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Canicules: les villes flamandes sommées de se végétaliser, mais sans les moyens nécessaires
06·08·26

Canicules: les villes flamandes sommées de se végétaliser, mais sans les moyens nécessaires

Temps de lecture : 7 minutes Crédit photo :

(c) Zach Rowlandson

Toujours plus intenses, les vagues de chaleur obligent la Flandre à désimperméabiliser les sols et à végétaliser ses villes. Une mission qui incombe avant tout aux pouvoirs locaux, qui doivent pourtant composer avec la diminution des budgets consacrés au climat, conséquence des importantes coupes décidées par le ministre flamand de l’Environnement, Jo Brouns (CD&V).

« C’est vraiment mieux ! » se réjouit Najib, habitant de la Vaderlandstraat, à Borgerhout. Dans sa rue, l’asphalte a été remplacé par des dalles engazonnées perméables à l’eau. Plusieurs places de stationnement ont également laissé place à des massifs où les fleurs prospèrent parmi les potirons, tandis que la ville a récemment planté huit arbres. « Les voisins passent beaucoup plus de temps dehors et les voitures roulent nettement moins vite. La rue est devenue bien plus agréable », raconte-t-il.

Quelques rues plus loin, la Schildstraat offre elle aussi un visage bien plus verdoyant que les artères résidentielles voisines. Geert, qui y habite, partage cet enthousiasme. « Avant, c’étaient les accélérations des voitures qui me réveillaient ; aujourd’hui, ce sont les cris des enfants qui jouent. » La Vaderlandstraat et la Schildstraat font partie de ces « rues-jardins », un projet de la ville d’Anvers destiné à créer des rues et des places plus agréables, offrant davantage de fraîcheur, de végétation et d’eau.

Ces aménagements ont-ils déjà permis de mieux supporter la vague de chaleur de la fin juin ? « Pas vraiment, reconnaît Geert. Mais les arbres sont encore jeunes. Dans quelques années, lorsque leur houppier sera bien développé, il fera sans aucun doute beaucoup plus frais ici. »

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Les communes en première ligne

Les épisodes de chaleur extrême de cet été montrent à quel point la désimperméabilisation des sols et la végétalisation des villes, comme dans ces rues-jardins, sont devenues essentielles pour nous protéger des effets du changement climatique. Le besoin de fraîcheur ne fera que croître au cours des prochaines décennies. Alors qu’un été moyen comptait jusqu’ici quatre jours de canicule, ce chiffre devrait atteindre onze jours dès 2030 et dix-neuf d’ici à 2050.

Les conséquences sont déjà bien visibles. Selon Sciensano, la vague de chaleur de la fin juin a entraîné une surmortalité inédite, avec 1 747 décès en plus de la normale. Les jeunes enfants et les personnes âgées sont dans ce cadre particulièrement exposés. Aujourd’hui déjà, près de 10 % d’entre eux subissent des températures excessives dans les crèches, les écoles, les hôpitaux ou les maisons de repos.

D’ici à 2050, cette proportion pourrait atteindre 80 %. Elle passera d’abord à 30 % en 2030 avant de grimper jusqu’à 80 % vingt ans plus tard. L’effet d’îlot de chaleur urbain, aujourd’hui essentiellement cantonné aux villes, devrait alors concerner une grande partie de la Flandre, où la chaleur persistera pendant plusieurs jours d’affilée.

« Pour limiter autant que possible les conséquences du changement climatique, il faut avant tout agir à la source en réduisant fortement les émissions de gaz à effet de serre, rappelle Wim Dries, bourgmestre de Genk et président de l’Association des villes et communes flamandes (VVSG). Mais même dans ce cas, nous devrons encore longtemps composer avec un climat profondément modifié. Il nous faut donc adapter notre cadre de vie. »

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Changer de paradigme

Selon Wim Dries, les pouvoirs locaux ont un rôle déterminant à jouer à cet égard. Ce sont eux qui gèrent une grande partie de l’espace public et qui décident de son aménagement. « Les communes sont aujourd’hui bien plus conscientes qu’autrefois de l’importance de préserver suffisamment de verdure et d’eau sur leur territoire, tout en limitant autant que possible les nouvelles surfaces imperméabilisées. »

