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Justice : la divine infaillibilité du magistrat

(cc) Pixabay

4 septembre 2020

Justice : la divine infaillibilité du magistrat

Temps de lecture: 2 minutes

La Justice belge est en butte à de nombreuses critiques. Pour sa mauvaise gestion de l’affaire Chovanec à Charleroi, bien sûr, mais aussi pour les erreurs dont l’enchaînement a mené au meurtre de Julie Van Espen, ce drame qui résonne encore douloureusement dans les mémoires. À cela s’ajoute le dossier Reuzegom dont certains craignent, à tort ou à raison, qu’il débouche sur une justice de classe, marquée par des manœuvres sournoises orchestrées par des ténors du barreau (en réclamant de nouveaux devoirs d’enquête près de deux ans après les faits, par exemple).

C’est le moment que choisit l’hebdomadaire Knack pour publier des révélations effarantes. Ainsi, « certains magistrats exercent tellement d’activités accessoires que la qualité de leur travail en pâtit. » C’est Marc Sterkens, président de la Cour d’appel d’Anvers, qui assène cette affirmation. Il semblerait que 10 à 20 % des juges exercent à titre complémentaire des activités tantôt rémunérées, tantôt bénévoles : des mandats dans des conseils d’administration ou des postes d’enseignement. Bien sûr, certains des magistrats croulent sous un excès de dossiers. Mais d’autres, à en croire un juge parlant sous couvert d’anonymat, mèneraient une vie de rêve, n’hésitant pas à s’offrir à l’occasion un petit parcours de golf pendant les heures de travail, ou déployant dans leurs activités accessoires au moins autant d’énergie que dans leur fonction judiciaire.

Autant dire que l’argument du sous-effectif des tribunaux, pointé du doigt comme étant la cause de retards aussi nombreux qu’exaspérants, ne serait que partiellement exact. Pire : certains retards résulteraient justement du zèle qu’apporteraient ces magistrats à exercer leurs activités accessoires. C’est que dans ce monde, la transparence n’est pas véritablement de mise : personne ne sait avec précision qui fait exactement quoi.

Plusieurs projets de réforme de la magistrature — et surtout de réforme de sa culture, relativement archaïque — ont déjà été tentés. La plupart se sont fracassés sur la conviction, assez répandue parmi les magistrats, que nul n’aurait à se mêler de leur travail. Pour citer l’analyse au vinaigre du juge de paix honoraire Jan De Nolf, critique notoire du système judiciaire : « certains magistrats continuent de s’envelopper d’une aura d’infaillibilité quasi divine, rejetant comme sacrilège toute velléité de contrôle extérieur. »

Selon la chaîne VTM, la justice carolo ne trouverait ainsi rien à redire au fait que les images — choquantes — de la détention de Jozef Chovanec n’aient pas été communiquées aux plus hautes instances de la police. Celles-ci auraient été informées à suffisance par le communiqué de presse. Mais ce communiqué de presse est fondé sur une note émanant de la police, que tout le monde ou presque, et notamment l’ancien ministre des Affaires étrangères, estime fondamentalement incomplète. Or il se trouve que le parquet est tenu d’une obligation légale de notifier de tels faits aux supérieurs disciplinaires des personnes en cause. 

Non, vraiment, on peine à trouver dans leur argumentation la moindre trace d’infaillibilité divine.

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