Découvrez la Flandre à travers les photos de ses « volkscafés »

7 août 2018 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

L’auteur de cet article s’appelle Jef Van den Bossche, c’est un photographe anversois. Il a parcouru la Flandre à la recherche des « volkscafés » pour réaliser sa série « On a soif ». Retrouvez ici 20 de ses photos venant des 5 provinces flamandes. Il compte à terme poursuivre son projet dans le reste de la Belgique.

« Dans notre quartier, il y avait trois débits de boisson : une taverne, une guinguette et le volkscafé1 . Dans la première, je trouvais à manger ; dans la deuxième, j’ai trouvé mon âme sœur ; dans le troisième, j’ai trouvé mon âme. »

La bonne santé d’un village ou d’un quartier se mesure à son volkscafé. Pour le patron, et sa langue souvent bien pendue, vous n’êtes pas un client : vous êtes Jos, Erik, Inge. Vous parlez à tout le monde et tout le monde vous parle, les gens du quartier se côtoient entre les sansevières, refont le monde, commentent l’actualité, forgent des projets… Le volkscafé est le laboratoire social du quartier.

Quand Jos, Erik ou Inge, les avocats et les ouvriers du bâtiment, les esprits créatifs, les donneurs de leçons, les misanthropes et les philosophes ne peuvent plus s’accouder au comptoir ou s’asseoir aux tables du volkscafé, le village ou le quartier est comme condamné.

Pour beaucoup, le volkscafé est le principal point de ralliement, le lieu où tous viennent boire un verre et discuter après leur journée. Leur intérieur est souvent en décalage avec les décors qu’on rencontre aujourd’hui dans les villes modernes. Ils évoquent une époque révolue. Le nombre de ces établissements a fortement diminué au cours de la dernière décennie, et avec eux, la fonction sociale remplie par ces lieux de vie. Nombre de clubs, des équipes de foot ou associations colombophiles, y ont été fondés. Leur disparition contribue à l’individualisation de notre société.

Alors que la culture brassicole belge a été reconnue comme patrimoine immatériel par l‘UNESCO le 30 novembre 2016, on peut s’interroger sur la disparition de ces lieux de consommation et sur les raisons de la non-protection de ce patrimoine belge. Si les façades des bâtiments sont encore régulièrement protégées et conservées, les intérieurs sont délaissés. Et tandis que les Pays-Bas et le nord de la France admirent ce pan de notre culture nationale et tentent de reproduire leur style, nous les détruisons, probablement par manque de fierté et de vision. Les médias aiment à rappeler notre culture flamande et notre belgitude, mais j’en viens à m’interroger sur le véritable contenu de ces concepts.

En 2001, mon père, Jan Van den Bossche, a publié un livre sur trente-deux volkscafés de la province d’Anvers. Des établissements dotés d’une âme véritable, aux vitres mal lavées, aux chopes au col imparfait. Le plus souvent, leur intérieur est le même depuis des décennies. Mon père avait écrit ce livre (« In de zoeten inval »2 ) pour dénoncer la montée en puissance de l’esprit « taverne », qui véhiculait une perspective et une ambiance bien différentes. Tous les mois, mes parents sillonnent encore la Flandre et la Wallonie à la recherche de volkscafés. À travers mon projet photographique, je m’inscris dans leur lignée et tente de perpétuer cette tradition.

[1] Littéralement, le café du peuple, ndt

[2] Approx. « Le bon accueil », ndt.

Photos extraites de la collection « On a soif » de Jef Van den Bossche

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