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Le CD&V en pleine crise identitaire et existentielle

(cc) geralt via Pixabay

3 septembre 2020

Le CD&V en pleine crise identitaire et existentielle

Temps de lecture: 3 minutes
Ann De Boeck
Auteur
Anne Balbo
Traducteur Anne Balbo

L’hésitation du CD&V à rejoindre la coalition Vivaldi met au grand jour un dilemme fondamental. Quel parti le CD&V veut-il être en 2020 ? « C’est une opportunité de répondre à la demande de renouvellement de celui-ci ».

Les négociations pour la formation d’une coalition Vivaldi confrontent le CD&V à des questions existentielles

Le CD&V va-t-il intégrer un gouvernement fédéral violet-vert ? Après une nouvelle concertation entre le président Joachim Coens et le chargé de mission royal Egbert Lachaert (Open Vld), les chrétiens-démocrates n’ont toujours pas pris position. Ils ont besoin d’un certain nombre de garanties. « La balle est dans le camp d’Egbert Lachaert », dit-on au quartier général. S’il veut faire entrer le CD&V dans la coalition, il doit d’abord le convaincre. « Sinon, il peut toujours opter pour une solution sans les chrétiens-démocrates. »

Lors du bureau de parti de ce lundi, Koen Geens, figure de proue du CD&V au fédéral, a formulé quatre conditions importantes : une réforme communautaire dans le cadre de laquelle la compétence des soins de santé serait notamment déléguée aux régions. Le respect de la position du CD&V dans des dossiers éthiques. Un renforcement du pouvoir d’achat des Belges. Et la protection de la concertation interprofessionnelle.

Mais le choix est surtout existentiel. Le parti va-t-il se décider ou non à lâcher la N-VA ? « Depuis la formation de leur cartel il y a 16 ans, le CD&V et la N-VA sont liés par une certaine affinité. Ils sont tous deux conservateurs et ont une identité flamande. À cet égard, 70 % de leurs électeurs ont le même projet de société, confie l’expert en communication et observateur de la rue de la Loi Jan Callebaut. Ce lien n’est pas facile à défaire. »

Trouver ses marques

Mais ce n’est pas la seule inconnue pour la Vivaldi. Dans une telle coalition, le CD&V doit lâcher du lest sur le plan éthique et n’a pas la même vision que les partis violet-vert. Les socialistes et les libéraux sont opposés sur le plan socio-économique. Quelles orientations vont donc être dégagées ? Le CD&V pourra-t-il y trouver ses marques ? Autant d’interrogations auxquelles les chrétiens-démocrates sont confrontés à l’heure où les sondages les plébiscitent d’à peine 12 %.

Le poste de Premier ministre est tentant. Le CD&V pourrait alors se positionner comme un parti gouvernemental sérieux. Mais dans ce cas, il lui faut se doter d’une équipe cohérente sur le terrain. La Vivaldi compte pas moins de sept partis issus de quatre familles politiques. Côté francophone, Georges-Louis Bouchez (MR) et Paul Magnette (PS) se disputent le leadership. Autrement dit : si Koens Geens devient Premier ministre, le succès n’est pas garanti pour autant.

Au-delà de ces considérations, le CD&V est avant tout un parti en pleine reconstruction. Est-il d’abord un parti flamand, un parti de la famille, un parti social ou un parti conservateur ? Tant que les choses n’ont pas été clarifiées, impossible de savoir s’il peut construire sa nouvelle identité autour de la coalition Vivaldi.

Nouveau départ

La mission du président Joachim Coens est périlleuse. « C’est un nouveau départ pour la démocratie chrétienne », avait-il déclaré en décembre 2019 lors de son élection à la tête du parti. Le Ouest-flandrien avait damé le pion de justesse au jeune citadin Sammy Mahdi et promis de relayer les préoccupations de son électorat. « Nous allons mettre de nouvelles idées sur la table et attirer de nouveaux membres. » La voix des militants devait aussi peser plus lourdement sur les positions du parti.

Aujourd’hui, peu d’avancées ont toutefois été constatées. Certes, Joachim Coens a été nommé informateur après son élection et a donc eu peu de temps pour s’occuper de la refonte du parti. Certes, il n’est pas le véritable leader du parti. C’est en effet Hilde Crevits. Et tant que celle-ci ne donne pas son aval, il est difficile pour Joachim Coens de faire bouger les choses. « Mais cela peut être une opportunité de répondre à la demande de renouvellement du parti », confie Jan Callebaut.

Avec ou sans le CD&V, la formation d’un gouvernement violet-vert n’est toutefois pas encore sur les rails. Le Sp.a a adressé trois exigences à Egbert Lachaert. La première est une augmentation sans réserve de la pension minimale à 1 500 euros net, alors que les libéraux veulent d’abord examiner le contexte budgétaire. La deuxième est une norme de croissance de 2,5 % du budget des soins de santé tandis qu’Egbert Lachaert ne prévoyait que 1,5 %. Et la troisième est une taxe sur les comptes-titres ou une taxe sur le patrimoine.

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