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Règle de quatre : même Maggie De Block s’emmêle les pinceaux

(c) Capture d’écran VRT NWS – De Zevende dag

12 mai 2020

Règle de quatre : même Maggie De Block s’emmêle les pinceaux

Temps de lecture: 3 minutes

S’il est donné à tout le monde, en mathématiques, de comprendre et d’expliquer la règle de trois, combien sommes-nous à bien comprendre la règle épidémiologique de quatre ? Même notre ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD), rencontre des difficultés par rapport à cette règle qui, comme le concède le virologue Steven Van Gucht, s’avère très complexe.

Nous pouvons enfin revoir notre mère. Ouf ! Quel soulagement pour bon nombre de citoyens. C’est le Conseil national de sécurité lui-même qui a donné le feu vert : nous pouvons voir un maximum de quatre personnes. Simple, non ? Quoique… En assistant, jeudi passé, à la conférence de presse de Sophie Wilmès, puis en écoutant les experts et, finalement, en épluchant l’arrêté ministériel (AM) vendredi, nous avons vite compris que les choses n’étaient pas si simples.

Histoire de bulles 

Le week-end dernier, même la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block, s’est emmêlé les pinceaux. Lors du débat dominical de l’émission De zevende dag, elle a fait savoir que la première personne à qui elle allait rendre visite serait sa mère, qui vit seul, puis que sa fille enceinte viendrait lui rendre visite chez elle. Les premiers commentaires sur les réseaux sociaux ne se sont pas fait attendre : même la ministre mélange trois « bulles », alors que ce n’est pas autorisé.

Qu’en est-il, en définitive ? À la lecture de l’AM, on remarque que chaque ménage peut recevoir jusqu’à quatre personnes, qui peuvent elles-mêmes venir de différents ménages, mais qu’il doit toujours s’agir des quatre mêmes personnes. Et celles-ci ne peuvent pas inviter qui que ce soit d’autre, ni n’être invitées par personne d’autre. 

Les rédacteurs de l’AM sont donc clairs : si Mme De Block opte pour sa mère, et vice versa, elles se lient l’une à l’autre et la ministre ne peut aller nulle part d’autre ni recevoir qui que ce soit d’autre. Même pas sa fille. Par contre, elle a le droit d’aller avec sa fille chez sa mère, ou bien de recevoir sa fille et sa mère chez elle. « Dans ce cas, j’irai chez ma mère avec ma fille », a indiqué la ministre dans le courant de la journée. Brièvement, et en respectant les distances de sécurité, a-t-elle ajouté.

Une règle trop compliquée

Mais finalement, est-il si grave qu’une personne rencontre deux personnes séparément plutôt qu’ensemble ? D’autant plus que même la ministre responsable était prête à le faire. « En effet, c’est un problème. La règle de quatre est difficile à comprendre et à expliquer », reconnaît le virologue Steven Van Gucht. Pour faire simple et pour limiter les risques, il recommande qu’un ménage ou une personne célibataire choisisse un autre ménage ou une autre personne célibataire. « La règle autorise davantage, mais au moins, c’est une explication que tout le monde comprendra. »

Un tel manque de clarté pour cette règle en particulier, voilà qui est embarrassant. En effet, d’après Van Gucht et ses confrères, ce sont justement ces contacts-là qui entraînent les risques les plus importants. Les promenades à l’extérieur ou même la réouverture des commerces suscitent moins d’inquiétude. « Nous sommes moins prudents quand nous sommes en contact avec des gens que nous connaissons et en qui nous avons confiance. »

Même la jeune ingénieure Lize Raes, qui développe des modèles mathématiques chaque jour pour aider nos décideurs à évaluer les répercussions de chaque mesure, a invité le gouvernement à mieux communiquer sur ce qui était autorisé ou non. « Ma tante a fait aujourd’hui – physiquement, oui – le tour de toute la famille pour faire signer un livre qu’elle compte offrir à ma grand-mère. Elle n’est pourtant ni plus bête ni plus intelligente que le commun des Flamands. »

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