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De Wever ne s’alliera jamais avec le Vlaams Belang… Vraiment ?
22·12·20

De Wever ne s’alliera jamais avec le Vlaams Belang… Vraiment ?

Le président de la N-VA, Bart De Wever, rejette toute collaboration avec le Vlaams Belang, et ce, un an et demi après d’intenses négociations avec ce parti. Quelle crédibilité faut-il accorder aux propos de De Wever ? Et que signifient-ils pour la N-VA d’un point de vue stratégique ?

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

(cc)PxHere

Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

« Si c’est ça, l’avenir électoral, je préfère ne pas y prendre part. » Interviewé par le magazine Humo et la Gazet Van Antwerpen, Bart De Wever a affirmé clairement ce qu’il pense d’une collaboration avec le Vlaams Belang : ce sera sans lui. Toutefois, ses propos ont été accueillis avec beaucoup de scepticisme : n’était-ce pas De Wever qui avait insisté personnellement pour former un gouvernement flamand avec le Vlaams Belang ?

Le mal absolu

Il faut dire que le président de la N-VA charrie une longue histoire parsemée de grandes promesses politiques qu’il n’a eu aucun mal à oublier. Jadis, c’étaient les socialistes que De Wever considérait presque comme le mal absolu. Pourtant, ces dernières années, aussi bien au niveau local qu’aux niveaux flamand et fédéral, il a au moins tenté de forger des coalitions avec le sp.a ou le PS.

De même, il ne reste plus la moindre trace de sa promesse de devenir ministre-président flamand en 2019. Pourtant, après les élections du 26 mai, De Wever aurait très facilement pu revendiquer la tête du gouvernement flamand, mais il a finalement préféré passer le relai à Jan Jambon. Depuis lors, Bart De Wever est resté président de parti, plusieurs années après avoir annoncé son départ.

La raison de ces revirements fut toujours la même : les circonstances l’exigeaient. C’était d’ailleurs le cas lorsque, au lendemain des dernières élections, De Wever a sérieusement tenté de former un gouvernement avec le Vlaams Belang. Pour le président de la N-VA, il était démocratiquement impensable d’écarter a priori du pouvoir le deuxième parti de Flandre. Autrement dit, à l’avenir, rien n’exclut que les circonstances puissent exiger de lui qu’il ravale sa promesse de rejeter le Vlaams Belang.µ

Un parti infréquentable

En revanche, il peut être admis que De Wever n’ait réellement aucune envie de diriger quoi que ce soit avec le Vlaams Belang. Ses proches savent que l’ambition politique de De Wever n’est certainement pas de rendre fréquentable le Vlaams Belang ni de faciliter l’accession d’un Sam Van Rooy ou d’un Dries Van Langenhove à la tête d’un ministère. Pour De Wever, ce parti représente la frange moisie et raciste du Mouvement flamand. « À chaque conseil communal, le Vlaams Belang revient à la charge avec la prétendue arriération africaine ou islamique. Mon meilleur ami est musulman, nous partons en vacances ensemble. Que lui dirais-je si demain, je participais à une majorité avec des gens pareils ? » D’après ses propres dires, il espérait – en vain – que le parti puisse changer après sa victoire électorale.

Il faut surtout tenir compte de la nature stratégique des propos de De Wever, sans perdre de vue les élections de 2024. Il aimerait parachever la tâche entreprise l’été passé : conclure un accord communautaire historique entre N-VA et PS. Cet accord avait pour principale ambition de transférer définitivement la majorité des compétences vers les entités fédérées. Pour que cet accord soit possible, il faut que son parti pèse assez lourd. Et pour ce faire, deux choses sont nécessaires.

Premièrement, la N-VA doit se démarquer plus clairement du Vlaams Belang et reconquérir les électeurs siphonnés par le VB. Le parti doit cesser de faire le jeu du VB. Si même la N-VA refuse de collaborer avec le Vlaams Belang, toute voix en faveur du VB sera une voix perdue. Les nationalistes qui réfléchissent devront donc voter pour la N-VA – c’est du moins ce que la N-VA veut faire comprendre.

Deuxièmement : la N-VA doit attirer les centristes conservateurs. Il y a là de nombreuses voix à récolter, car ces électeurs-là n’ont que faire de la xénophobie radicale et de l’islamophobie du VB. Pour les convaincre, la N-VA doit éviter toute ambiguïté à ce sujet.

Un vote utile

Le problème, c’est que ces deux pistes sont tout sauf évidentes. De Wever lui-même, en négociant avec le Vlaams Belang, a démontré qu’une voix en faveur du VB n’était pas nécessairement inutile. Puis, prendre ses distances par rapport au discours du Vlaams Belang, c’est plutôt compliqué quand des membres de son propre parti flirtent en permanence avec ce discours.

C’est justement pour cette raison que les déclarations de De Wever ne sont peut-être pas destinées au grand public, aux électeurs ou à ses collègues de la rue de la Loi, mais plutôt à un usage interne. Au sein de la N-VA, il y a toujours eu un courant qui pousse davantage vers la droite, et un autre qui ne veut surtout pas aller plus à droite. Pour tes tenants de ce dernier, il est primordial pour la N-VA de garder strictement ses distances par rapport au Vlaams Belang.

Horizon 2024

Mais après le dernier scrutin, une lutte intestine a éclaté à propos de l’orientation du parti. Ces dissensions trouvent leur origine dans les bons résultats du VB aux élections. Plusieurs ténors du parti y ont vu une aubaine pour pouvoir collaborer avec le parti de Tom Van Grieken, comme en témoignes les images de Theo Francken qui, le sourire aux lèvres à l’annonce des premiers résultats électoraux, marmonne qu’une majorité avec le VB est possible. Jan Jambon, pour sa part, a clairement fait savoir qu’une coalition avec le CD&V et Open VLD n’était pas son premier choix.

Ce refus de la part de Bart De Wever de se rapprocher du Vlaams Belang peut donc être considéré comme une tentative d’accorder les violons dans son propre parti et de mettre tout le monde d’accord sur le cap à suivre : le débat a eu lieu, chacun a pu exprimer son opinion, et c’est de cette manière qu’on avance. Mais De Wever sait très bien que les débats ne sont jamais définitivement clos. Si le Vlaams Belang continue de progresser en 2024, il y a fort à parier que De Wever aura vite fait de ravaler sa promesse.

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