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C’est bientôt la fin de la VRT en français: pourquoi est-ce si difficile d’informer dans les deux langues en Belgique ?
27·04·26

C’est bientôt la fin de la VRT en français: pourquoi est-ce si difficile d’informer dans les deux langues en Belgique ?

Aubry Touriel, notre rédacteur en chef adjoint, rédige régulièrement des articles sur la Flandre. Cette chronique est d’abord diffusée sur la RTBF et ensuite sur notre site.

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

© Belga Image

Aubry Touriel
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La VRT abandonne ses versions en français, allemand et anglais. Un symbole des difficultés persistantes à faire circuler l’information au-delà de la frontière linguistique, malgré quelques initiatives qui tentent de changer la donne.

La décision est tombée début avril : la VRT cessera de publier ses articles en français, anglais et allemand dès le 1er décembre 2026. « C’est vraiment dommage : la VRT est le seul média à avoir une offre en quatre langues, ce qui la rend unique », témoigne Anne François, journaliste pour le service francophone de la VRT depuis plus de 30 ans.

La décision du média public flamand, prise pour des raisons budgétaires, tourne une page longue de plus de 80 ans. La cellule internationale a été créée pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec le temps, le service évolue de la BRT Wereldomroep à Radio Vlaanderen Internationaal, pour finalement passer à un site Internet il y a une vingtaine d’années.

La VRT va arrêter de diffuser des informations en français, anglais et allemand

Même si les portails multilingues de la VRT existent depuis plus de 20 ans, leur visibililité restait assez limitée, lance Dave Sinardet, professeur de sciences politiques à la VUB et à l’UCLouvain Saint-Louis Bruxelles: « L’offre de la VRT en plusieurs langues n’était pas très connue en Belgique francophone, ils auraient dû lancer des campagnes marketing pour en faire la promotion. »

Entre tentatives ratées et initiatives qui tiennent

La VRT n’est pas le seul média à tenter l’aventure du multilinguisme : le magazine Wilfried avait par exemple lancé une version néerlandophone fin 2020, mais le projet a dû s’arrêter un an plus tard, notamment pour des raisons budgétaires.

« Wilfried a déjà des difficultés à exister du côté francophone, alors lancer une version en néerlandais, c’était un vrai défi », explique Dave Sinardet, professeur à Saint-Louis (UCLouvain).

Même si ces initiatives multilingues ont périclité ou vont bientôt tirer leur révérence, d’autres médias proposent des contenus qui traversent la frontière linguistique.

On peut par exemple citer le média en ligne DaarDaar, qui vient de fêter ses 10 années d’existence. Cette plateforme propose chaque jour des traductions en français d’articles provenant des différents médias du nord du pays ainsi que des contenus propres. Ce média lancé par des citoyens place par ailleurs la traduction au cœur de son projet, en valorisant explicitement le travail des traducteurs aux côtés des auteurs.

Plus récemment, le quotidien De Standaard a lancé une version francophone en novembre 2025. La rédaction a lancé une version test gratuite pendant les premiers mois et vient de passer au format payant.

Karel Verhoeven, rédacteur en chef du quotidien, revient sur les raisons de cette initiative : « D’abord, il y a eu le déménagement de la rédaction à Bruxelles en 2020, qui a changé notre regard. Ensuite, le contexte politique belge a évolué : on constate une certaine détente communautaire et le niveau fédéral est redevenu central. Enfin, l’actualité internationale, qu’il s’agisse d’Euroclear, du conflit en Israël ou du retour de Trump, a renforcé le besoin d’un média capable de s’adresser au-delà des frontières linguistiques. Il y a dorénavant une réalité belge. »

Le quotidien utilise l’intelligence artificielle pour traduire ses articles et une équipe de journalistes/traducteurs assurent la relecture. Lors du lancement de la version française, certains linguistes s’inquiétaient du style appauvri et d’erreurs de traduction.

Karel Verhoeven rétorque : « Au début, on a tâtonné : c’était un projet expérimental, on avançait avec les retours des lecteurs. Nous avons désormais bien en main le passage au français. Au final, ça reste un travail accompli par des humains et les lecteurs francophones, très exigeants, ne laissent rien passer. »

Les temps changent

Le politologue Dave Sinardet, qui a écrit son doctorat sur le rôle des médias dans les relations communautaires, se réjouit de l’émergence d’initiatives médiatiques qui traversent la frontière linguistique telles que DaarDaar ou De Standaard en français : « C’est une avancée démocratique. De Standaard est le premier journal flamand important qui essaie d’investir dans une version française, de manière assez systématique. Il y a 20 ans, de tels projets auraient été inimaginables. On n’aurait pas osé. Cela aurait pu être vu comme un ‘statement’ politique. »

À cette époque-là, les tensions communautaires étaient beaucoup plus fortes. 2006 est par exemple l’année de diffusion du docu-fiction Bye Bye Belgium. Dave Sinardet se rappelle : « Je commençais alors à intervenir dans les médias francophones, ce qui suffisait déjà pour être vu d’un œil suspect, voire comme un traître anti-flamand par certains nationalistes flamands. Imaginez un Standaard en français dans ce contexte… »

15 ans après Bye Bye Belgium, les francophones comprennent encore moins bien la Flandre

Aujourd’hui, les temps bien ont changé, poursuit le politologue anversois : « Il n’y a plus ce danger de francisation de la Flandre. Bart De Wever, pendant 20 ans président de la N-VA, se retrouve premier ministre et donne des conférences de deux heures en français devant un public francophone. »

Karel Verhoeven ajoute : « Pourquoi devrait-on laisser les politiques s’exprimer seuls auprès de leur propre communauté ? On constate par exemple que les ministres fédéraux n’adressent pas forcément les mêmes messages aux communautés du nord et du sud du pays. C’est important de les surveiller de part et d’autre de la frontière linguistique. »

Passer la frontière linguistique: un enjeu démocratique

Alors que la VRT fait le choix de supprimer ses versions en langues étrangères pour des raisons budgétaires, d’autres médias investissent dans la diffusion d’informations au-delà de la frontière linguistique.

« La leçon essentielle, c’est que la frontière linguistique n’est pas une barrière étanche », explique le rédacteur en chef du Standaard, « La société est de plus en plus multilingue, les trajectoires familiales se croisent, les communautés s’entremêlent. Nous touchons justement ce public-là. Au fond, on partage plus que de médias réellement séparés. »

Dave Sinardet relève l’importance d’avoir des médias belges multilingues : « C’est important que le public belge ait accès à la même information. L’objectif, c’est au fond, de réduire un vrai déficit démocratique. Rendre ces contenus accessibles des deux côtés, c’est permettre au public d’avoir accès à la même information et d’élargir le regard. »

Mais le professeur avertit : « On ne peut pas simplement traduire des articles. Il faut les réécrire, les contextualiser, expliquer les personnalités politiques ou culturelles, combler les angles morts. »

Anne François conclut en appelant à maintenir ces ponts médiatiques entre communautés linguistiques : « Malgré la fin des langues étrangères à la VRT, j’espère qu’on va continuer à avoir une vision plus large de la Belgique, pas seulement par communauté linguistique. Beaucoup de conflits dans le monde naissent parce ce qu’on se connaît mal et qu’on se comprend peu. Ça me paraît donc important de garder ses services en langue étrangère et j’espère que, d’une façon ou d’une autre, on va pouvoir continuer à créer ces passerelles… »

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