Dans sa chronique Hallo Vlaanderen, publiée une fois par semaine dans Het Belang van Limburg, le journaliste francophone Christophe Deborsu aborde les grandes tensions et les petits remous de la vie politique au sud du pays.
La grève dans l’enseignement francophone dure depuis une semaine et se poursuivra jusqu’au 10 juillet. Les examens de fin d’année ? « On verra. » Les enseignants sont furieux. C’est aussi le cas des Flamands – je sais – qui devront travailler plus longtemps pour toucher au final une pension moindre. Mais le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne s’arrête pas là. Les enseignants des trois dernières années du secondaire devront désormais assurer deux heures de cours supplémentaires par semaine : 22 heures au lieu des 20 heures qui demeurent pour le moment la norme en Flandre. Les fournitures scolaires gratuites le seront un peu moins. Même chose pour les repas chauds destinés aux enfants défavorisés.
Lutter contre les inégalités sociales à l’école : mode d’emploi
Pas de quoi en faire un drame, pensez-vous sans doute. Valérie Glatigny, la ministre de l’Enseignement, promet d’ailleurs qu’aucun emploi ne sera supprimé. « Un enseignant sur cinq est aujourd’hui payé avec de l’argent que nous empruntons », justifie cette dernière. « Nous devons donc réagir, au risque de léguer un cadeau empoisonné aux générations futures qui nous reprocheraient alors de n’avoir rien fait. »
Roland Lahaye, combatif dirigeant du syndicat chrétien CSC-Enseignement, lui a immédiatement renvoyé la balle : « Si un ministre sur cinq est aussi payé avec de l’argent emprunté, alors ce ministre, c’est Glatigny. Qu’elle s’en aille ! »
En réalité, le malaise est bien plus profond. Le journaliste de la VRT Ivan De Vadder le rappelait récemment sur la RTBF : « Grâce à la loi de financement, la Flandre recevra trois milliards d’euros supplémentaires de dotations chaque année à partir de 2029. » Une manne colossale, alors que cette même loi retire, année après année, des moyens financiers au sud du pays en raison de ses performances économiques plus faibles.
Enseignement flamand : une année scolaire qui commence déjà dans le rouge
Pour rappel, au sud de la frontière linguistique coexistent deux entités fédérées : la Fédération Wallonie-Bruxelles, compétente notamment pour l’enseignement et la culture, dont le siège est à Bruxelles, et la Région wallonne, installée à Namur et chargée des autres compétences régionalisées. Toutes deux croulent sous les dettes : 55 milliards d’euros au total. Leur déficit annuel combiné dépasse les trois milliards. Les agences de notation ont abaissé la Wallonie à la note B, alors que toutes les autres institutions belges conservent leur statut A.
Pour la première fois, le ministre-président wallon Adrien Dolimont reconnaît donc qu’un effort budgétaire urgent s’impose. Beaucoup trop tard, en réalité. Durant les deux premières années de la législature, la Région n’a économisé « que » 270 millions d’euros par an. Il faudra désormais porter cet effort à 650 millions par an au cours des trois prochaines années, soit presque trois fois plus. La Fédération Wallonie-Bruxelles connaît une situation similaire.
Conclusion : la montagne d’argent qu’il faut désormais trouver dépasse largement les 694 mètres du Signal de Botrange. Pour les enseignants comme pour l’ensemble des Wallons, il n’y a plus le moindre espoir de voir arriver un euro supplémentaire. Bien au contraire. Chacun se demande désormais ce qu’il devra sacrifier. La grève dans l’enseignement illustre cette angoisse. Alors, on n’est pas bien en Flandre ?