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Négociations nocturnes au gouvernement flamand : « Autant ne pas négocier du tout »
30·09·26

Négociations nocturnes au gouvernement flamand : « Autant ne pas négocier du tout »

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

© Belga

Auteur⸱e
Traducteur Fabrice Claes

En quoi est-il efficace de négocier toute la nuit, comme le fait le gouvernement flamand ? Pour Dirk Van Poucke, expert en négociation, autant ne pas négocier du tout : « C’est une forme de torture mutuelle : on négocie jusqu’à ce que tout le monde en ait assez au point de signer un accord uniquement dans le but d’en finir. »

À l’issue d’une longue séance de négociations nocturnes de lundi à mardi au gouvernement flamand, la ministre Hilde Crevits (CD&V) dans un premier temps, puis le chef de cabinet de la ministre Melissa Depraetere (Vooruit) ont été victimes d’un malaise. Le ministre-président flamand, Matthias Diependaele (N-VA), a réagi en interrompant les négociations budgétaires et en postposant la déclaration de politique générale (appelée « déclaration de septembre » en Flandre) au Parlement flamand. Celle-ci aura lieu ce mercredi à 14h00.

Ce n’est pas la première fois que des critiques se font entendre au sujet de ces négociations nocturnes, qui semblent faire partie intégrante de la culture politique flamande et belge. « De grââââce, peut-on mettre fin à ces pratiques médiévales qui consistent à pousser à bout les négociateurs jusqu’aux petites heures ? » a posté Sammy Mahdi, président du CD&V, sur Instagram. Quant à l’opposition, elle a crié au scandale au Parlement flamand.

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Un rituel problématique

Dirk Van Poucke, expert en négociation, enseignant à la Vlerick Business School et négociateur dans le cadre de nombreuses fusions et acquisitions d’entreprises, plaide depuis longtemps pour la fin des négociations nocturnes. « Dans le monde de l’entreprise, cela ne se produit presque jamais. Je n’ai jamais entendu qu’on passait une nuit blanche à négocier pour aboutir à un accord. »

Pourtant, en politique, les nuits de négociation sont élevées au rang de rituel immuable, alors que pour Van Poucke, cela n’apporte rien. « Cela s’apparente à une forme de torture mutuelle : on négocie jusqu’à ce que tout le monde en ait assez au point de signer un accord uniquement pour en finir. Ce besoin de conclure porte un nom en anglais : need for closure. Ce besoin pousserait les participants à faire davantage de concessions, mais il ne permet pas d’aboutir à de bons accords. Au contraire. Les décisions sont généralement plus mauvaises, car la fatigue nuit à la rationalité. »

« Cela s’apparente à une forme de torture mutuelle : on négocie jusqu’à ce que tout le monde en ait assez au point de signer un accord uniquement pour en finir. »

Pour l’expert, il importe de conclure de bons accords non seulement sur le plan du contenu, mais aussi sur la manière de négocier. Lorsque des engagements clairs sont pris, par exemple celui de mettre fin aux négociations à 18 heures, le temps est géré plus efficacement. « Entamer des négociations budgétaires à 20 heures, cela n’a aucun sens. Une telle organisation est tout simplement déraisonnable. »

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Responsabilité de tous les partis

Pour Van Poucke, Diependaele n’est pas l’unique responsable, même si c’est lui qui gère l’ordre du jour. La responsabilité incombe à tous les partis autour de la table. « Si Mme Crevits avait dit qu’elle rentrait chez elle à 22 heures, on n’aurait quand même pas pu poursuivre la réunion ? »

Mais n’y a-t-il pas de délais à respecter en politique ? En soi, les délais peuvent aider, admet Van Poucke. Mais le problème, c’est qu’en politique, ces délais sont fictifs en réalité, car ils sont imposés par les politiques eux-mêmes. « On en abuse souvent. Mais quand un délai n’est pas respecté, comme pour la déclaration de septembre, certains perdent davantage la face que d’autres. »

C’est ainsi que Diependaele a dû encaisser les coups du parti Anders, depuis l’opposition : « Diependaele est extrêmement faible. Des semaines et des mois sans rien faire, puis vouloir tout résoudre en 48 heures , quitte à épuiser littéralement les gens dans des réunions marathon jusqu’au bout de la nuit. Un exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire. Un véritable scandale », s’est indigné Frédéric De Gucht, président du parti. Il reproche à Diependaele (et à Bart De Wever au fédéral) d’avoir tardé à entamer les négociations.

Van Poucke estime qu’il faut mettre en application des techniques de réunion rationnelles. « Le mois de septembre, pour une déclaration de politique générale, ce n’est pas un mauvais délai en soi. Mais il faut pouvoir réaliser un rétroplanning en tenant compte du temps nécessaire à la prise de décisions. Et à la fin du processus, on peut réunir tout le monde dans un château pour trancher ce qui doit encore l’être, mais des négociations nocturnes, ce n’est vraiment pas indispensable. »

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