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Pourquoi les jeunes francophones boudent-ils les séjours linguistiques en Flandre?
11·05·26

Pourquoi les jeunes francophones boudent-ils les séjours linguistiques en Flandre?

Aubry Touriel, notre rédacteur en chef adjoint, rédige régulièrement des articles sur la Flandre. Cette chronique est d’abord diffusée sur la RTBF et ensuite sur notre site.

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash

Aubry Touriel
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Les séjours linguistiques en néerlandais séduisent de moins en moins de jeunes Belges francophones. Entre manque d’attractivité, hausse des prix, disparition des aides et l’arrivée d’autres méthodes, le secteur s’adapte… sans cacher son inquiétude.

Les jeunes Belges francophones partent de moins en moins en séjour linguistique pour apprendre le néerlandais. Certaines structures comme la WEP ont abandonné leurs séjours dans la langue de Vondel, et la dernière école immersive en Flandre et aux Pays-Bas peine à remplir ses classes.

« Pendant 18 ans, l’école était ouverte quasi chaque semaine de l’année, les étudiants pouvaient arriver chaque lundi et rester le nombre de semaines qu’ils voulaient. Depuis septembre, il arrive très souvent où l’école est complètement vide pendant des semaines, » alerte Charlotte Bauwens, directrice de l’école privée LABS à Anvers.

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Depuis la fermeture d’un autre programme similaire à Vught aux Pays-Bas en 2023, LABS est désormais la seule école de langues à proposer des séjours immersifs en Flandre et aux Pays-Bas. Une formule qui combine cours intensifs et hébergement en famille d’accueil ou en kot.

Paradoxalement, si les francophones désertent, les étrangers marquent plus d’intérêt pour le néerlandais : « Ça crée une situation un peu bizarre : cet été, il y aura plus d’Allemands qui viennent étudier le néerlandais que de Belges francophones. »

Une langue qui fait moins rêver

Pourquoi ce désintérêt ? Pour Coleen Cheniaux, consultante en séjour linguistiques pour l’école privée ESL, le problème est aussi culturel : « Le néerlandais n’est pas hyper attrayant de base. On le voit peu dans la pop culture, contrairement à l’anglais. Et les destinations anglophones font plus rêver que la Flandre ou les Pays-Bas. Quitte à investir dans l’apprentissage d’une langue, les étudiants préfèrent partir loin. »

Même constat du côté de Tom Vandevelde, coordinateur de projet néerlandais pour Roeland vzw, organisation qui propose notamment des camps linguistiques en trois langues (EN-NL-FR) : « On observe une évolution de la société : on met davantage l’accent sur les maths et les sciences, et les langues passent au second plan. »

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Des séjours plus chers et la fin du Plan Langues

Le facteur financier pèse aussi lourd. Pascal Carré, président d’Abelio, l’Association belge des organismes de séjours linguistiques et éducatifs : « Depuis la suppression du Plan Langues du Forem, il n’existe en Wallonie plus aucun système de bourse pour les séjours linguistiques. Toute une génération de jeunes Wallons en a pourtant bénéficié et a atteint un bon niveau de langue. »

À cela, s’ajoute la hausse des prix, constate Maxime Bertholet, administrateur et conseiller pour les séjours pour Langues Vivantes : « Après le covid, l’école aux Pays-Bas a fermé et la seule école restante à Anvers a dû réduire sa capacité d’accueil. Pour pouvoir se financer, elle a aussi dû augmenter ses tarifs. Avant, une semaine coûtait environ 600 euros. Aujourd’hui, il faut compter 980 euros. »

Des alternatives existent, comme l’immersion en famille avec cours particuliers, mais elles sont encore plus onéreuses : « Nous avons régulièrement des demandes pour ce type de formations, mais le tarif est aussi plus élevé : environ 1400 euros/semaine », poursuit Maxime Bertholet.

Les camps de vacances résistent

Si les séjours à l’année reculent, les camps de vacances tiennent le coup. « Les camps d’été en néerlandais à Spa, en collaboration avec le CERAN, fonctionnent encore bien, observe Coleen Cheniaux d’ESL, mais il s’agit d’une offre premium : une semaine en pensionnat avec 4h30 de cours intensifs chaque matin et d’autres activités l’après-midi coûte 1990 €. »

Chez Roeland, surtout connu pour leurs camps en français, la tendance s’est stabilisée, explique Tom Vandevelde : « La baisse s’est arrêtée. Ces trois dernières années sont restées stables, avec une légère hausse, même si le néerlandais reste un segment relativement petit. »

Mais ailleurs, l’inquiétude persiste. Morgane Payet, marketing manager, pour l’école gantoise de Ruysschaert, a vu quant à elle une diminution des demandes en camps linguistiques : « Certaines écoles wallonnes ont supprimé l’obligation du néerlandais, et les vacances scolaires différentes entre le nord et le sud du pays compliquent notre organisation. Tant que ces calendriers resteront différents, nous restons peu optimistes… »

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L’effet de l’enseignement en immersion

Autre explication : l’essor de l’enseignement en immersion, pointe Pascal Carré, président d’Abelio : « Beaucoup d’étudiants francophones suivent des cours en immersion et, à Bruxelles, une partie significative d’entre eux sont inscrits dans l’enseignement néerlandophone. Avec entre 12 et 14 heures par semaine en néerlandais, voire tout leur cursus, pourquoi payer pour un séjour linguistique ? »

L’immersion reste un atout

Malgré tout, les acteurs du secteur défendent l’utilité des séjours pour apprendre une langue, notamment le néerlandais.

« C’est une immersion pour apprendre intensément le néerlandais tout en découvrant une autre culture. En Belgique, où l’on se connaît peu entre communautés, vivre en famille d’accueil à Anvers permet aussi de changer de regard : beaucoup d’étudiants découvrent sur place une autre réalité, loin des clichés », insiste Charlotte Bauwens.

Un argument que partage Pascal Carré : « C’est paradoxal, car il y a de nombreux emplois en Flandre. La connaissance du néerlandais reste un atout précieux pour l’avenir des francophones. »

Même face à l’essor de l’intelligence artificielle, Tom Vandevelde reste convaincu : « Les technologies de traduction simultanée peuvent faire douter de l’utilité d’apprendre une langue, mais la place de l’humain reste essentielle. Nous misons sur l’audace de parler et d’oser faire des erreurs. L’immersion change tout : avant, je n’aurais jamais osé une interview en français, aujourd’hui, oui. »

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Un secteur obligé de se réinventer

Face à la baisse de demandes, le secteur ne reste pas les bras croisés.

« Nous avons adapté notre programmation : nous misons davantage sur des activités ludiques et collaborons avec des organisations externes », témoigne Morgane Payet de Ruysschaert.

Séjours plus courts, optimisations des coûts, nouvelles formules… le secteur tente de se réinventer.

Pascal Carré appelle aussi les pouvoirs publics à agir : « À Bruxelles, les chèques langues Actiris sont limités aux écoles de langues de la Région bruxelloise. Dans la plupart des pays voisins, l’apprentissage des langues est considéré comme un bien essentiel. 21% de TVA, c’est injuste et cela crée une concurrence entre public et privé. »

Pour Charlotte Bauwens, une chose est sûre : « L’immersion a longtemps été la meilleure solution pour apprendre une langue. Aujourd’hui, il existe plus d’options. On cherche donc des solutions pour découvrir ce dont les étudiants ont besoin. Le besoin d’apprendre le néerlandais est toujours là, on le sait… mais sous quelle forme ? »

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