C’est précisément cette prise de conscience qui a guidé le réaménagement de la Grand-Place de Genk, explique le bourgmestre. Encore a-t-il fallu rompre avec les habitudes. « Autrefois, nous concevions d’abord la place en fonction de ses usages : marché, fête foraine ou autres manifestations. Désormais, nous partons d’un projet végétalisé, puis nous cherchons comment y intégrer, par exemple, le marché. Il faut parfois inverser complètement sa manière de penser si l’on veut avancer. Aujourd’hui, tout le monde est fan de notre forêt urbaine. »

Le rôle des pouvoirs locaux ne se limite toutefois pas à désimperméabiliser et végétaliser l’espace public. « La majeure partie des surfaces imperméabilisées se trouve sur des terrains privés, souligne Thomas Machiels, chercheur senior en urbanisme et aménagement du territoire à l’Université d’Anvers. Les communes peuvent certes imposer des restrictions via les permis d’urbanisme, mais ces règles sont loin d’être toujours respectées.

« Les surfaces imperméabilisées illégales sont nombreuses, et les contrôles pratiquement inexistants », constate-t-il. La ville de Genk fait figure d’exception. Elle compte parmi les rares communes à lutter activement contre l’imperméabilisation excessive des terrains privés.

« C’est vrai, nous sommes particulièrement stricts sur ce point, confirme Wim Dries. Mais si nous voulons adapter notre cadre de vie au changement climatique, les pouvoirs publics ne pourront pas tout faire seuls. Les citoyens et les entreprises ont eux aussi une responsabilité, à travers la manière dont ils aménagent leur jardin ou leur terrain. En tant qu’autorités locales, nous devons continuer à les sensibiliser à cet enjeu. »

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D’importantes coupes budgétaires en Flandre

Malgré ces projets exemplaires menés à Genk et à Anvers, la désimperméabilisation et la végétalisation de l’espace public progressent encore trop lentement. Les forêts urbaines et les rues-jardins restent l’exception plutôt que la règle. Qu’est-ce qui empêche les communes d’aller plus loin ?

La réponse tient en un mot : l’argent, cingle Thomas Machiels. Les décisions prises aux niveaux flamand et fédéral transfèrent de plus en plus de charges financières vers les communes. « Les collectivités locales qui souhaitent préserver leurs espaces ouverts dans le cadre de la stratégie flamande de réduction de l’artificialisation des sols doivent verser des compensations importantes, ce qui représente un coût considérable », explique-t-il.

« À cela s’ajoute la récente limitation de la durée des allocations de chômage, qui pousse davantage de personnes à solliciter l’aide des CPAS, alourdissant encore les dépenses communales. » Or les projets de désimperméabilisation et de végétalisation ne représentent qu’une partie des nombreuses missions des communes. Dans un budget communal, ils sont en concurrence avec d’autres priorités, souvent plus visibles politiquement, comme la construction d’une nouvelle école.

« Les autorités affichent certes de grandes ambitions », observe Thomas Machiels, « mais sans financements suffisants, ces belles intentions risquent de rester lettre morte. » Des subsides supplémentaires accordés par les autorités supérieures pourraient permettre d’accélérer ces projets. Mais ces budgets restent limités et, surtout, ils diminuent depuis plusieurs années.

À Genk aussi, cette évolution se fait sentir. « Après la pandémie de Covid, l’Union européenne avait débloqué des fonds de relance, se souvient Wim Dries. Ils ont transité par la Région flamande avant d’être redistribués aux communes. Une partie de ces moyens était destinée à la transition climatique, si bien que beaucoup de villes en ont profité pour désimperméabiliser des espaces publics et planter des arbres. Mais ce programme a pris fin en 2025, et la Flandre ne l’a jamais remplacé. »

Les financements régionaux proprement dits ont eux aussi subi d’importantes coupes. Fin 2024, le ministre flamand de l’Environnement, Jo Brouns (CD&V), a réduit de moitié le budget du Fonds local pour la stratégie de réduction de l’artificialisation des sols, destiné à aider les communes à préserver leurs espaces verts.

Le budget « Blue Deal », le programme flamand de lutte contre la sécheresse et les inondations, qui mise largement sur la désimperméabilisation des sols, a lui aussi été fortement réduit sous son mandat.

