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16 octobre 2017

Affaire Weinstein : les langues se délient en Flandre

Temps de lecture: 3 minutes
Traducteur Maxime Kinique

Sans citer de nom, certaines actrices ont décidé de sortir du bois pour révéler que le petit monde du cinéma et du théâtre flamands a lui aussi son lot d’individus aux mains baladeuses style Harvey Weinstein. « Assurer sa sécurité demande parfois beaucoup d’énergie », explique Hilde Van Mieghem (59).

Pour Hilde Van Mieghem, la semaine écoulée marquera un tournant, et ce d’autant plus que l’on voit sortir du bois des dizaines d’actrices qui ont été menacées, abusées ou violées par le célèbre producteur américain Harvey Weinstein. Hilde Van Mieghem ne se rappelle que trop bien combien de fois elle a été confrontée à des comportements de harcèlement sexuel dans sa carrière et elle entend bien ne plus garder cela pour elle. « Sur la centaine de metteurs en scène avec lesquels j’ai travaillé, il y en a trois qui ne pouvaient pas s’empêcher d’avoir les mains baladeuses », confie-t-elle. « Je me souviens qu’un jour, je me suis retrouvée à courir autour de cette table, avec un metteur en scène de théâtre à mes trousses. Je me rappelle également qu’un metteur en scène m’a murmuré à l’oreille entre deux prises de vue qu’il voulait absolument coucher avec moi. Et d’ajouter qu’il le ferait. Il s’agissait d’hommes plus âgés que moi et qui ont à ce moment-là abusé, consciemment ou non, de leur position de force. De tels agissements étaient monnaie courante et concernaient à n’en pas douter d’autres actrices que moi. N’oubliez pas que sur un plateau, les choses peuvent prendre une tournure intime avec des scènes d’amour et de sexe. Aujourd’hui encore, j’en connais, dans le milieu comme en dehors, qui ne parviennent pas à maîtriser leurs pulsions. »

Tonton vicelard

Les pratiques abusives ne se limitent pas à quelques mains baladeuses sur le plateau mais englobent également pléthore de remarques déplacées, si l’on se réfère au témoignage de l’actrice Anemone Valcke (27) dans l’émission « Van Gils & Gasten » diffusée dans la soirée de mercredi dernier. « Certains demandent sur le ton de la plaisanterie s’ils peuvent jouer les tontons vicelards avec moi, par exemple. Et une de mes amies a été approchée par une personne qui avait envie de jouer une bonne scène de viol avec elle. »  

Contrairement à ce qui se passe à Hollywood, les scènes de harcèlement sexuel ne se déroulent pas chez nous pendant le casting. « Bien entendu, il m’est déjà arrivé de voir des gens tourner autour de moi mais je n’ai jamais dû coucher pour obtenir un rôle », déclare l’actrice Chris Lomme. « Le monde du cinéma flamand est trop petit pour cela », confirme Hilde Van Mieghem. « Ici, les choses sont beaucoup plus précises que ce qu’on a vu avec Weinstein : ce n’est qu’après que vous avez décroché le rôle que les manœuvres commencent. Des manœuvres amorcées généralement sur un ton amical : allez, pourquoi pas ? Nous sommes amis, oui ou non ? C’est gênant et ennuyeux car il faut ensuite continuer à travailler avec cette personne. Vous devez dès lors vous évertuer à éconduire cet homme avec suffisamment de subtilité pour ne pas heurter trop violemment son ego, en lui disant votre façon de penser avec une pointe de malice, sur le ton de la plaisanterie. Mais il peut naturellement arriver qu’une femme soit tendue et paralysée à un point tel qu’elle se révèle incapable d’opposer la moindre résistance. »

Objet sexuel

Van Mieghem a très vite résolu de ne jamais être seule avec un metteur en scène lorsque celui-ci voulait parcourir un script avec elle. « A fortiori lorsque je recevais le metteur en scène chez moi. Je veillais alors à ce que mes filles ou ma sœur soient présentes. C’est triste à dire mais assurer sa sécurité est un véritable travail. »

« Je ne sais pas si les abus de ce genre étaient plus fréquents avant qu’aujourd’hui. Autrefois, une actrice était bien davantage qu’aujourd’hui perçue comme un objet sexuel, comme une prostituée, et l’éducation que l’on recevait renvoyait une image d’inégalité entre l’homme et la femme. La sexualité était taboue, ce qui donnait aux abus un terrain fertile où proliférer. Ce que je sais, par contre, c’est que les jeunes actrices comme ma fille Marie (NDLR : Vinck) se laissent généralement moins facilement faire que les actrices de ma génération. »

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