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Un doigt d’honneur à Bart De Wever

Le conseil de parti de la N-VA, las des petits jeux politiciens, a préféré Eddy Vermoesen à Sarah Smeyers pour se charger de la trésorerie. (c) De Morgen

23 février 2016

Un doigt d’honneur à Bart De Wever

Temps de lecture: 3 minutes

Le président de la N-VA, Bart De Wever, s’est fait envoyer sur les roses après avoir proposé Sarah Smeyers comme trésorière du parti. En dépit des promesses de De Wever à Smeyers, le conseil du parti a préféré un autre candidat. Si la tête du parti évoque une petite erreur de communication, la base ne l’entend pas de cette oreille.

La décision du conseil du parti constitue un véritable camouflet pour le président De Wever. Il l’avait promis personnellement à Sarah Smeyers : elle, et personne d’autre, allait occuper le poste de trésorière du parti. Elle aurait eu, de ce fait, accès au cockpit du parti, à son organe de gestion quotidienne. Un lot de consolation un peu minable pour le poste de ministre qu’elle avait tant convoité lors de la formation du gouvernement, et pour sa non-nomination comme cheffe de groupe à la Chambre.

Mais même le lot de consolation du lot de consolation lui est passé sous le nez. Une énième humiliation pour la jeune Alostoise. Le 22 janvier, Sarah Smeyers avait, dans nos colonnes, avoué son impatience d’occuper sa nouvelle fonction. « Il n’y a que sept membres qui gèrent le parti au quotidien. Et comme le trésorier fait partie de ces membres, je considère ce poste comme un honneur » nous avait-elle dit à l’époque. Aujourd’hui, elle préfère ne pas aborder le sujet, si ce n’est pour dire qu’elle se plie à la décision du parti. « Le conseil du parti a voté et je me soumets à la décision. J’ai été élue moi-même démocratiquement par le parti lors de la confection des listes en 2007. Je comprends donc tout à fait le choix effectué par la base. »

Un signal d’alarme

À la tête du parti, on ne comprend pas Sarah Smeyers : « Elle s’est tiré une balle dans le pied d’entrée de jeu en communiquant au sujet de cette promesse, ce qui n’a évidemment pas plu à notre conseil de parti », nous explique une source interne. En exposant les machinations qui se déroulent en coulisse, Smeyers a appuyé là où ça fait mal. De Wever fut d’ailleurs déjà la cible de critiques le mois dernier après le remplacement de Hendrik Vuye par Peter De Roover comme chef de groupe à la Chambre. De Wever avait communiqué son nom avant même que le groupe parlementaire soit au courant. Il a également appuyé la candidature de De Roover sans demander le moindre vote.

La décision de samedi a donc peu à voir avec la personne de Sarah Smeyers. En revanche, il s’agit bel et bien d’un signal d’alarme pour De Wever. « Sarah était la mauvaise personne au mauvais endroit. Si De Wever avait proposé quelqu’un d’autre, c’est cette personne-là qui aurait été sacrifiée », confie une source interne. Au sein du parti, un nombre croissant de membres manifestent leur mécontentement sur la manière dont le parti est dirigé, mais aussi sur la trop longue mise au frigo du nationalisme, bien sûr. « Et aussi sur toute la politique menée au sein du parti et la manière de la mener en général. »

Ce dernier commentaire fait référence à la confection des listes électorales en 2014, lorsque De Wever avait fait preuve, pour certains, d’une brutalité excessive au niveau local. La direction nationale est considérée comme un club sélect au pouvoir trop important, ce qui explique la colère ressentie par de nombreux membres sur la manière dont De Roover a été choisi. « La base mécontente envoie un doigt d’honneur à son président », avait alors écrit le site d’information en ligne Doorbraak, qui avait révélé le résultat du scrutin.

La direction du parti tente de colmater les brèches : « Notre conseil de parti est un organe critique et a une dynamique qui lui est propre. En choisissant Eddy Vermoesen, ses membres n’ont pas nécessairement fait le choix le plus évident pour les observateurs externes, mais au sein du parti, on le connaît bien. En sa qualité de président du comité de contrôle interne du parti, il jouit d’une certaine autorité », précise Joachim Pohlmann, porte-parole de la N-VA. Et finalement, c’est Vermoesen qui l’a emporté face à Smeyers, par 75 voix contre 73. La différence est infime.

Coup de théâtre

L’élection avait été précédée d’un coup de théâtre de la part de Rufij Baeke, un médecin généraliste de 68 ans qui s’était porté candidat pour siéger au conseil du parti. Avant le vote, les candidats reçoivent toujours un temps de parole pour défendre leur candidature. À la surprise générale, Baeke s’est retiré de la course et a profité de son temps de parole pour dénoncer les petits jeux politiciens en coulisse, symbolisés par Sarah Smeyers. Il appela donc le conseil de parti à voter massivement pour Vermoesen. Mission accomplie.

Cette fracture entre la tête et la base du parti constitue une fameuse épine dans le pied de De Wever. Non seulement parce que les élections communales de 2018 approchent, mais aussi parce que la N-VA devra élire son président l’année prochaine. L’ère De Wever touche à sa fin, ce qui mine clairement l’autorité dont jouit le président actuel.

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