En 2023, la ministre flamande de l’Environnement de l’époque, Zuhal Demir (N-VA), avait lancé un Plan flamand d’adaptation au changement climatique, destiné à préparer la Région aux conséquences du réchauffement, à court comme à long terme. Ce plan prévoyait des mesures pour faire face aux épisodes de chaleur extrême, aux inondations, aux sécheresses, aux pénuries d’eau et à la montée du niveau de la mer. En 2023 et 2024, près de 200 millions d’euros y avaient été consacrés.

« Aujourd’hui, ces financements ont disparu », regrette Wim Dries. Là encore, ce changement de cap est intervenu sous Jo Brouns. Il a déjà suscité de vives critiques, notamment de la députée flamande Mieke Schauvliege (Groen), qui affirmait fin juin que « 212 millions d’euros de moins avaient été consacrés à l’adaptation au changement climatique en 2025 que l’année précédente ». « Une grande partie des moyens destinés à la désimperméabilisation et à la végétalisation a tout simplement disparu », résume Wim Dries.

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Trouver d’autres sources de financement

Pour Thomas Machiels, la diminution des financements montre que l’adaptation au changement climatique ne figure pas, à l’heure actuelle, parmi les grandes priorités politiques. « On le voit clairement avec l’actuel gouvernement flamand. Les ambitions ne manquent pas, mais sans budgets suffisants, elles risquent fort de rester lettre morte. »

Le manque de moyens publics ne condamne toutefois pas nécessairement les ambitions en matière de désimperméabilisation et de végétalisation. C’est ce qui ressort des recherches menées par Thomas Machiels et ses collègues des universités d’Anvers et de Hasselt. « L’avantage de la politique communale, c’est que les collectivités locales disposent d’une autonomie fiscale relativement importante », explique-t-il. « Elles pourraient par exemple imposer aux promoteurs de grands projets immobiliers des charges d’urbanisme destinées à alimenter un fonds vert. Celui-ci servirait ensuite à financer, ailleurs dans la commune, des espaces verts publics contribuant à rafraîchir la ville. » Une telle mesure rappelle la taxe sur l’imperméabilisation récemment proposée par Groen.

Une autre piste consisterait à instaurer une prime à l’infiltration des eaux. « L’idée serait de récompenser les particuliers ou les entreprises qui désimperméabilisent leur terrain, par exemple au moyen d’une réduction de leur facture d’eau. L’association professionnelle Vlario défend cette solution depuis des années. »

Pour l’heure, la plupart des communes flamandes n’ont toutefois pas recours à ces solutions alternatives, observe Thomas Machiels. À l’échelle de la Région flamande, le ministre de l’Environnement a annoncé une « refonte de la stratégie d’adaptation au changement climatique ». Il prépare actuellement un nouveau plan d’adaptation qui, expliquait-il en octobre dernier devant le Parlement flamand, « aura une tout autre nature ».

Pourtant, le plan élaboré par sa prédécesseure Zuhal Demir ne date que de trois ans. Dans la préface de ce document, celle-ci affichait encore de grandes ambitions : « Grâce à ce vaste plan flamand d’adaptation au changement climatique, la Flandre franchit un nouveau cap dans sa politique d’adaptation. Ce plan n’est pas destiné à rejoindre la pile des dossiers qui prend la poussière : il doit déboucher sur des réalisations concrètes, dans l’intérêt de chaque Flamand. »

De ces ambitions, il ne semble aujourd’hui rester que peu de chose. Le plan sur lequel travaille Jo Brouns « sera un document concis et stratégique, porteur d’une vision forte, qui s’inscrira dans les différentes politiques menées par le gouvernement flamand », a-t-il expliqué.

Le ministre semble ainsi adopter une approche exactement inverse de celle de sa prédécesseure. « Plutôt que de rassembler les mesures d’adaptation dans un plan distinct, je préfère les intégrer directement aux politiques sectorielles déjà en cours. De cette manière, la responsabilité est confiée d’emblée aux domaines de compétence concernés. »

Reste à savoir de quels domaines il s’agit précisément, au-delà de ses propres compétences en matière d’environnement et d’agriculture ; quels engagements seront réellement attendus de chacun d’eux ; et surtout quels moyens financiers accompagneront ces ambitions.

Pour l’heure, toutes ces questions demeurent sans réponse.

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