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Dans les livres d’école, les enfants blancs habitent des villas quatre façades

(cc) KellyAlpert via Pixabay

23 décembre 2020

Dans les livres d’école, les enfants blancs habitent des villas quatre façades

Une étude démontre que la vision idéale du logement individuel s’impose dès l’école primaire. « Les conceptions de l’aménagement du territoire qui ressortent dans les manuels scolaires sont obsolètes. »

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« Alors que Flandre met tout en œuvre pour freiner les nouvelles constructions (le fameux « stop au béton »), tous les problèmes des manuels de mathématiques portent encore sur l’aire de terrains à bâtir. »

Les habitations représentées dans les manuels scolaires sont des maisons individuelles dans 52% des cas, tandis que cette proportion, en réalité, n’est que de 28%. C’est la principale conclusion qui ressort du mémoire de Lien De Saegher, ancienne étudiante en urbanisme et aménagement du territoire à la KU Leuven. « Une surreprésentation pernicieuse », selon cette dernière. La jeune diplômée a passé au crible quatorze méthodes d’apprentissage utilisées dans l’enseignement primaire et analysé la manière dont le logement en Flandre y est dépeint. « L’image véhiculée par ces livres d’école n’est pas réaliste par rapport aux perspectives d’avenir qui s’offrent aux écoliers », conclut-elle.

De nombreux clichés

Lien De Saegher s’est penchée sur des manuels destinés à toutes sortes de cours, de l’étude du milieu aux mathématiques, en passant par la religion. « J’y ai constaté de nombreux clichés ainsi que des références désuètes », affirme-t-elle. On dirait que les enfants, dès leur plus jeune âge, ont déjà une brique dans le ventre. « À notre époque, l’environnement prend une place grandissante dans les consciences. La bétonisation prendra fin en 2030. Pourtant, dans la plupart des problèmes mathématiques, il est encore et toujours question d’acheter un terrain à bâtir. Les vieilles bâtisses et autres maisons en rangées ne semblent guère exister dans les exercices de maths.

À titre d’illustration, voici une phrase tirée du manuel Taalkanjers 5 (méthode d’apprentissage de la langue et de l’orthographe, ndlr) : « D’une petite voix ravie, Karinus a expliqué avoir déménagé dans ce merveilleux village parce que la pollution, en ville, était devenue insupportable (sic) à ses yeux et ceux de toute sa famille. » Lien De Saegher y voit là des propos péjoratifs et stigmatisants. « La ville est trop souvent associée à l’insécurité et à la pollution – lumineuse et atmosphérique. Pas un endroit, pour faire court, où il fait bon grandir. Alors qu’à l’heure actuelle, les villes fournissent justement quantités d’efforts pour rendre le cadre urbain plus vert et plus agréable à vivre.

Des classes aisées blanches

Autre constat frappant : les personnes issues de l’immigration sont plus souvent représentées en ville et en appartement. Reste à savoir si cette image relève du stéréotype ou si elle s’avère bel et bien réaliste. « Sans doute correspond-elle encore, en grande partie, à la réalité », indique Lien De Saegher, « mais étant donné que les méthodes d’apprentissage traitent les gens vivant dans des appartements en ville avec un certaine condescendance, c’est également cette attitude qui prévaut à l’égard des personnes issues de l’immigration. Il semblerait ainsi que la campagne soit la chasse gardée des classes aisées blanches. C’est du moins ce que les enfants ressentent. »

Jour un rôle sociétal

Lien De Saegher parle en connaissance de cause, pour avoir donné cours d’aménagement du territoire dans deux classes différentes. « Les professeurs abordent trop peu souvent le sujet mais les élèves, eux, réfléchissent bel et bien à la question de leur futur logement. Les enseignants ne se rendent peut-être pas compte qu’il serait judicieux de la soulever et qu’ils peuvent d’ailleurs jouer un rôle sociétal dans ce débat. Je suis néanmoins bien consciente du peu de temps qu’il leur reste pour intégrer un cours d’éducation territoriale à leur programme, raison pour laquelle il est d’autant plus important que les manuels scolaires reflètent une image réaliste du logement en Flandre. »

Pour son mémoire de master, Lien De Saegher a remporté le Klasseprijs, prix décerné par la Vlaamse Scriptieprijs pour récompenser un travail académique d’intérêt particulier dans le domaine de l’enseignement. Cette récompense lui a valu un chèque voyage d’une valeur de 1.000 euros.

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