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Violences chez les jeunes: les éducateurs et la police doivent-ils être davantage présents en ligne?
07·08·26

Violences chez les jeunes: les éducateurs et la police doivent-ils être davantage présents en ligne?

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

(c) Unsplash+

La vidéo ne dure que quelques secondes. On y voit un adolescent allongé au sol, roué de coups par plusieurs camarades qui s’en prennent à lui en raison de son orientation sexuelle. Autour de lui, d’autres jeunes rient, filment la scène et diffusent les images sur Snapchat et TikTok. Lorsque la direction de l’école ou les parents découvrent les faits, la vidéo circule déjà depuis longtemps, visionnée et commentée par des centaines d’autres jeunes de son âge. Pendant ce temps, ailleurs dans le monde, des organisations criminelles tentent chaque jour de recruter de jeunes via les réseaux.

Pour de nombreux professionnels de terrain, telle est désormais la réalité. Les violences et la radicalisation prennent de plus en plus souvent naissance sur Internet, un espace sur lequel les travailleurs sociaux, éducateurs de rue et policiers locaux n’ont guère de prise.

C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude de l’Institut flamand pour la paix, qui a interrogé plus de 250 professionnels sur la prévention des violences en ligne. « Ce n’est pas parce qu’ils considèrent cette problématique comme secondaire, explique la chercheuse Annelies Pauwels, mais parce qu’ils se heurtent à de très nombreux obstacles. » Parmi les répondants, plus de 80 % déclarent que leur public cible est exposé à des formes de polarisation ou de radicalisation violente, en ligne comme hors ligne. Les trois quarts affirment que cette évolution constitue une véritable source d’inquiétude dans leur pratique professionnelle. Près de la moitié souhaiteraient renforcer ou adapter leur présence sur Internet.

Il y a dix ans déjà, à l’époque des départs vers la Syrie et des attentats de Bruxelles et de Paris, les réseaux sociaux jouaient un rôle important. « Mais il existait toujours un lien avec le monde physique: les personnes devaient encore se rencontrer, rappelle Annelies Pauwels. Aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire. Il est possible de construire un véritable écosystème uniquement à distance, via les différents réseaux. Les menaces proviennent en outre de personnes toujours plus jeunes et géographiquement beaucoup plus dispersées qu’auparavant. »

L’OCAM attirait encore cette semaine l’attention sur un phénomène particulièrement préoccupant : le « nihilisme violent ». Il s’agit de réseaux informels présents sur Internet, où se mêlent symboles extrémistes, manipulation psychologique, exploitation sexuelle et fascination pour la violence.

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Les jeunes y accèdent souvent par l’intermédiaire de communautés virtuelles fermées, sans jamais avoir le moindre contact avec des organisations extrémistes traditionnelles. Les professionnels observent également une présence croissante de la manosphère. Ils sont de plus en plus confrontés à des contenus faisant l’apologie de la masculinité toxique et de la misogynie, véhiculés notamment par des influenceurs tels qu’Andrew Tate.

Malgré ces évolutions, les acteurs locaux sont très peu présents sur les plateformes où ces phénomènes se développent. « Beaucoup d’organisations disposent d’une page Facebook ou d’un compte Instagram, constate Annelies Pauwels. Mais Discord, Roblox ou TikTok restent largement méconnus des professionnels de terrain. Ils connaissent mal ces plateformes ou ne savent tout simplement pas comment les utiliser. »

Or ce sont précisément les espaces numériques où les jeunes passent aujourd’hui une grande partie de leur temps. « Le monde en ligne et le monde réel sont désormais totalement imbriqués, souligne encore la chercheuse. Le harcèlement ne s’arrête plus aux grilles de l’école. Il se poursuit sur Internet. Il en va de même pour la polarisation ou la radicalisation. »

Le problème ne tient pas uniquement au faible investissement des professionnels sur Internet. Même ceux qui tentent d’y être présents se heurtent à une question délicate : où se situe la frontière entre prévention et respect de la vie privée ?

« C’est extrêmement difficile, reconnaît Annelies Pauwels. Les signaux repérés en ligne doivent toujours être confrontés à d’autres informations. Il serait dangereux de tirer des conclusions sur cette seule base. » Elle cite l’exemple de Pepe the Frog, une figure de mème récupérée par certains mouvements d’extrême droite. « Si un enseignant aperçoit ce symbole sur une trousse, cela ne signifie pas automatiquement que l’élève est radicalisé. Il faut replacer cet élément dans son contexte. Son comportement a-t-il changé ? Tient-il des propos hostiles ? » La même prudence s’impose pour les signes religieux. « Le simple fait qu’une personne commence soudainement à porter le voile ne constitue évidemment pas, à lui seul, un indice de radicalisation. »

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Une autre difficulté réside dans le fait que nombre de ces phénomènes se développent au sein de groupes privés ou fermés. La police locale ne peut généralement y accéder que lorsqu’une enquête judiciaire est ouverte et qu’un juge d’instruction en donne l’autorisation. « Bien souvent, ces phénomènes ne deviennent visibles dans le monde réel qu’une fois que la situation s’est déjà fortement dégradée », observe Annelies Pauwels.

Réalisée à la demande de la ministre flamande Hilde Crevits (CD&V), l’étude recommande de renforcer nettement la présence numérique des professionnels locaux. Elle évoque notamment la création d’agents de quartier numériques, d’éducateurs spécialisés en ligne ou encore d’éducateurs de rue actifs dans les espaces numériques fréquentés par les jeunes.

« Il faut toutefois veiller à être transparent sur son identité. Il n’est pas question que les travailleurs sociaux ou les éducateurs créent de faux profils. En revanche, il existe de nombreuses possibilités : engager le dialogue, apporter de la nuance ou tenter de reconnecter les jeunes aux activités organisées dans le monde réel. »

L’Institut flamand pour la paix plaide également pour que les formations destinées aux policiers, enseignants, éducateurs et travailleurs sociaux accordent davantage de place aux usages numériques des jeunes.

« Il ne s’agit pas de demander à tout le monde de travailler exclusivement en ligne, conclut Annelies Pauwels. Mais les organisations doivent se poser une question simple : si les jeunes vivent aujourd’hui aussi sur Internet, pouvons-nous vraiment nous permettre d’en être totalement absents ? »

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