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Koninklijke Vlaamse Théâtre National
14 mai 2015

Koninklijke Vlaamse Théâtre National

Temps de lecture: 4 minutes

Pour leur dernière saison en tant que directeurs du KVS (Koninklijke Vlaamse Schouwburg) et du Théâtre National, Jan Goossens, qui dirigera dès 2016 le Festival de Marseille, et Jean-Louis Colinet, qui travaillera à nouveau à temps plein pour le Festival de Liège, ont préparé une surprise.

La fusion est fictive dans le sens où elle n’aura lieu qu’une seule fois pour la période 2015-2016. Mais elle est également très concrète étant donné que le KVS et le Théâtre National ont confectionné un programme commun pour cette saison, qu’ils le présentent dans une brochure commune sur des affiches illustrées par le même travail artistique, et qu’ils vendent notamment à leur public une formule d’abonnement commune. Si c’était techniquement possible, les deux théâtres voisins auraient même tenu leur billetterie ensemble. Une démarche remarquable à travers laquelle les deux directeurs veulent consolider leurs territoires communs avant de quitter leur fonction respective mi 2016, après douze années de service.

Jan Goossens : « Notre départ était une raison, mais pas la principale. L’objectif n’était pas d’en faire un adieu annuel nostalgique, mais bien de voir si après dix ans de collaboration structurelle, on ne pouvait pas faire un pas supplémentaire. Nous avons déjà présenté ensemble, produit ensemble, tenu des festivals, et présenté nos artistes et nos maisons au public de l’autre. A présent nous intégrons nos programmes dans un théâtre fictif de Bruxelles, le temps d’une saison. Ces programmes ont d’ailleurs un contenu dont le fil rouge a pour particularité d’énormément investir dans une jeune génération que nous voulons encore soutenir. »

Jean-Louis Colinet : « Dès notre première rencontre, nous avons constaté que nous avions des idées similaires sur le théâtre, la société, et la relation entre les deux. Lorsqu’en 2006 nous avons lancé notre label commun Tournée General, ça a changé les habitudes des institutions culturelles qui ne sont pas de nature à relier les communautés comme le Bozar, le Kunstenfestival ou le Flagey. C’est une nouvelle étape symbolique. »

Quels sont pour vous les plus importants accomplissements de ces dix dernières années ?

Jan Goossens : « Je suis très heureux que le public du KVS est aujourd’hui constitué de 30 à 40% de personnes qui parlent une autre langue. Que nos artistes et présentations sont des projets de référence pour la ville dans sa globalité. Que des artistes tels que Fabrice et David Murgia, Joël Pommerat, et Raoul Collectif touchent le paysage théâtral flamand, et Tom Lanoye, Josse De Pauw ou David Van Reybrouck le côté francophone. »

Jean-Louis Colinet : « Il y a quelques semaines Revue Ravage jouait encore au Théâtre National. Notre coproduction était du début à la fin était jouée en néerlandais. Notre grande salle de 750 spectateurs était pleine durant toute la semaine, avec un public très mixte. Le fait qu’entre-temps tout le monde trouve ça normal est un bel exemple de ce que nous pouvons accomplir. Je travaille beaucoup avec de jeunes artistes, et ils viennent de plus en plus souvent me dire qu’ils veulent également faire une version en néerlandais afin de pouvoir la jouer en Flandre. Le monde politique est aussi enthousiaste côté francophone, même si ça n’a pas mené à un soutien dans le cadre de l’accord de collaboration culturelle entre la Flandre et la Communauté francophone. Alors que nous offrions Tournée General en plus de notre programme et que les investissements pour les sous-titres sont modestes. Seule la Région nous a un peu aidés. »

La percée de Tom Lanoye en Belgique francophone serait-elle intervenue sans la collaboration entre le KVS et le Théâtre National ?

Jean-Louis Colinet : « Tout commence évidemment avec le talent exceptionnel d’un artiste tel que Lanoye, mais je pense que l’écho n’aurait effectivement pas été d’une telle ampleur s’il n’y avait pas eu un point de départ avec la présentation bilingue de Sprakeloos au Théâtre National. Le public était conquis. Comme pour Josse De Paux, Jos Verbist et Antigone de Courtrai, Guy Cassiers et le Toneelhuis qui, mis à part chez nous, est également passé par Mons, ou encore Missie que j’ai également programmé au Festival de Liège. »

Vous auriez pu aussi simplement continuer comme avant. A travers ce pas supplémentaire, vous désirez tout de même aboutir à quelque chose.

Jan Goossens : « Nous voulons de cette manière rendre notre collaboration encore plus visible et inévitable. Car je n’ai pas l’impression que notre manière de travailler est définitivement acquise lorsque je vois le climat politique en Flandre et en Wallonie, ou quand je lis dans l’accord gouvernemental flamand que les institutions flamandes à Bruxelles doivent surtout faire fonction d’enseigne pour la communauté. Pourtant, ceci n’est pas une provocation politique. A travers cette boutade, nous voulons poser la question de savoir s’il n’est pas étrange qu’à Bruxelles tout demeure sous des toits différents et tout est financé par des communautés séparées. Alors qu’une vision bruxelloise et qu’une politique culturelle unique qui répond à une réalité hétérogène d’une ville restent absentes. »

« Notre collaboration a prouvé qu’un espace culturel commun dans notre ville, mais aussi dans notre pays, n’est pas un mirage. Si on investit dedans et qu’on lui offre une honnête chance, alors le public et les artistes embarqueront avec. Cela permet à nos maisons culturelles de vendre des billets. Quand je regarde nos ventes de ces dernières années, je n’ai aucun doute. Ces 30 à 40% de personnes qui parlent une autre langue contrebalancent certainement les investissements faits dès le début par le KVS dans le sous-titrage. »

Cette initiative pourrait-elle obtenir un caractère permanent ?

Jean-Louis Colinet : « Nous ne savons évidemment pas quels seront les priorités des prochains directeurs. Je ne connais même pas encore le nom de mon successeur. L’objectif n’est toutefois pas de mettre une nouvelle fois en place une structure supplémentaire, mais bien d’accentuer notre rôle parallèle et notre vision théâtrale. »

Jan Goossens : « C’est une invitation ouverte à nos successeurs à réfléchir sur l’avenir de ces deux maisons. Je ne connais pas les projets artistiques de Michael De Cock, mais je pense qu’il fait partie de ceux qui continueront à opter pour un théâtre de ville bruxellois. »

Michael Bellon, Brussel Deze Week, Jeudi 14 mai 2015, Page 18

en V.O. http://www.brusselnieuws.be/nl/cultuur/kvs-en-theatre-national-gaan-voor-fictieve-fusie

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