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3 septembre 2018

Des regrets, Dutroux ? Balivernes !

Caroline Van den Berghe a suivi les 4 mois du procès Dutroux en tant que journaliste judiciaire. C’est forte de cette expérience qu’elle a lu la lettre que l’avocat de Marc Dutroux a envoyée aux victimes de ce dernier.

La nouvelle avait été annoncée il y a quelques semaines déjà : Dutroux projetait d’écrire une lettre à ses victimes. Et de fait, cette lettre a atterri en fin de semaine dernière dans la boîte aux lettres de quelques membres de leur famille. Une lettre écrite au nom de Dutroux par son avocat, Bruno Dayez.

Des avocats, Marc Dutroux en a « consommé » un grand nombre après son arrestation, pendant l’instruction, durant la procédure de renvoi devant la cour d’assises et lors de son procès à proprement parler. À présent, il semble avoir trouvé avec Bruno Dayez un avocat décidé à tenter d’obtenir sa libération. Sa quoi ? Oui, oui, sa libération. La lettre rédigée par le conseil de Dutroux ne mentionne-t-elle pas qu’ « il a déjà purgé une très grande partie de sa peine, et ce, dans un strict isolement » ?   

De la compassion pour Dutroux ?

Si l’on n’y prenait garde, on éprouverait presque de la compassion pour l’homme. Celui-ci mise peut-être sur l’idée que le temps panse toutes les plaies, mais il ne faut pas oublier ce qu’il a fait et ce pour quoi il a été condamné en 2004 : enlèvements, prises d’otage, viols et meurtres, excusez du peu ! Julie, Mélissa, An et Eefje sont mortes dans la maison de l’horreur de Marc Dutroux. Sabine et Laetitia ont quant à elles eu plus de chance : après avoir été délivrées de l’enfer de la cave dans laquelle Dutroux les avait jetées, elles ont courageusement raconté leur calvaire lors du procès, mais n’ont pas davantage reçu de réponses à leurs questions que les parents des fillettes et des jeunes filles assassinées.

Dutroux n’a jamais plaidé coupable, ni encore moins exprimé de regrets. Son procès a duré 4 mois, mais la seule chose que ses victimes ont eu le droit d’entendre, c’est sa longue complainte sur fond de « Ce n’est pas moi, mais les autres ». Et aujourd’hui, 14 ans après le procès, son avocat soutient que la lumière a jailli dans son esprit et qu’il est prêt à répondre aux questions des victimes ? Mieux, même, qu’il souhaite exprimer des regrets car « même s’il nie avoir commis certains faits pour lesquels il a été condamné, il n’en demeure pas moins responsable de ces faits » ?  

Aucun sens de culpabilité

Des regrets, Dutroux ? C’est vraiment se moquer du monde ! Il ne faut pas se leurrer : il est encore et toujours dans le déni, s’il regrette quelque chose, c’est d’être enfermé depuis si longtemps derrière des barreaux et s’il a contacté les victimes par le biais de la lettre envoyée par son avocat, c’est uniquement parce qu’il pense que cela peut déboucher sur sa libération. D’après les experts qui l’ont examiné, Dutroux est un psychopathe de l’espèce la pire et la plus dangereuse, doublé d’un récidiviste, d’un manipulateur et d’un menteur patenté. Bref, le genre d’individu à ne jamais relâcher dans la nature !

Bien entendu, lui aussi a le droit d’être défendu et son avocat peut utiliser tous les moyens qu’il estime utiles pour défendre au mieux les intérêts de son client, comme écrire une lettre à ses victimes. Il est vrai, par ailleurs, que le système de la médiation en réparation que réclame l’avocat de Dutroux et qui consiste à mettre auteur et victime en relation l’un avec l’autre, peut être salutaire dans certaines affaires. Ce mécanisme ne peut toutefois fonctionner que s’il y a un sens de culpabilité plein et sincère, ce qui n’était et n’est toujours pas le cas chez Dutroux.

La défense de Dutroux a beau clamer qu’elle est animée des meilleures intentions du monde envers les victimes et qu’elle ne veut pas les blesser, le fait est que c’est juste l’inverse qu’elle obtient, la lettre de Dayez ayant surtout eu pour effet de raviver de vieilles blessures. Paul Marchal, le père d’An, a raison de se demander quand Dutroux arrêtera tout ce cirque…

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