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L’enseignement flamand change ses objectifs, quels sont-ils?
21·09·22

L’enseignement flamand change ses objectifs, quels sont-ils?

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

Photo by Taylor Flowe on Unsplash

Maxime Kinique
Traducteur Maxime Kinique

Ne dites plus objectifs finaux (« eindtermen »), mais objectifs minimaux (« minimumdoelen »). « Avec ce changement de terminologie, nous encourageons les écoles à aller beaucoup plus loin », déclare le ministre flamand de l’Enseignement Ben Weyts.

Après la saga autour du recalage des objectifs finaux en juin, les prestataires de services éducatifs et le ministre flamand de l’Enseignement Ben Weyts (N-VA) ont présenté un nouveau plan. Objectif : déterminer rapidement et efficacement les savoirs minimums que doivent posséder les élèves.

1. Quelles sont les conséquences de ce plan pour les élèves et le corps professoral ?

Ce sont sans doute les enseignant·es et les élèves ne relevant pas de l’enseignement secondaire général (ESG) qui pousseront le plus grand soupir de soulagement.

Car du côté des écoles d’enseignement général, technique et professionnel, les objectifs finaux ont fait l’objet de vives critiques. Leur principal grief avait trait au fait que des heures de travaux pratiques étaient sacrifiées au profit de la formation générale et qu’il n’était pas possible d’atteindre les objectifs d’apprentissage. En rendant les objectifs finaux beaucoup plus sobres, on libérera de nouveau du temps pour la pratique. En ne bétonnant plus les objectifs finaux comme auparavant, on donnera de nouveau de l’air aux enseignant·es et aux équipes pédagogiques.

« Au lieu de faire un peu de tout, le corps professoral pourra approfondir les matières enseignées », insiste Lieven Boeve, l’homme fort du réseau d’enseignement catholique en Flandre. Les élèves devraient eux aussi en profiter. « L’idée, c’est d’offrir un espace de remédiation aux élèves qui ont besoin d’un peu plus de temps et de pousser vers l’excellence celles et ceux qui ont davantage de potentiel », explique Boeve.

Pour une remise en question de la liberté d’enseignement

D’après Koen Pelleriaux de GO!, le réseau flamand d’enseignement communautaire, de nombreuses matières glisseront de la formation de base (pour tous les élèves) vers la formation spécifique ­(uniquement dans certaines filières). « Les élèves qui suivent une formation en sciences humaines ont-ils vraiment besoin d’un cours de géométrie dans l’espace ? N’est-il pas préférable d’augmenter plutôt leur nombre d’heures de statistiques ? Le même raisonnement s’applique aux courants littéraires enseignés dans le cadre du cours de français : les élèves qui font maths-sciences doivent-ils vraiment les connaître ? Ne vaut-il pas mieux réserver ce cours aux filières linguistiques ? »

2. En quoi l’approche a-t-elle changé ?

Pour la première fois, trois compétences sont clairement et explicitement mises en avant : les langues, les mathématiques et les sciences. « Ce sont les matières de base, celles qui permettent d’apprendre toutes les autres », estime Weyts. Par ailleurs, une commission faîtière sera mise sur pied. Celle-ci était jusque là absente. La commission doit garder une vue d’ensemble. Ce sont surtout les coupoles d’enseignement qui pèseront ici de tout leur poids puisqu’elles possèdent pratiquement tous les sièges et choisissent qui occupe les sièges restants.

Enfin, il y a la terminologie. La notion d’objectifs finaux passe à la trappe : désormais, on parlera d’objectifs minimaux. Le ton du ministre Weyts a lui aussi évolué. L’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle énonce clairement qu’il doit adapter sa communication. Son nouveau message : la liberté est importante et bénéfique pour la qualité de l’enseignement. Ce n’est plus le même son de cloche qu’auparavant.

3. En quoi la notion d’objectifs finaux posait-elle problème ?

Le terme « objectifs finaux » continuera d’apparaître dans les textes officiels, mais Weyts parlera désormais d’objectifs minimaux, insiste-t-il. « Le terme objectifs finaux est trompeur », indique-t-il. « Le contenu ne correspond pas à la boîte : on croirait atteindre une sorte de gare terminus, mais c’est le contraire, on est plutôt au début du voyage. » Autrefois, certaines personnes – des inspecteurs et inspectrices, notamment – interprétaient la notion d’objectifs finaux comme une limite supérieure à ne pas franchir et les écoles qui en faisaient trop se faisaient rappeler à l’ordre. « Aujourd’hui, avec la notion d’objectifs minimaux, les choses sont plus claires : nous voulons encourager les écoles à aller beaucoup plus loin. »

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4. Que va-t-il se passer dans les prochains mois ?

Chez les acteurs de l’enseignement, l’heure est à l’optimisme et à l’ambition. Les nouveaux objectifs devront être déployés d’ici le 1er septembre 2023. Cela doit donner de la sécurité aux enseignant·es et aux élèves qui entreront en cinquième secondaire. Sans accord, ceux-ci auraient encore été soumis aux objectifs finaux recalés par la Cour constitutionnelle. « Le timing est serré, mais offrir de la stabilité est une priorité », insiste Griet Mathieu (enseignement provincial). Les objectifs minimaux devront être définis pour le mois de mars, puis ils seront soumis à l’approbation du Parlement flamand.

S’ensuivront plusieurs mois où le débat disparaîtra en coulisses. La commission faîtière procédera à une analyse critique de l’ensemble actuel d’objectifs finaux et leur appliquera une solide cure de sobriété à travers une proposition qui sera ensuite soumise aux commissions de développement qui avaient établi les objectifs finaux à l’époque. Dans ces commissions siègent aussi bien des experts scientifiques que des enseignant·es représentant l’autorité publique et des membres des coupoles.

5. La fin de la saga est-elle en vue ?

Toutes les parties concernées se disent optimistes et parlent d’ « une issue élégante ». Les mois suivants nous diront si le navire sera arrivé à bon port. « Nous disposons à présent d’une méthodologie, mais c’est à l’usage qu’on jugera les choses », estime Boeve.

Le monde enseignant espère non seulement que ces changements porteront leurs fruits, mais également que l’on gardera le cap. « À nos yeux, il est important d’également appliquer cette nouvelle approche dans le premier degré afin de conserver une cohérence en matière d’axes d’apprentissage dans le secondaire », déclare Walen­tina Cools de l’enseignement communal et communautaire. Après les deuxième et troisième degrés – qui sont visés par cet exercice – suivront le premier degré et l’enseignement fondamental. Mais le ministre Weyts ne veut pas donner de timing.

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