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Faites votre boulot Madame Galant !

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23 octobre 2015

Faites votre boulot Madame Galant !

Temps de lecture: 2 minutes

Tendance délétère : les hommes politiques ne résolvent plus aucun problème, ne formulent plus aucune politique, ne prennent plus aucune initiative sans en référer d’abord à Pierre, Paul, Jacques.  La culture ?  Ecoutons d’abord un groupe de citoyens responsables, a estimé le ministre Gatz.  L’avenir de notre armée ?  Prenez d’abord l’avis d’un panel de gens aux idées novatrices, a dit le ministre Vandeput.  Lutte contre les accidents mortels de la circulation ?  Consultons d’abord des personnes qui ont de l’inspiration, pense la ministre Galant.  Car la sienne est épuisée, reconnaît-elle dans une lettre ouverte adressée à tous les citoyens de ce pays.  Maintenant, c’est à nous, usagers des réseaux routiers, d’agir, dit Jacqueline Galant, car le gouvernement a fait tout ce qu’il pouvait.  Est-ce possible ?  Curieux aveu d’impuissance de la part d’une ministre de la Mobilité qui est aux affaires depuis un an à peine.  On pourrait trouver charmant et sympathiquement honnête qu’une ministre ne cherche pas à faire croire qu’elle peut, à elle seule, redresser la situation, qu’elle ne se présente pas comme omnisciente et toute-puissante, mais fragile et à l’écoute.  Qu’elle dise qu’elle a besoin de nous.  C’est plutôt flatteur, mais qui sommes-nous ?  D’où tenons-nous, citoyens conscients, l’autorité morale et la légitimité démocratique nous permettant d’être les conseillers d’un ministre ?  En quoi notre jugement d’usagers lambda de la route serait-il représentatif ?  Nous qui nous exprimons, aurions-nous un avis plus valable que celui de ceux qui se taisent ? Et surtout : qu’est-ce qui pousse Jacqueline Galant, élue démocratiquement, placée au poste de ministre de la Mobilité grâce au soutien d’une large majorité de Belges, à solliciter nos suggestions, comme si celles-ci pouvaient porter une politique plus rigoureuse de la mobilité, qu’elle n’ose apparemment pas appliquer sous sa seule responsabilité ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la ministre Galant et nombre de ses collègues fédéraux et régionaux ne sont dépourvus ni d’inspiration ni de compétence ; seul leur fait défaut le courage politique d’agir dans l’intérêt général de la génération actuelle et des suivantes.  Les décideurs flamands et fédéraux ne manquent pas d’opportunités d’implication, de concertation ou de possibilités liées à leur fonction.  Au contraire, ils ploient sous le fardeau.  Le citoyen motivé participe, l’insatisfait conteste. Trop de commissions d’avis.  Comités d’experts à volonté.  Etudes et exemples étrangers surabondants.  Le fait n’est pas que la ministre Galant ignore ce qu’elle doit faire pour réduire plus rapidement le nombre de tués sur les routes, mais bien qu’elle n’ose pas le faire.

Consulter le citoyen ?  Responsabiliser ainsi ce dernier est une façon galante de partager, voire d’éluder, sa propre responsabilité.  C’est une perte de temps.  Des mois coûteux au cours desquels il y aura encore bien trop de décès.  Dans quatre ans, lors des prochaines élections, vous demanderez à Pierre, Paul, Jacques leur avis sur la politique de la mobilité.  Mais pas maintenant, pour offrir un bouclier sécurisant à la ministre.  Madame Galant, voulez-vous, malgré tout, l’avis d’un citoyen concerné ?  Voici le mien, qui n’engage que moi : trouvez vous-même les solutions.  Vous le pouvez.  Vous n’avez pas la réputation d’une froussarde.  Ne vous attendez pas à ce que nous soyons tous d’accord avec vous.  Décidez.  Affrontez les difficultés.  Faites votre boulot, même s’il est ingrat, comme celui de votre collègue flamande Annemie Turtelboom.  Vous susciterez des jurons au volant, peut-être même de ma part, mais aussi une reconnaissance silencieuse.

Editorial de Jan Segers paru dans Het Laatste Nieuws

Traduit du néerlandais par Micheline Goche

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