Radicalisation : les juges francophones « créent un sentiment d’impunité »

6 janvier 2017 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 2 minutes

Hans Bonte (sp.a) estime, à l’instar de Bart De Wever et de Theo Francken, qu’une partie de la magistrature est déconnectée de la réalité. Pourtant, le mois dernier, son parti s’était ému des déclarations de la N-VA en ce sens.

« Je vous mets au défi de me citer un seul terroriste qui n’était pas connu de la justice avant de commettre un attentat. » Hans Bonte, le bourgmestre de Vilvorde, assure que très peu seraient capables de lui donner une réponse. « Ils sont tous connus, généralement depuis qu’ils sont très jeunes, à savoir vers 11, 12 ans. Ils commencent par du trafic de stupéfiants et des vols, puis s’engagent dans le crime organisé, voire le banditisme. Et finalement, ils se radicalisent. Mais le vrai souci, c’est qu’on ne remédie jamais à ces problèmes, alors que tous les voyants sont au rouge. Et aujourd’hui, rien ne change. »

Faut-il, dès lors, sanctionner plus sévèrement ces jeunes délinquants ? Hans Bonte n’est pas de cet avis. Par contre, il recommande de leur accorder toute l’attention nécessaire. « Malheureusement, force m’est de constater que les services d’aide à la jeunesse et les juges de la jeunesse négligent les risques inhérents aux groupes de jeunes fragilisés issus de familles d’immigrés qui vivent souvent dans des conditions précaires. »

Les juges francophones dans le viseur

Le bourgmestre de Vilvorde illustre son propos par l’histoire d’un jeune adolescent de sa commune, dont le grand frère est renseigné comme combattant étranger sur les fiches de l’OCAM, et qui a arboré un drapeau du groupe État islamique en classe. « Ce garçon s’est radicalisé sous nos yeux. Il a arrêté l’école, il a commencé à dealer de la drogue, puis il s’est mis à voler, etc. Tous les signaux étaient présents. Mais le juge de la jeunesse n’a pas bougé. Plutôt que d’offrir un accompagnement au jeune, de l’inscrire dans un projet de déradicalisation et de le suivre de près, le juge a préféré fermer les yeux sur le processus de radicalisation. Et ce n’est pas un cas isolé. Souvent, ce sont les juges francophones des tribunaux bruxellois qui procèdent de la sorte. Ce n’est un secret pour personne : avec eux, la procédure dure plus longtemps et les jeunes ont plus de chances de s’en sortir indemnes. Ce faisant, ils créent délibérément un sentiment d’impunité. Et ça me choque. Ces juges-là sont, à mes yeux, déconnectés de la réalité. »

Ce qui étonne dans le discours de Bonte, c’est que cette même expression, « déconnecté de la réalité » (« wereldvreemd » en néerlandais), avait été utilisée par la N-VA pour désigner (une partie de) la magistrature dans le cadre de ce qu’on appelle désormais l’Affaire des visas. La déclaration avait alors valu au parti nationaliste une volée de bois vert, entre autres de la part du sp.a. En effet, le président socialiste John Crombez avait qualifié ces propos de « préoccupants », tandis que la députée Monica De Coninck parlait d’un « manque de respect envers le pouvoir judiciaire. »

Bonte et De Wever, même combat ? « Dans la lutte contre la radicalisation, très certainement. Mais en ce qui concerne les propos de la N-VA dans l’Affaire des visas, je trouve leur accusation déplacée. Leur but dans cette affaire n’est autre que de se définir sur la scène politique. Bien sûr, certains me reprocheront exactement la même chose, mais ce que j’essaie de faire, c’est de pointer du doigt un problème dans le but d’aboutir à une solution. »

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Radicalisation : Hans Bonte et les juges francophones

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De Standaard

Tiré à environ 100.000 exemplaires, De Standaard était à l’origine un quotidien conservateur. Quotidien généraliste de référence, il est édité par Mediahuis.

Traducteur : Fabrice Claes
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Date de publication : 04/01/2017
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