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Même l’enseignement divise le nord et le sud du pays

Image par cherylt23 de Pixabay

24 avril 2020

Même l’enseignement divise le nord et le sud du pays

L’éventuelle réouverture des écoles après le 3 mai sera annoncée au plus tôt ce vendredi, lors du Conseil national de sécurité. D’après les conclusions des concertations menées entre les acteurs de l’enseignement francophone (pouvoirs organisateurs, syndicats, associations de parents et ministres) et des membres du GEES, le groupe d’experts en charge de la stratégie de sortie du confinement, il ne sera nullement question d’un retour massif dans les classes.

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L’objectif est d’organiser une reprise de l’enseignement en présentiel la plus cohérente possible. Mais des divergences entre le nord et le sud du pays voient déjà le jour. En effet, alors que les élèves flamands se familiarisent avec le preteaching et que la plate-forme Smartschool bat son plein, les enseignants de la partie francophone du pays ne peuvent pas proposer de nouvelle matière.

Des révisions uniquement

La première semaine du mois de mars, la ministre Caroline Désir (PS) en charge de l’Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles mettait déjà au point une feuille de route avec plusieurs scénarios « si/alors » envisageant la question sous cet angle. Si les écoles devaient rester portes closes au-delà du 19 avril – ce qui est effectivement le cas –, les enseignants pourraient uniquement faire des révisions avec leurs élèves. Si la fermeture devait se prolonger après le 30 avril – ce qui sera bientôt un fait –, des nouvelles matières pourraient alors être dispensées aux élèves des cinquième, sixième et septième années de l’enseignement secondaire. Les révisions seraient maintenues pour les autres élèves.

L’enseignement de nouvelles matières n’est prévu qu’à la réouverture des écoles. D’après un sondage réalisé auprès des associations de parents, il apparaît toutefois que toutes les écoles ne respectent pas cette consigne.

La décision francophone de proscrire toute nouvelle matière est liée à la réalité sociale en Wallonie et à Bruxelles. Une réalité partagée également au nord du pays. L’échevine de l’enseignement anversoise Jinnih Beels (SP.A) dresse en effet un triste constat : à ce jour, un contact n’a pas encore pu être établi avec 20 à 30 % des élèves des écoles primaires de sa ville (voir l’édition du 18 avril du journal De Standaard). Beaucoup d’enfants sont donc déscolarisés. « Cette décision de ne pas enseigner de nouvelle matière a été prise pour maintenir l’égalité des chances entre tous les enfants, a déclaré Jean-François Mahieu, le porte-parole de Caroline Désir. Il y a des familles qui ne possèdent pas d’ordinateur ou d’imprimante, où les parents ne peuvent pas aider leurs enfants, où il y a des tensions, des problèmes d’apprentissage, etc. Nous ne voulons pas creuser davantage le fossé entre ces enfants et les autres. »

Les examens de la fin de l’année scolaire ont d’ores et déjà été supprimés. Les conseils de classe seront chargés d’évaluer les élèves. Pour Caroline Désir, si les écoles peuvent rouvrir partiellement après le 3 mai, du temps pourra ainsi être consacré à l’apprentissage de nouvelles matières. « Il ne s’agit en fin de compte que de quelques semaines, pas de six mois, confie Jean-François Mahieu. Dans les années 90, les grèves ont duré trois mois et à l’époque, il n’y avait pas Internet ! »

Risque de décrochage

Ces problèmes scolaires sont également abordés dans un rapport volumineux de plus de 120 spécialistes en sciences humaines remis la semaine dernière aux experts du GEES (voir l’édition du 18 avril du journal De Standaard). Des universitaires de l’UCL soutiennent que l’enseignement de nouvelles matières renforcera les inégalités et craignent même que des élèves décrochent.

Les mesures préconisées sont radicales. Compte tenu de la difficulté de s’organiser sur la base de décisions prises par le conseil national de sécurité pour deux semaines seulement, ils proposent de maintenir les écoles fermées jusqu’au 30 juin. Tous les élèves seraient donc automatiquement admis dans l’année supérieure. Une année supérieure qui serait, affirment-ils, bien nécessaire pour combler le retard accumulé.

Dilemme autour des examens

Autre son de cloche côté flamand. Si aucune décision n’a encore été prise pour les examens, le ministre flamand de l’Enseignement Ben Weyts (N-VA) veut donner la priorité à l’apprentissage par rapport aux évaluations. Il faut ensuite pouvoir évaluer les élèves de manière équitable, précise Michael Devoldere, le porte-parole de Ben Weyts. « S’il n’y aura pas de période d’examen ‘classique’ cette année, une évaluation est toutefois nécessaire selon nous pour continuer à stimuler les élèves. Ils auront ainsi l’opportunité de combler des lacunes. Et nous pourrons repérer et accompagner les élèves présentant un retard. »

La nouvelle matière reste le point de discorde entre le nord et le sud du pays. Côté francophone, elle est considérée comme un facteur de décrochage. Ben Weyts, pour sa part, craint que le décrochage soit justement provoqué par l’absence de nouvelle matière. « Si l’on veut que nos élèves restent motivés, il faut pouvoir intégrer de la nouvelle matière, a-t-il affirmé ce week-end. Sinon, ils finiront par s’endormir sur leurs lauriers ».

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