Johnny Hallyday, ce « Belge » qui n’a pas allumé le feu en Flandre

8 décembre 2017 | Auteur : | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez | Temps de lecture : 4 minutes

Johnny Hallyday, la rock star franco-belge, s’est éteint à l’âge de 74 ans dans la nuit du 5 au 6 décembre des suites d’un cancer du poumon. Ce qui interpelle, c’est que l’Elvis français, tel qu’il a souvent été surnommé, a vendu plus de cent millions de disques tout en étant snobé chez nous, en Flandre, du début à la fin. Christophe Deborsu, Axelle Red, Boogie Boy et Bart Van Loo, spécialiste de la France, expliquent les raisons de ce phénomène : “Les Flamands ont tendance à assimiler Johnny Hallyday à un personnage grotesque.”

« En Wallonie, je pense qu’il n’existe qu’une personne plus importante que Johnny Hallyday : le roi »

Jean-Philippe Smet est né le 15 juin 1943 d’une mère française et d’un père belge. À onze ans, il foulait déjà les planches. Bien plus tard, il aura enregistré plus de 1000 chansons sous le nom d’artiste de Johnny Hallyday avec, au bout du compte, plus de cent millions de disques vendus et des tubes comme “Pour moi la vie va commencer”, “Gabrielle”, “Que je t’aime” et “Tes tendres années” à son actif. Ce dernier titre lui a valu son plus grand succès en Flandre, à savoir la neuvième place du hit-parade en 1963. Il n’en demeure pas moins que de tels résultats ont fait figure d’exception en Flandre, contrairement à la Wallonie où l’artiste est considéré comme un héros populaire.

Belge pur jus

“Chez nous, la vie s’est arrêtée”, affirme le journaliste wallon Christophe Deborsu. “Aujourd’hui (avant-hier, ndlr), tous les programmes radio et TV ont été chamboulés afin de lui rendre hommage. Très honnêtement, je pense qu’il n’existe chez nous qu’une personne plus importante que Johnny Hallyday, et cette personne n’est autre que le roi. Que les choses soient claires : nous voyons Johnny comme un Belge pur jus. Il est présent dans le cœur de chaque wallon, tout le monde l’a vu à l’œuvre au moins une fois. Aucun artiste n’a atteint un tel statut, pas même Adamo. Celui-ci est démodé depuis belle lurette, tandis que chaque nouvel opus de Johnny demeure encore et toujours un évènement.”

“Ici aussi, la terre s’est arrêtée de tourner”, nous informe Axelle Red, originaire de Hasselt, depuis Paris. “Et c’est tout à fait normal : Johnny était la plus grande superstar en France. Pour moi, il incarnait véritablement la culture populaire française. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises lors d’enregistrements de programmes télévisés et nous avons souvent évoqué une éventuelle collaboration, sans que celle-ci ne voie finalement le jour.”

Chaînes et pantalons en cuir

Qui dit Johnny Hallyday, dit rock ’-n-roll. Une affirmation qui fait froncer les sourcils de nombreux Flamands, qui estiment que le rock musclé de Hallyday manquait souvent de roll et que le chanteur accordait sans relâche une attention démesurée à son allure virile de rockeur. “On pourrait en effet juger cette attitude risible”, glisse Bart Van Loo, auteur et conférencier connu pour son livre “Chanson – Een gezongen geschiedenis van Frankrijk” (Une histoire de France en chansons, ndlr). Des intellectuels autoproclamés ont tendance à le regarder de haut, avec ses chaînes et autres pantalons en cuir. Il y a certes une touche de grotesque là-dedans. Dès lors, les commentaires à son égard sont souvent empreints d’une certaine ironie. J’en ai moi-même fait preuve, jusqu’au moment où je me suis plongé dans sa musique, qui m’a tout bonnement conquis.”

“Hallyday dégageait énormément de caractère et de prestance”, estime Boogie Boy (musicien et organisateur de concerts, ndlr). “Les Flamands ont pu avoir la sensation que tout n’était que poudre aux yeux, or rien n’est moins faux.”

Un avis partagé par Axelle Red : “Sur la scène, on observait ce dur-à-cuire de Johnny, plus grand que nature, alors qu’il était particulièrement sincère en tant qu’homme”. “Il était même sans doute un peu naïf, mais ses yeux et sa voix crachaient une force inouïe. Autant d’éléments qui, selon moi, expliquent sa popularité”, ajoute-t-elle.

Aucun intérêt

Populaire, donc. Pas chez nous, du reste. “Johnny est venu jouer en 1981 à la Koningin Elisabethzaal d’Anvers”, se souvient Boogie Boy. “À l’époque, ce concert a rassemblé 500 personnes à tout casser. Ici, en Flandre, personne ne s’intéressait à Johnny. Il a été complètement snobé.”

“Précisons toutefois qu’à ce moment, sa carrière traversait de toute façon déjà une mauvaise passe”, nuance Deborsu. “Dans les années quatre-vingt, personne ne voulait encore en entendre parler, mais il s’est réinventé. Avec le recul, cet épisode aura grandement contribué à forger sa légende. À mes yeux, seul un artiste en Flandre est capable de rivaliser avec Johnny en termes de popularité : Will Tura.”

“Pourquoi n’a-t-il jamais réellement percé chez nous ? À cause de l’anglosaxonisation de la musique pop dans les années soixante”, précise Bart Van Loo. “On a immédiatement adopté les Beatles, les Stones et les Who, là où les Français, eux, avaient Johnny Hallyday. Il a importé des tubes internationaux, chantés en français – des versions par ailleurs excellentes.

Fidèle à lui-même

“J’ai rencontré Hallyday trois fois et le souvenir qu’il m’a laissé est celui d’un homme sympa. Et en tant qu’artiste, je le considère comme le Jacques Brel du rock-‘-n-roll.”

“Sa grande réussite a été de rester fidèle à lui-même en toutes circonstances, même lorsqu’il était moqué”, avance Bart Van Loo. “À la longue, il a fini par recevoir tout le respect qu’il méritait et, soudainement, tous les grands compositeurs se sont bousculés afin de travailler pour lui.”

“Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une perte pour tout amoureux de la musique populaire française”, conclut Deborsu. “Une chose est sûre : j’aurai désormais chaque année une pensée pour Johnny Hallyday le 6 décembre.”

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(cc) rufus

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Traducteur : Herve Voglaire Sanchez
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Date de publication : 07/12/2017
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