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Démission de Bart De Wever : chronique d’une mort annoncée
04·11·26

Démission de Bart De Wever : chronique d’une mort annoncée

Isolde Van den Eynde est journaliste politique et éditorialiste pour le quotidien Het Laatste Nieuws. Elle était l’une des expertes dans la deuxième saison de Dring Dring, le podcast de DaarDaar qui vous découvrir la Flandre à vélo.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

© Belga Image

Bart De Wever (N-VA) qui remet sa démission au roi, c’est un peu la chronique d’une mort annoncée. Depuis des semaines, les partis de la majorité foncent droit sur l’iceberg. Ils veulent l’éviter, mais passés en mode « élections », ils sont à cran. Business as usual dans un pays où rien n’est jamais business as usual.

Bart De Wever avait mis sur la table une nouvelle baisse des charges sur le travail, en échange d’une hausse de la TVA. Cela ne réglait pas le problème budgétaire, mais économiquement, cela tenait la route. Le MR, farouchement opposé à une augmentation de la TVA pour le Wallon moyen, a dit non. De Wever a-t-il commis une erreur capitale en évacuant aussi vite la piste de la TVA ? Possible. Mais pouvait-on espérer que Bouchez mette de l’eau dans son vin, lui qui campe sur ses positions depuis deux ans ? En Flandre, les économistes libéraux considèrent cette hausse de la TVA comme la moins douloureuse des mesures pour notre économie. Mais le président du MR entend incarner un libéralisme populaire dans une Wallonie qui ne pense pas comme la Flandre politiquement. Sa vision montre bien que l’idée d’un pays à deux démocraties n’est pas enterrée.

Vooruit et Les Engagés veulent que l’on économise moins dans les soins de santé. « Tax the rich ! », a lancé Conner Rousseau, sorti de son mutisme pour réclamer 1,5 milliard d’euros aux grandes fortunes. Les centristes des Engagés, eux, ont complété cette exigence par un « catalogue des horreurs », perçu par les autres partis comme une pure provocation si près du but. Les Engagés sentent eux aussi le souffle chaud du PS dans leur cou : mine de rien, ils perdent des électeurs au profit du Parti socialiste. La mort était donc bel et bien annoncée.

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Chute de la coalition

La coalition logique issue des élections du 9 juin 2024 va-t-elle sombrer ? Un gouvernement pourtant doté d’une majorité dans chaque partie du pays et composé de partis qui semblaient avoir compris la nécessité de réformer pour remettre d’aplomb les finances du pays ? Le roi peut une fois de plus servir de levier pour rapprocher les formations. Il n’est pas exclu que les partis de la majorité finissent par craindre des élections dominées par nos finances publiques. Rares sont ceux qui en ont fait leur thème de prédilection lors de la dernière campagne. Un tel scrutin obligerait enfin ceux qui ont longtemps brodé sur le sujet à dire clairement comment ils comptent assainir le budget. Il s’agira de passer ces plans au tamis du réel, car le sujet alimente pas mal de fables. Mais en période électorale, la parole revient au peuple, et ce n’est pas plus mal.

 » C’est le citoyen qui paie l’addition de ces errances. De quoi faire trembler la N-VA, elle qui avait fait de ce douloureux budget un cheval de bataille. »

Cependant, une chute du gouvernement ne règle pas le problème des finances. Au contraire, celles-ci ne feront que dérailler davantage. Faute d’assainissement digne de ce nom, les taux d’intérêt sur notre montagne de dettes grimperont. Pour payer ces intérêts, l’État devra à nouveau emprunter : c’est le fameux effet boule de neige de la dette. Ce faisant, la politique comme le pays s’enferment dans un cercle vicieux, et le ciel reste chargé au-dessus de notre économie. Au lendemain des élections, la tâche sera encore plus ardue pour les partis élus. Quoi qu’il en soit, c’est le citoyen qui paie l’addition de ces errances. De quoi faire trembler la N-VA, elle qui avait fait de ce douloureux budget un cheval de bataille.

Cette crise est un échec collectif, et donc une responsabilité collective. Elle débouche sur un constat implacable : gouverner cinq ans en réformant à un rythme soutenu semble devenu impossible dans ce pays. Les personnes qui nous dirigent, et surtout quelques présidents de parti, s’en lassent et glissent facilement dans la surenchère de campagne. Face aux coups de boutoir des partis d’opposition aux extrêmes, les partis au pouvoir finissent eux aussi par devenir plus radicaux. Plusieurs d’entre eux ont pourtant creusé eux-mêmes le trou qu’ils doivent aujourd’hui combler : près de 40 milliards d’euros. Ce sont eux qui se sont mis, et ont mis le pays, dans cette impasse. Et même au bord du naufrage, ils ne parviennent toujours pas à changer de cap.

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