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Photo par NeONBRAND via Unsplash

4 septembre 2018

L’enseignement flamand est-il réellement dans la tourmente ?

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Hier, plus d’un million d’enfants et d’adolescents ont fait leur rentrée en Flandre. Et c’est visiblement hier aussi qu’a été lancée la campagne pour les prochaines élections flamandes, avec une N-VA qui fait tout pour mettre l’enseignement au centre des débats. Les nationalistes flamands jouent depuis longtemps le rôle du maître d’école bien sévère, à l’ancienne. Dans chacune de leurs interviews, ils se plaisent à glisser le mot « zesjescultuur », c’est-à-dire la « culture du six » (sur dix). En effet, pour nos jeunes, le seul enjeu est visiblement d’éviter l’échec. Ils sont trop vite contents, se lamente sans cesse la N-VA.

Wouter Duyck, de l’Université de Gand, enfonce le même clou : « Nous avons le taux de motivation le plus bas d’Europe ». Même Dirk Van Damme, responsable de l’enseignement de l’OCDE, estime que la barre n’a pas été mise assez haut en 2005. Et il sait de quoi il parle, car il était à l’époque chef de cabinet du ministre de l’Enseignement Frank Vandenbroucke (sp.a). En ce temps-là, le spécialiste de l’enseignement de la N-VA était un certain Theo Francken, qui travaillait pour Geert Bourgeois (N-VA), déjà ministre à l’époque.

Ces 25 dernières années, tous les partis ont donc été aux commandes de l’enseignement, ou ont au moins eu l’occasion de marquer l’enseignement de leur sceau quand ils étaient dans la majorité. À la fin de la dernière législature, la N-VA a ainsi réussi à vider totalement de sa substance la réforme de l’enseignement de Pascal Smet (sp.a) et à en modifier radicalement la trajectoire quand Hilde Crevits (CD&V), l’actuelle ministre de l’Enseignement, a repris le dossier. Les cloisons entre l’enseignement général, le technique et le professionnel (que Pascal Smet entendait démolir, ndt) sont donc bel et bien restées, sauf décision contraire de la part des écoles. Les écoles peuvent donc faire tout ce qu’elles veulent, mais n’ont surtout pas la moindre obligation. De Wever a affirmé, dans son discours de Nouvel An, qu’il n’était pas question pour la N-VA d’accepter des options telles que mathématique-coiffure-mécanique-langues modernes-latin-ébénisterie, sous-entendant qu’il souhaitait que rien ne change.

Hilde Crevits a assuré, la semaine passée, qu’elle se voyait bien rempiler à l’Enseignement. Elle doit alors savoir que, dans ce cas, elle devra s’encombrer d’une belle-mère, la N-VA, qui aujourd’hui déjà s’immisce de plus en plus dans ses affaires. Mais ne soyons pas trop pessimistes non plus à l’égard de notre enseignement. Deux de nos universités, la KU Leuven et l’Université de Gand figurent régulièrement dans les classements des meilleures universités du monde, chose qui serait impossible si nos écoles secondaires ne formaient que des ignares. Dans le domaine des mathématiques, nos élèves de 15 ans ne se font dépasser que par les Asiatiques. Non, LE problème, c’est l’énorme fossé qui sépare les élèves doués des plus faibles. En termes d’inégalités, nous figurons aussi parmi les meilleurs du monde.

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