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De jeunes Bruxellois causent des incidents : « Investissez dans une piscine plutôt que dans la police »
30·05·22

De jeunes Bruxellois causent des incidents : « Investissez dans une piscine plutôt que dans la police »

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

Photo by Tim Marshall on Unsplash

Un train, en provenance de la côte. Des jeunes bruxellois qui actionnent le frein d’urgence. Un bus de De Lijn, vandalisé à proximité du domaine de Blaarmeersen. À la demande de la société de transport, ses bus vont bénéficier d’une escorte de police. Par expérience, pourtant, on sait que la répression n’a guère d’effets durables. « C’est souvent l’ennui qui cause ces comportements. »

Une vitre de bus en morceaux ; des chauffeurs victimes d’intimidations ; et un train arrêté sans raison. Les premiers jours de chaleur de l’année n’auront pas été sans souci pour tout le monde. Le beau temps favorise les grands mouvements de voyageurs, et cela engendre systématiquement des difficultés.

La semaine dernière, sur la route qui mène à Blaarmeersen dans la région gantoise, la police a dû intervenir à plusieurs reprises lors d’incidents impliquant systématiquement de jeunes Bruxellois. Le comportement de quelques-uns vaut ainsi à tous les jeunes de la capitale d’être qualifiés de « têtes brûlées, de jeunes violents » – et c’est loin d’être la première fois.

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Depuis plusieurs années, des communes ont dû prendre des mesures en raison des bagarres régulièrement déclenchées dans des domaines récréatifs. À Hofstade, les autorités ont engagé du personnel de sécurité supplémentaire. À la gare de Gand Saint-Pierre, l’an dernier, la police a renvoyé chez eux de jeunes voyageurs qui n’avaient pas de billet en règle pour Blaarmeersen. Certains experts y ont vu une forme de discrimination, mais le nombre d’incidents a bien diminué.

Un jeu du chat et de la souris

Les domaines récréatifs se sont adaptés – sauf qu’entretemps, le problème s’est tout simplement déplacé. La police va désormais escorter les bus de la compagnie De Lijn. À la demande initiale formulée par la société de transports (à savoir la présence de policiers à bord de ses véhicules), la police a opposé une fin de non-recevoir, travaillant déjà à pleine capacité. Ce que l’on risque, en l’occurrence, c’est de voir les violences réapparaître ailleurs.

N’y a-t-il donc pas d’autre choix que la répression ? Pour Stefaan Kaberuka, coordinateur des Brusselse Jeugdhuizen (maisons des jeunes) à Bruxelles, toute solution à long terme devra nécessairement passer par une prise en compte des problèmes d’aménagement urbain dans la capitale.

Si les jeunes se déplacent dans les espaces verts d’autres provinces, c’est surtout faute d’en avoir dans leur propre environnement. Ainsi, Bruxelles ne compte qu’une seule piscine en plein air, et elle est difficile d’accès : elle n’est disponible que sur réservation et ne peut accueillir plus de trente visiteurs à la fois. Pour Stefaan Kaberuka, « les jeunes sont donc contraints de se déplacer vers d’autres endroits, où ils ne se sentent pas vraiment chez eux. Résultat : ils se comportent de manière moins responsable ».

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De nombreux experts pointent eux aussi du doigt le manque d’espaces publics dans la capitale. Mais cela n’arrange guère les élus d’autres villes. Si quelques jeunes Bruxellois vont systématiquement mettre bus et piscines sens dessus dessous, il incombe à ces élus de veiller à la quiétude de leurs administrés.

Selon Eric Corijn (VUB), spécialiste de géographie urbaine et philosophe de la culture, l’intervention massive de forces de police ne fait guère avancer les choses, et risque au contraire de faire naître chez les jeunes Bruxellois le sentiment d’être visés sans raison. « Or quand tu crois que la police est « contre » toi par définition, cela peut t’inciter à tester les forces de l’ordre et à te lancer dans un jeu du chat et de la souris. »

« On l’a bien vu pendant la pandémie : les gens détestent faire continuellement l’objet de contrôles. »

Et puis, de telles interventions ont également des répercussions sur l’ensemble de la population, sans que cela diminue pour autant un sentiment général d’insécurité. Ces jours-ci, par exemple, un groupe de Gantois manifestait contre la présence des hautes barrières installées depuis quelques années autour de Blaarmeersen. Initialement installées pour des raisons de respect des mesures anti-coronavirus, ces structures ont été laissées en place en comme mesure de prévention contre les bagarres. Résultat : le domaine ressemble davantage à un château fort qu’à un parc de loisirs.

« On l’a bien vu pendant la pandémie : les gens détestent faire continuellement l’objet de contrôles », déclare le criminologue Johan Deklerck (KU Leuven). « Nous ne pouvons pas nous contenter de combattre les symptômes ».

Dans la recherche d’une réaction appropriée, il n’est pas inutile de se souvenir des sensibles différences existant entre le Bruxellois moyen et le Flamand moyen sur le plan socio-économique. Selon les données de Statbel, quelque 34,9 % de la population de la capitale sont exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. D’après Johan Deklerck, les jeunes qui provoquent ces incidents sont souvent issus de milieux vulnérables.

En quête d’identité

Certains de ces adolescents dissocient leur quête d’identité des institutions telles que l’école ou le lieu de travail. Ils se sentent souvent hors circuit, et cela finit par influencer leur comportement.

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Toujours selon Johan Deklerck, il est essentiel de veiller à ce qu’ils se sentent plus impliqués dans notre société. Pour Stefaan Kaberuka, « ce qui cause ces comportements – outre le fait de ne pas se sentir chez soi – c’est souvent l’ennui ». Un vaste programme d’animations destinées à la jeunesse, laissant une large place au sport et au jeu, pourrait contribuer à résoudre le problème.

En attendant la mise en place d’une telle politique, Sofie De Kimpe, professeur de criminologie à la VUB, comprend que les villes choisissent de déployer des forces de police supplémentaires. Elle est cependant convaincue qu’au-delà de mesures répressives, il faut surtout songer à la prévention. « Si vous me laissez le choix entre investir dans l’appareil policier ou dans une piscine, c’est la piscine que je choisirai, sans hésiter. À long terme, ça résout bien plus de problèmes. »

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