leur consacrer une émission spécifique.

Cette expérience des médias lui sera aujourd’hui parfaitement inutile. Mais même en tant que PDG, Paul Lembrechts n’a pas besoin d’en savoir un rayon sur son secteur : ces connaissances-là, ils en ont déjà plus qu’assez au Boulevard Reyers. Ce que Paul Lembrechts doit avant tout connaître, c’est un peu les chiffres et beaucoup les gens. Car de la diplomatie et de la psychologie, il en aura assurément besoin pour donner un nouvel élan à un service d’information très critiqué, qui se voit dépassé plus souvent qu’à son tour, sur le fond et sur la forme, par la concurrence bien plus affûtée de la chaîne VTM.

À la VRT, de nombreux journalistes aspirent depuis un moment à une bouffée d’air frais, que le nouveau patron, espèrent-ils, viendra enfin leur apporter en ouvrant grand les fenêtres de la rédaction et des studios. Paul Lembrechts devra également élever certaines barrières pour circonscrire la volonté irrépressible des élus politiques de venir se mêler de ce qui ne les regarde pas. Gatz, Schauvliege, De Wever : Bart Schols a appris à les connaître. (ndlr: les deux ministres flamands et le président de la N-VA ont récemment publiquement critiqué le présentateur de l’émission ‘De Afspraak’).

Pour les autorités et le personnel, il est à espérer que Paul Lembrechts deviennne bel et bien le top-manager que le gouvernement flamand voit en lui. Pour le téléspectateur et l’auditeur, cela importe peu. Pour eux, seule la qualité de l’information, de la culture, du sport et du divertissement compte. Indépendamment du budget qui est le sien, un PDG reste tributaire du talent de ses producteurs, qui reste encore bien présent au sein de l’entreprise. La dimension mythique que Bert De Graeve a acquise est due pour l’essentiel à la maison de production Woestijnvis, alors en pleine heure de gloire, qui lui a offert succès sur succès. De Graeve en a bien profité.

Cette abondance de moyens, Paul Lembrechts ne l’a plus. Mais il dispose toujours d’une abondance de talents, qu’il se devra d’exploiter au mieux, pour le plus grand plaisir des jeunes et des moins jeunes, des hommes et des femmes, et de toutes les professions. En ce compris les fermiers et les jardiniers.

Editorial de Jan Segers pour Het Laatste Nieuws

Traduit du néerlandais par Guillaume Deneufbourg

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