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17 octobre 2017

Djihadisme et déradicalisation : le chaos des prisons belges

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Les prisons belges abritent pas moins de 112 combattants syriens. Qu’adviendra-t-il de ces prisonniers une fois libérés ? En principe, les bourgmestres sont censés assurer leur suivi, mais pour Hans Bonte, bourgmestre de Vilvorde, rien n’est moins clair. C’est pourquoi il a décidé d’étudier la question en personne en rendant visite en prison à quatre combattants syriens de sa commune.

« Ce qui se passe dans nos prisons est un scandale. On a coutume de dire que la qualité d’une société se mesure à la manière dont elle traite ses détenus. Si cela est vrai, nous vivons actuellement dans un pays du tiers-monde. »

Hans Bonte, député fédéral sp.a et bourgmestre de Vilvorde, a rendu visite la semaine passée à sept combattants syriens originaires de Vilvorde incarcérés dans des prisons belges. Il en est revenu profondément dégoûté des conditions de vie en prison. « Certains bâtiments sont dans un état lamentable, les prisons sont surpeuplées et tout est organisé d’une manière horriblement bureaucatique », témoigne-t-il.

Des jeunes influençables

Parmi les jeunes partis se battre en Syrie ces dernières années, 28 sont originaires de Vilvorde. « Sept d’entre eux sont actuellement incarcérés en Belgique, explique M. Bonte. Les autres sont soit morts, soit introuvables. » Le bourgmestre s’est rendu dans la cellule de quatre d’entre eux, incarcérés à Hasselt, Beveren et Saint-Gilles. « Pour ce faire, j’avais reçu du ministre de la Justice le mandat de leur rendre visite dans leur cellule à l’improviste. Je voulais les rencontrer en personne car, en ma qualité de bourgmestre, j’ai le devoir de procéder à un suivi minutieux de ces personnes sans autre consigne ni information sur leur éventuelle libération. »

À la suite de ces quatre entretiens, dont un a même duré plusieurs heures, l’élu socialiste tire la même conclusion que celle que lui avait soufflée en boutade le directeur d’une prison : « On ressort d’ici pire que quand on y entre. »

« Je crains que pour de nombreux combattants syriens, il s’agisse de la dure réalité, indique Hans Bonte. J’ai vu quatre jeunes gens, dans la vingtaine ou la petite trentaine, très influençables. Des suiveurs, des seconds couteaux qui ont eu des problèmes avec la justice. Des dealers entraînés naïvement dans une histoire à dormir debout, souvent pour échapper à leurs problèmes ici. Je redoute qu’ils ne ressortent pas plus forts de la prison. Je ne pense pas qu’ils retourneront en Syrie, mais j’ai l’impression qu’ils seront tentés de rejoindre les circuits criminels. »

D’après M. Bonte, la drogue joue un rôle important dans toute cette histoire. « De nombreux combattants syriens avaient, avant de partir, des problèmes de toxicomanie, qui ne font que s’aggraver en prison. La drogue et son commerce sont omniprésents en prison. Je n’ai pas l’impression qu’en l’occurrence, le milieu carcéral soit un premier pas dans la bonne direction. D’autant plus que le travail proposé en prison ne rapporte quasiment pas d’argent et que ces jeunes sont tentés de retomber dans le milieu de la criminalité. Autant dire qu’il est pour eux bien plus tentant de gagner 4 000 euros par mois en dealant de la drogue. »

Des critères flous

L’approche même de la déradicalisation pose aussi problème pour M. Bonte. « C’est le chaos le plus total, explique-t-il. Les prisons de Hasselt et d’Ittre ont des ailes séparées pour la déradicalisation, afin que les détenus ne contaminent pas les autres. Cependant, aucun critère clair ne permet de définir qui doit aller dans quelle aile. Je comprends que ce n’est pas facile. Il n’existe en effet aucun thermomètre qui permette de mesurer la contagiosité des prisonniers. Ceci dit, il devrait quand même y avoir un fil conducteur. Au début, il n’y avait quasiment personne dans ces deux ailes, et depuis qu’un député a posé une question parlementaire à ce sujet, celles-ci sont remplies. Tout cela ne me semble pas très correct. »

« Il faut savoir en outre que les différents services de soutien se courent dans les pattes. Le service psychosocial, dépendant du fédéral, n’a en réalité pas le temps d’accompagner les détenus. S’y ajoutent les services communautaires : la Communauté flamande et la Communauté française ont toutes deux des programmes de déradicalisation, mais leur approche est totalement différente. Ensuite, nous avons les aumôniers et les imams, qui viennent aussi apporter leur soutien. À la fin, les détenus ne savent plus à qui s’adresser. »

Quelle solution ?

Hans Bonte ne demande pas que soit trouvée aujourd’hui une solution prête à l’emploi. Par contre, il aimerait savoir clairement comment jouer son rôle de bourgmestre dans cette affaire. « Comment assurer le suivi de ces hommes après leur libération ? Peuvent-ils accéder à toutes les professions, ou bien sont-ils exclus de certains métiers ? Et que faire en matière de sécurité ? Je ne parle pas uniquement du cas où ils rejoindraient des milieux criminels, mais il faut aussi assurer leur propre sécurité. En effet, l’un d’entre eux s’est déjà fait sévèrement tabasser en prison et j’imagine bien que cela peut se reproduire quand il sera en liberté. Toutes ces questions semblent frappées de tabou, mais elles n’en sont pas moins essentielles pour la sécurité de notre société. »

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