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Bruxelles « nettoyée »… Tu rigoles ou quoi?
17·03·16

Bruxelles « nettoyée »… Tu rigoles ou quoi?

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

(cc) RobinTphoto

Nous aimons les promesses musclées. Seulement voilà, débarrasser la capitale de ses terroristes est un travail coûteux et de très longue haleine.

Quand la police sonne pour une perquisition et que les habitants répondent par des tirs d’armes automatiques, inutile de se poser 36 questions sur les personnes de l’autre côté de la porte. Il ne peut s’agir que de terroristes sans scrupules. Même des durs du grand banditisme y réfléchiraient à deux fois avant de tirer aveuglément sur des agents. Les terroristes font feu sans le moindre recul. Plus le sang coule, plus la violence se déchaîne, plus ils aiment. Statut de héros oblige.

Une seule leçon doit être tirée de la riposte immédiate hier après-midi à Forest : Bruxelles est très loin d’être épurée de ses dangereux djihadistes. Leur monde souterrain et menaçant se porte visiblement mieux que jamais. Ils se nichent comme des rats sous la société visible. Nous pouvons nous imaginer sans difficulté à quoi ils passent leurs journées. Ils se terrent dans des lieux sûrs, stockent des armes dans des caves, des garages et des hangars abandonnés. Leurs spécialistes en armements et en munitions bricolent des explosifs et des ceintures explosives dans des ateliers que personne ne visitera. Tout le matériel logistique imaginable est importé et exporté. Ce manège a lieu sous nos pieds, derrière notre dos, au coin de la rue ou en pleine rue, carrément… Et nous ne voyons rien. Jusqu’à ce que la police frappe à la porte pour poser quelques questions et que résonne le crépitement angoissant d’une kalanichkov. Bruxelles serait nettoyée ? Tu rigoles ou quoi ? (en français dans le texte)

Le ministre Jan Jambon l’avait déclaré après les attaques de Paris avec les meilleures intentions du monde : « Je vais nettoyer Molenbeek. Homme par homme s’il le faut. » Soit dit en passant, qu’aurait-il pu dire d’autre pour apaiser notre population et l’étranger ? Nous aimons les promesses musclées. En fait, s’il était parvenu à purifier Molenbeek de ses djihadistes, ce qui n’est pas le cas, ces malfaiteurs se seraient tout simplement déplacés quelques rues plus loin, à Koekelberg, Berchem-Sainte-Agathe, Forest ou Anderlecht. Quand l’ancien commissaire de police Johan Demol, il y a vingt ans, a lancé une chasse systématique contre les dealers de drogue à Schaerbeek, ces derniers, pas si bêtes, ont déménagé vers les communes voisines. À Paris, il y a une dizaine d’années, Nicolas Sarkozy s’était engagé à décrasser les ternes banlieues dans des termes imagés. Il allait y aller « au karcher ». Des mots, rien que des mots. Les rangs de la « racaille » qui loge aux portes de la Ville des Lumières n’ont pas faibli depuis lors.

Bruxelles, ce chaos urbanistique d’1,1 million d’habitants, offre un biotope rêvé pour les personnes dotées de mauvaises intentions. Il y faudra beaucoup plus que des déclarations musclées, des task forces, de bonnes intentions et des délais naïfs. Nettoyer la capitale – et par extension le reste du pays – de ces terroristes ultradangereux nécessitera beaucoup d’énergie, d’argent et de temps. En attendant, il ne reste à la police et aux autorités judiciaires qu’à faire de leur mieux et à espérer un dénouement heureux, comme mardi.

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