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13 octobre 2017

Roskam, le réalisateur qui milite pour une humanisation des criminels

Ce texte a été traduit par les étudiants de deuxième Master de la Faculté de traduction et d’interprétation (FTI-EII) de l’Université de Mons, sous la supervision de Guillaume Deneufbourg.

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« Le fidèle », la dernière réalisation de Michaël Roskam, fait l’objet d’une déferlante de critiques dithyrambiques. On y perçoit sa fascination pour le crime, sans le côté romancé. Et aussi sa passion pour l’amour noir. Mais si ce thème se veut actuel et inspiré des grands criminels, ce n’est pas un film de gangsters qu’il nous propose : Roskam va plus loin, nous emporte dans une ode à l’amour.

Lors de l’émission De Afspraak (talk-show diffusé sur la VRT, ndt), le réalisateur est venu présenter son œuvre. Modeste, nuancé. Roskam s’adresse au grand public, mais dévoile aussi la réalité cachée derrière l’émotion. Il nous montre qu’à défaut d’être éthique, la criminalité a un côté profondément humain.

J’ai été fort impressionné par la façon dont il a défendu le système carcéral. Pour lui, l’administration pénitentiaire est un crime. Il dénonce des détenus entassés comme du bétail, avec juste ce qu’il faut d’air et de lumière. Roskam trouve révoltant que les prisonniers soient ainsi privés de leur droit à l’humanisation. Alors il s’insurge, guidé par la passion de leur rendre un semblant de vie humaine.

Nombreux sont les artistes engagés. Mais cet engagement n’a rien d’original, il s’inscrit le plus souvent dans la lignée des valeurs traditionnelles : l’éternel clivage gauche-droite, l’aversion envers Trump et ses ouailles, la liberté d’expression absolue… Ils protestent, se font entendre, mais jamais ils ne se mouillent. Les artistes sont aussi rompus à la guerre des symboles.

Le plaidoyer de Roskam en faveur d’une plus grande humanisation du système carcéral est beaucoup moins populaire. Surtout un soir où les morts de Las Vegas ne sont pas encore enterrés. Le réalisateur veut des prisons moins remplies, plus de compassion pour les détenus qui doivent se réhabituer à la liberté. Il milite, en somme, pour l’humanisation du criminel. « Car il reste avant tout un être humain ». Parfois, en discutant dans des prisonniers, il en vient à oublier leur passé.

En cette période de course à la répression, vouloir offrir aux détenus une perspective d’humanité est une sacrée preuve de courage. Pas de belles paroles, mais un vrai engagement. J’en entends déjà dire que ce n’est pas le rôle d’un artiste. Je leur répondrai ceci : l’art véritable cherche le chaos.

Michaël Roskam est un homme libre. Ni dopé aux subsides ni contaminé par le sang transfusé du libre marché. Il fait ce qu’il doit faire. C’est pour cela que son inquiétude pour le sort des détenus sonne aussi juste. Il n’a pas pour dessein de prendre à parti certains haut-perchés, le ministre Geens ou d’autres. Sa démarche n’est pas calculée, elle est guidée par l’espoir.

Il se rend en personne dans une prison pour y présenter son œuvre « car les détenus ont aussi droit à une première ». Il glisse la chose en passant, sans prétention, comme si de rien n’était.

Rares sont les politiques, les intellectuels et les artistes qui osent défendre la cause des criminels. Il est bien plus commode de traiter ses semblables comme des rebus de la société et de les laisser pourrir dans leur trou. Bien entendu, la profession de foi d’un réalisateur reste un point de repère fragile. Mais elle pourrait ouvrir la voie à une plus grande humanité dans les pénitenciers, ou plutôt devrais-je dire dans les cloaques.

Je me méfie de la littérature de témoignage et je n’attends pas d’un artiste qu’il se métamorphose en travailleur social. Mais pourquoi la compassion ne pourrait-elle pas être une forme de contestation artistique ? La compassion n’est pas incompatible avec le chaos.

 

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