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Pollution à Zwijndrecht : les politiques flamands « n’ont pas voulu étouffer l’affaire »
19·01·22

Pollution à Zwijndrecht : les politiques flamands « n’ont pas voulu étouffer l’affaire »

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Marnix Hogendoorn on Unsplash

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Ce mardi, nous aurions dû assister à un moment important de la commission d’enquête du Parlement flamand chargée de faire la lumière sur le dossier de la pollution du site de l’usine 3M à Zwijndrecht, en province d’Anvers. En effet, la commission devait auditionner les deux ministres compétents de l’époque, à savoir Joke Schauvliege (CD&V) et Ben Weyts (N-VA).

Pourtant, leur passage n’a pas apporté grand-chose de neuf : « Oui, en 2017, nous avons décidé de ne pas enquêter sur ce dossier et de ne pas communiquer, mais le but n’était pas d’étouffer l’affaire. À l’époque, il n’était pas encore question de risques pour la santé, mais aujourd’hui, nous voyons les choses d’une tout autre manière. »

1. Pourquoi avoir décidé de ne pas communiquer sur les risques potentiellement engendrés par la pollution au PFOS par la société 3M ?

Vendredi passé, le bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever (N-VA), a recommandé à la commission d’enquête de poser cette question aux ministres concernés. En septembre 2017, il était lui-même favorable à l’annonce de ces risques, ne serait-ce que par opportunisme politique, car cela lui aurait permis de présenter sous un angle positif le chantier de la liaison Oosterweel. Ben Weyts, alors ministre des Travaux publics et de la Mobilité, reconnaît également que c’était l’opinion prédominante le 18 septembre 2017 au sein du Comité de pilotage politique du chantier de l’Oosterweel. On aurait vu des hommes en combinaisons blanches apparaître sur le chantier, et le maître d’ouvrage, la société BAM (aujourd’hui Lantis), « ne voulait pas avoir à se défendre par la suite. »

Cependant, ce sont d’autres arguments qui l’ont emporté, déclare la ministre de l’Environnement de l’époque, Joke Schauvliege : « L’OVAM, la société publique flamande de traitement des déchets, a estimé qu’une telle annonce sèmerait la panique dans le voisinage, alors qu’on ne disposait d’aucune donnée scientifique sur la zone, mais aussi parce que selon les normes en vigueur à ce moment-là, il n’y avait pas de risque toxique direct pour l’être humain. »

2. Qui a pris la décision politique de ne pas communiquer ?

Le communiqué de presse confectionné par l’OVAM est passé par le cabinet de Joke Schauvliege. La décision allait tomber lors d’une réunion de son cabinet le 12 octobre 2017. Étaient présents : son chef de cabinet adjoint, le chef de cabinet de Ben Weyts, ainsi que des représentants de l’OVAM, de BAM et de l’agence flamande de gestion de l’environnement. « En fait, ce communiqué de presse ne mentionne rien qui puisse supposer une décision de ne pas communiquer, explique Joke Schauvliege. Quoi qu’il en soit, l’OVAM était déjà convaincue qu’il valait mieux suivre la procédure normale décrite par le décret relatif au sol, car celui-ci mentionne que c’est au pollueur de payer les frais de l’enquête, et parce qu’il n’y avait pas de risque toxique pour l’être humain. Une mise en demeure a alors été envoyée à 3M en novembre. »

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Ben Weyts confirme que cette décision de ne pas communiquer n’a jamais été signalée au gouvernement flamand : « Par contre, elle figurait dans le rapport transmis le 29 septembre au Comité de pilotage par le président de BAM, David Van Herreweghe. » Bart De Wever, quant à lui, affirme avoir été mis au courant de cette décision lors d’une réunion de concertation avec ses ministres N-VA. « Il ne me semble pas impossible que je le lui aie dit, déclare Ben Weyts, mais ce n’est pas le gouvernement flamand qui a pris cette décision. »

3. Pourquoi n’a-t-on pas décidé d’effectuer des enquêtes supplémentaires dans la zone résidentielle adjacente ?

Un courriel interne entre deux collaborateurs de l’OVAM, déjà mentionné au sein de la commission d’enquête, nous apprend que Joke Schauvliege aurait interdit de prélever de nouveaux échantillons dans la zone résidentielle. « Ce n’est pas exact, réagit la ministre. Du reste, il existe un rapport officiel de cette réunion, et il ne mentionne aucune interdiction. L’OVAM n’avait d’ailleurs pas besoin de moi pour réaliser des recherches. La société de gestion des déchets ne l’a pas fait, parce qu’il n’y avait aucun risque grave pour la santé humaine. À la lumière de ce que nous savons aujourd’hui, cet argument peut paraître bizarre, mais il faut savoir qu’aujourd’hui, les normes sont 240 fois plus strictes qu’à l’époque. » D’après Jos D’Haese (PTB), membre de la commission d’enquête, il est « incompréhensible, même en tenant compte des normes de l’époque, que personne n’ait décidé de procéder à des mesures supplémentaires. En suivant ce que préconise le décret relatif au sol, nous aurons les résultats en été 2022, c’est-à-dire près de cinq ans après les premiers signaux d’alarme. »

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