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Le retour prévisible du front flamand
23 avril 2020

Le retour prévisible du front flamand

Temps de lecture: 4 minutes

Tout finit par revenir, et donc la volonté de Bart De Wever (N-VA) de former un front flamand aussi. Voilà qui démontre la nécessité de reprendre à zéro la formation du gouvernement.

Soyons réalistes : quand des responsables politiques arrivent dans les studios de radio le matin, ce n’est jamais par hasard. Surtout pas quand le politique en question s’appelle Bart De Wever. Leur présence matinale sur les ondes annonce un message qu’ils entendent bien délivrer le plus tôt possible. Le message de De Wever, hier matin sur Radio 1, consistait en un nouvel appel à former un front flamand dans le cadre des négociations de formation du gouvernement fédéral. « Je m’adresse à mes collègues flamands. Que voulons-nous ? Asséner un coup de grâce à l’économie flamande, ou bien l’aider à redresser la pente ? »

Jusqu’en septembre

Ce faisant, De Wever tente d’anticiper la suite des événements. Petit à petit, alors qu’on se rend compte que le gouvernement de plein exercice de Sophie Wilmès (MR) ne tiendra que jusqu’en juin, on se demande ce qui se passera par la suite. En principe, ce qui restera de ce gouvernement de plein exercice, à savoir un exécutif à part entière quoique minoritaire, restera au pouvoir au moins jusqu’en septembre, mois au cours duquel est prévu un vote de confiance au parlement fédéral. En pratique, cette confiance semble impossible à obtenir, vu que les trois partis qui restent au gouvernement, c’est-à-dire le MR, l’Open Vld et le CD&V, ne représentent qu’un petit quart de la population.

Il est possible que ce gouvernement minoritaire reçoive le soutien des socialistes et des verts des deux côtés de la frontière afin de former une majorité. Dans ce cas, nous serions dirigés par une coalition Vivaldi où pèseront surtout les francophones du PS et d’Ecolo. Du côté flamand, par contre, cette coalition ne représenterait pas la majorité des voix exprimées, ce qui pose, pour De Wever, un problème insurmontable. Cependant, il avertit : « Si nous montons dans un gouvernement avec le PS et Ecolo, la Flandre peut dire adieu à la prospérité. » C’est devenu en quelque sorte sa punchline favorite depuis des mois.

« Avec le PS et Ecolo, la Flandre peut dire adieu à la prospérité. « 

Le déclenchement, par le coronavirus, d’un choc économique d’une ampleur inédite, que le FMI considère comme la plus grave récession depuis la Grande dépression des années trente, se présente, aux yeux de De Wever, comme une raison de plus de jeter aux oubliettes une bonne fois pour toutes l’idée de la coalition Vivaldi. « Les décisions que nous prendrons dans les prochaines semaines seront déterminantes pour notre prospérité dans les dix prochaines années. Le moment est venu, pour tous les politiques flamands de bonne volonté, de se donner la main », estime le bourgmestre d’Anvers.

Nous savons donc désormais à quel point la N-VA souhaite refaire partie d’un gouvernement fédéral. Il faut dire que le parti frissonne à l’idée de passer de nouvelles années sur les bancs de l’opposition à côté d’un Vlaams Belang qui a le vent en poupe. D’autant plus maintenant, avec la crise du coronavirus. « J’aurais bien aimé gérer cette crise, car dans cette situation, au moins, on démontre plus facilement qu’on mérite son salaire », avait affirmé De Wever dans le magazine Humo à la fin du mois de mars, après avoir manqué in extremis de former un gouvernement d’urgence d’un an avec les socialistes et les libéraux. « J’aurais aimé faire partie du gouvernement, mais dans la vie, on n’a pas toujours ce qu’on veut », déclarait il y a une semaine Theo Francken dans Het Laatste Nieuws.

Cet énième appel de la N-VA à former un front flamand et à forcer les partis francophones à impliquer les nationalistes dans les négociations n’a donc rien de surprenant. Par ailleurs, De Wever ne dispose d’aucun autre levier d’action tant que son collègue président du PS, Paul Magnette, continuera à dire non aux nationalistes flamands.

Qui veut être le marchepied de la N-VA ?

L’Open Vld et le CD&V, partenaires de coalition de la N-VA en Flandre, ne se laissent pour l’instant pas entraîner par les nationalistes. Les libéraux se méfient encore du rapprochement opéré entre la N-VA, le CD&V et le sp.a. En effet, au cours des discussions sur la formation d’un gouvernement d’urgence en mars, les présidents des trois partis – Bart De Wever, Joachim Coens (CD&V) et Conner Rousseau (sp.a) – se sont apparemment bien entendus. Les libéraux craignent donc de voir ce « trio bourguignon » s’accrocher au niveau fédéral sans eux. « De quel front flamand parle De Wever ? Des partis du gouvernement flamand, de tous les partis flamands, ou bien du sp.a, du CD&V et de la N-VA ? »

Le CD&V, pour sa part, campe sur sa position : il faut un gouvernement fédéral rassemblant les plus grands partis de chaque côté de la frontière linguistique, à savoir la N-VA et le PS. Une coalition bourguignonne donc, qui constitue pour les chrétiens démocrates flamands la meilleure garantie d’assurer une politique démocratiquement légitime en ces temps de crise. Cependant, il revient à ces deux partis de trouver un terrain d’entente, pendant que le CD&V attend.

Participation à un gouvernement assurée malgré une défaite historique aux élections pour le sp.a

Le sp.a, pour sa part, n’entend pas servir de marchepied à la N-VA. Les socialistes flamands se retrouvent dans une situation assez particulière, car leur participation à un gouvernement semble assurée malgré une défaite historique aux élections. Le jeune président du parti, Conner Rousseau, garde par conséquent un cap cohérent, basé sur le contenu des propositions. Si un parti veut travailler avec le sp.a, il devra s’engager à prendre un nombre important de mesures sociales. Pour les socialistes flamands, la formule précise importe peu. Ce qui pourrait bien jouer un rôle, par contre, c’est la possibilité de faire irruption dans le gouvernement flamand au cas où il ferait partie du gouvernement fédéral avec la N-VA. De ce fait, Rousseau n’aura pas à faire le grand écart entre l’opposition flamande d’une part, et une participation au gouvernement fédéral d’autre part.

Chez Groen, on estime qu’il est trop tôt encore pour toutes ces manœuvres politiques. Il faut avant tout que la crise du Covid-19 soit totalement sous contrôle. Ensuite, il faudra entamer des discussions « adultes et responsables » sur l’avenir du pays. Groen entrevoit trois possibilités : une coalition Vivaldi (socialistes, libéraux et verts), une coalition bourguignonne (socialistes, libéraux et N-VA) ou des élections anticipées. Mais force est de constater qu’à l’heure actuelle, les relations entre présidents de partis sont tellement mauvaises que ni la coalition Vivaldi, ni la coalition bourguignonne ne semblent viables. Autant dire que sans apaisement sérieux des relations cet été, il ne faudra pas s’étonner de retourner aux urnes en automne.

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