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Invalidité : quand la maladie wallonne gagne la Flandre
19·05·26

Invalidité : quand la maladie wallonne gagne la Flandre

Pieter Bauwens est le rédacteur en chef du magazine nationaliste flamand Doorbraak.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo de Nik Shuliahin 💛💙 sur Unsplash

Guilhem Lejeune
Traducteur Guilhem Lejeune

Maasmechelen a l’honneur peu enviable d’être la commune au taux d’invalidité le plus élevé au nord de la frontière linguistique : 15,2 % de la population en âge de travailler y perçoit une indemnité de maladie de longue durée. Cette ville limbourgeoise ne devance ainsi que huit communes à travers toute la Wallonie.

Pendant des années, les responsables politiques flamands ont dénoncé à juste titre la culture de l’inactivité qui règne dans le sud du pays. La Flandre, elle, était à pied d’œuvre. C’était le récit dominant — et il était largement fondé. Jusqu’à ce que les chiffres de l’Agence intermutualiste, publiés la semaine dernière par le quotidien Het Laatste Nieuws, viennent quelque peu le nuancer.

Une faille béante

Les gouvernements qui se sont succédé ces dix dernières années se sont attaqués aux pièges à l’emploi, ont accru la dégressivité des allocations de chômage et ont renforcé les politiques de remise au travail. Il fallait viser un taux d’activité de 80 %, il fallait que le travail paie.

On a donc serré la vis du côté de la sécurité sociale, mais en laissant une faille béante du côté de l’assurance maladie. Dans les statistiques, les personnes qui n’étaient plus comptabilisées comme des chômeurs sont ainsi passées d’une colonne à l’autre. Les malades de longue durée jouissent d’un statut plus confortable juridiquement et socialement : ils sont moins stigmatisés, ont moins d’obligations et touchent une indemnité plus stable.

Stijn Baert, professeur à l’Université de Gand, a décrit le problème sans détour : le gouvernement a durci les conditions d’accès au chômage, mais les personnes concernées ne sont pas au travail pour autant. La voie qui a été choisie, le basculement vers l’assurance maladie, est celle de la facilité.

Le Limbourg compte actuellement quelque 45 000 malades de longue durée. À l’échelle du pays, ce sont désormais 8,1 % de la population active qui sont concernés, contre 3,7 % auparavant. Et la tendance ne s’inverse pas.

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« Travailler n’est pas ma priorité »

« Ce n’est pas ma priorité, ma santé passe d’abord », explique à Het Laatste Nieuws Marco, 56 ans, ancien cuisinier, en maladie de longue durée à cause d’une algie vasculaire de la face. Il travaille bénévolement un jour par semaine, avec l’accord de sa mutuelle, et touchera bientôt une pension d’invalidité. Marco ne ment pas. Il réagit de façon parfaitement rationnelle aux incitations que lui tend le système. C’est tout le problème.

Quand il est plus rationnel de se reposer que de travailler, quand une indemnité est plus stable qu’un emploi mal payé, le scandale réside moins dans les choix individuels que dans le système qui les rend possibles. Un système bâti par des syndicats qui combattent chaque contrôle comme s’il s’agissait d’une attaque contre les malades, par des mutuelles (politisées) qui font pression sur les médecins pour qu’ils délivrent des certificats, et par des gouvernements qui ont toujours remis au lendemain les réformes fondamentales.

Le passé minier de Maasmechelen joue certes un rôle : la dernière génération de mineurs paie de son corps le tribut à un travail épuisant. Mais il n’explique pas pourquoi, dans cette même commune, des jeunes se vantent ouvertement de ne pas travailler.

La conclusion que personne n’ose tirer

La sécurité sociale relève du fédéral, tandis que le marché du travail est partiellement régionalisé. Le VDAB n’a aucune prise sur les malades de longue durée tant que c’est le médecin qui pilote le parcours de soins. La Flandre paie la facture via les transferts sans avoir son mot à dire.

Si Maasmechelen affiche un taux d’inactivité digne de la Wallonie, la question devient inévitable : qu’en serait-il si la Flandre pouvait définir elle-même les critères de contrôle, les délais de mise en place d’un trajet de réintégration et les modalités d’évolution de l’indemnité en fonction de la volonté de se remettre au travail ? La réponse, tout le monde la connaît. Mais qui ose la formuler à voix haute dans une coalition fédérale où les francophones bloquent la moindre réforme de l’État ?

Nous sommes face à un système qui ne parvient plus à assurer le retour à l’emploi en Wallonie depuis des décennies et qui échoue désormais aussi dans certaines parties de la Flandre. La maladie wallonne n’est pas un phénomène géographique, c’est une maladie systémique. Et elle se propage vers le nord.

Le seul remède consiste soit à refédéraliser le contrôle des indemnités de maladie, en agissant de manière musclée, en prenant le contrepied du laxisme qui caractérise les trajets de réintégration actuels — mais cette méthode n’a pas fonctionné par le passé —, soit à totalement régionaliser la sécurité sociale afin que la Flandre puisse choisir elle-même la façon dont elle organise et contrôle son État-providence.

Tout le reste ne reviendrait à traiter que les symptômes.

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