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Renvoi d’une enseignante à Assenede parce qu’elle était voilée, c’est ça la neutralité ?
16·09·26

Renvoi d’une enseignante à Assenede parce qu’elle était voilée, c’est ça la neutralité ?

Bart Eeckhout est un journaliste politique et le commentateur en chef de De Morgen.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

© Dean Drobot via Canva

Auteur
Traducteur Dominique Jonkers

On vient de licencier une enseignante au motif qu’elle porte le foulard. À en juger par l’enthousiasme suscité par cette nouvelle dans certains milieux, il s’agirait là d’une grande victoire. Le niveau de l’enseignement s’effondre, l’État-providence est à bout de souffle et l’économie stagne… mais ça, au moins, on ne nous le reprendra pas.

Les partisans de l’interdiction du foulard dans l’enseignement officiel brandissent de grands principes. Neutralité ! Liberté ! Sauf que dans cette affaire, ces nobles principes entrent en collision, entrechoquant le droit à la neutralité dans l’enseignement officiel au droit des femmes — et des hommes, d’ailleurs — de s’habiller comme elles l’entendent. Pour Sydney Sweeney comme pour n’importe qui. Les unes ont donc le droit de ne pas être contraintes à porter un foulard ; pour d’autres, le droit d’en porter un. Pouvons-nous vraiment priver les femmes, à la fois, de cette liberté de choix et de leur droit au travail ? Est-ce cela, la liberté ?

Quelle neutralité ?

Seule la raison, de part et d’autre, peut résoudre ces questions. Or ce débat est par excellence le terrain de jeu des déraisonnables, comme le montre clairement le cas de cette enseignante d’Assenede. Car cette règle de l’interdiction du foulard —officiellement et hypocritement dénommée « interdiction de signes distinctifs » —, la province de Flandre-Orientale ne l’a instituée qu’après son engagement. On a donc modifié les règles pour pouvoir la licencier. Belle application de principes moraux.

La neutralité dans l’enseignement officiel est une valeur cruciale, aucun doute là-dessus. Personne ne veut voir nos enfants subir des pressions, et encore moins une forme d’endoctrinement, de la part de l’homme ou de la femme qui se tient devant la classe.

Mais comment garantir cette neutralité ? L’enseignant qui fait flotter le drapeau flamand sur la façade de sa maison est-il plus neutre que sa collègue qui porte un foulard à l’école ? Et cette autre enseignante qui gare devant l’école sa voiture ornée d’un autocollant « remigratie nu » est-elle plus neutre qu’une enseignante voilée ?

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Qui dit quoi en classe importe moins que ce qui se dit en classe.

Ce que porte l’enseignante sur sa tête importe moins que ce qui se passe dans sa tête. Il n’y a pas un millimètre de marge de manœuvre à concéder sur le contenu des cours et les programmes, pour quelque raison philosophique que ce soit. C’est là-dessus que devrait porter le débat. Tout le reste n’est que posture.

Et puis, il faut rester cohérent. Si on veut bannir le foulard de l’enseignement officiel, dans notre pays, il faudra laisser un espace pour un réseau d’enseignement islamique plus large, plus développé. Comme celui qui est actuellement accordé aux juifs orthodoxes. Or sur ce point aussi, on se heurte à une vive résistance politique, venant souvent des mêmes rangs.

Une ségrégation scolaire plus poussée nous fera-t-elle avancer, collectivement ? La question est légitime.
Pendant ce temps, bon nombre de jeunes femmes talentueuses sont privée d’accès au métier de leur vie, simplement parce qu’elles veulent choisir elles-mêmes leur façon de s’habiller.
Pendant ce temps, des politiciens hypocrites se demandent comment mobiliser davantage de femmes issues de l’immigration.
Pendant ce temps, des enfants usent leurs fonds de culotte dans des salles d’étude, faute d’enseignants qualifiés.
Bien sûr, une salle d’étude sans enseignant, c’est neutre. Ça oui.

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