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Photo par Jannes Van den wouwer via Unsplash

5 septembre 2018

Mais qu’a donc sniffé le bourgmestre d’Anvers ?

Jan Segers
Auteur
Traducteur Sebastien Cano

Heureusement qu’il est connu pour son abstinence totale, sinon, on aurait pu se demander ce que Bart De Wever avait bien pu sniffer ou avaler lundi. À croire que le bourgmestre était sous speed, tellement il s’est déchaîné sans frein dans ses entretiens sur la cocaïne à Anvers ou l’enseignement en Flandre.

Les adversaires politiques qu’il n’a pas tournés en ridicule ou sur lesquels il n’a pas jeté la suspicion hier ont de quoi s’interroger sur leur importance. Ils ne comptent pas politiquement. Et encore… À Anvers, le bourgmestre méprise aussi bien les amis que les ennemis, les partenaires de coalition que l’opposition. Il n’y trouve pas d’opposant à sa taille. En Flandre, en revanche, il a du respect pour le talent politique de Hilde Crevits. C’est ainsi qu’il faut comprendre sa sortie contre la ministre flamande de l’Enseignement : qui aime bien châtie bien.

Nous ne sommes que le 4 septembre, mais on jurerait déjà être le 14 octobre. Si le coup d’envoi des élections communales n’avait pas encore été donné, Bart De Wever vient de s’en charger. Pas en lançant une timide balle de côté, mais en décochant une puissante frappe bien cadrée. But ou but contre son camp ? Le mois d’octobre le dira. Quoi qu’il en soit, la manière dont le bourgmestre s’est payé la tête de chacun de ses concurrents hier soir est sans précédent. À commencer par ceux qui devraient être ses partenaires et ses alliés au sein de la coalition anversoise actuelle ainsi que de celle des six années à venir : le CD&V et l’Open Vld. Par le passé, Bart De Wever avait déjà ridiculisé le vice-Premier ministre Kris Peeters en le qualifiant de responsable politique de passage, de transmigrant anversois. Il en a rajouté une couche hier en déclarant qu’il était déphasé et naïf, vu sa proximité avec la mafia de la Turnhoutsebaan. Une trêve, entre De Wever et Peeters ? Au contraire : une insatiable soif de sang. Quant à la tête de liste des libéraux à Anvers, le secrétaire d’État Philippe De Backer, Bart De Wever l’a à peine évoqué. Seuls les vrais boulangers peuvent retenir l’attention du bourgmestre, pas De Backer [bakker signifie « boulanger » en néerlandais, NdT]. C’est pourtant un homme raisonnable, mais en dépeignant un Bart De Wever inadapté émotionnellement, Philippe De Backer s’est tiré une balle dans le pied, se montrant lui-même inadapté, stratégiquement cette fois. De Wever, Peeters, De Backer : faut-il que ce soient ces dirigeants-là, ces partis-là qui dirigent Anvers entre 2019 et 2024 ? Ensemble ? Sans qu’il y ait de morts à l’hôtel de ville ?

Plus indigne encore : la manière dont Bart De Wever a associé hier l’opposition de gauche à l’influence grandissante de la mafia de la cocaïne. Le bourgmestre a ainsi affirmé qu’il ne pourrait mettre sa main au feu pour tous les conseillers communaux. A fortiori, a-t-il insinué, dans un district tel que Borgerhout, dirigé par un collège de verts, de socialistes et de communistes. Selon lui, ils ne sont qu’à un doigt de se rendre coupables de complicité avec les nouveaux barons de la drogue, voire de corruption. Reconnaissons qu’il faut être aveugle pour contester le bien-fondé de la démarche de Bart De Wever lorsqu’il met en garde contre l’influence du trafic de cocaïne à Anvers. Mais de là à jeter la suspicion sur des conseillers communaux élus, sans preuve et sans oser donner de noms ? C’est bas, monsieur le bourgmestre. Car qui est, chaque jour, à un doigt de se trouver en situation de conflit d’intérêts avec des promoteurs de projets et des géants de l’immobilier, fiables ou non ? Voilà la limite à ne pas franchir : le bénéfice du doute. Pour tous les dirigeants politiques, pas seulement le bourgmestre. Quant à prétendre que les responsables de la N-VA seraient immunisés contre les appâts de la cocaïne ? Ne tendez pas le bâton pour vous faire battre, monsieur le bourgmestre.

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